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Language:
Français
Series:
Part 12 of Ghost! AU
Stats:
Published:
2021-07-25
Updated:
2026-01-22
Words:
93,648
Chapters:
30/?
Comments:
134
Kudos:
137
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5
Hits:
2,985

Les vignobles hantés

Summary:

Les cousins Croute font leur stage de troisième durant l'été au domaine Montazac-Torez. Ils ne savent pas pourquoi le domaine a un tel nom, jusqu'à ce qu'ils rencontrent Donatien de Montazac, l'un des propriétaires, qui s'avère hanter l'endroit depuis un long moment.

(Réécriture faite sur les 26 premiers chapitres)

Notes:

(See the end of the work for other works inspired by this one.)

Chapter 1: Le commencement du stage

Notes:

CW: sous-entendu très léger de maltraitance
Personnages: Antoine Croute, Daniel Croute, Fabien Torez

Je vous souhaite une bonne lecture!

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

Le taxi jaune rayé de noir quittait la ville pour sillonner les petites routes escarpées et bien trop peu sécurisées qui remontaient le long des collines au nord de la ville. Lorsque le conducteur avait réalisé la direction vers laquelle il se rendait, l’agacement lui était monté au nez et depuis, il n’avait pas décoléré un seul instant. Pour ne pas améliorer son état, les deux passagers qu’il transportait n’avaient cessé de leur côté de parler et de jacasser encore et encore. Afin de s’éviter leur vacarme incessant, il avait fini par remonter la paroi séparant les plages avant et arrière du véhicule, offusquant alors les clients qui semblaient mal prendre son geste. Leur mauvaise humeur s’effaça cependant bien vite alors que le paysage de l’autre côté de la vitre changea pour leur présenter des vignes à perte de vue. Ils s’agglutinèrent tous les deux à la même fenêtre, l’un contre l’autre, pour tout observer comme une seule paire d’yeux.

Les deux passagers portaient l’un et l’autre les noms d’Antoine et Daniel Croute, le premier étant brun et habillé de jaune et le second arborant une chevelure grise et des vêtements violets. Beaucoup les pensaient frères, mais s'ils n'étaient que des cousins, leur lien était tout aussi fort. Depuis quelques années déjà, ils se montraient plus virulents dans les rues de Los Santos à l'approche de l'été, tels des insectes attirés par la lumière du soleil. Dès que leurs parents quittaient la ville pour les vacances, n’importe qui pouvait les découvrir en train de traîner sur l’asphalte brûlant, attrapant tous les coups de soleil possible, ou bien à l’arrière du véhicule du capitaine de la LSPD, qui les ramenait dans son commissariat pour s’assurer qu’ils s’hydratent et restent à l’ombre. Sinon, on les retrouvait au LSMS, pris en charge par l’équipe de médecins du docteur Maison, qui soignait leurs bobos et leurs blessures plus graves. Quelques années plus tôt, on aurait même pu les retrouver au bar du Paradise, en train de rigoler avec leur meilleur ami Kiddy, à l’époque où ce dernier y travaillait comme barman. C’était de cette façon qu'ils s'occupaient aussi souvent que possible, juste comme ça, une normalité propre à eux deux, et tous les connaissaient comme étant gentils, un peu bêta, et toujours fourrés dans des bêtises complexes.

Cette fois-ci pourtant, leur été ne serait pas comme les autres. N’ayant pu faire leur stage de troisième comme tous leurs camarades à cause d’accidents bêtes, ils devaient le rattraper durant la saison pour espérer obtenir la dernière note qui les séparait du précieux diplôme du brevet des collèges. Leur réputation les précédant, trouver quelqu’un qui accepterait de les prendre en stage s’était avéré compliqué et ça avait été Kiddy, leur grand sauveur, qui les avait pistonnés grâce à ses relations, afin qu’ils puissent être pris en charge durant les deux semaines nécessaires et qui sait, peut-être plus. Mais ils n'en espéraient pas tant.

Le taxi finit par arriver devant une grande bâtisse protégée par un portail et ralentit devant jusqu’à ce que celui-ci s’ouvre automatiquement, avant d’entrer sur le parking et de s’installer entre deux véhicules dans un état discutable. Le chauffeur fut froid alors qu’il poussa ses clients à récupérer leurs affaires et quitter son véhicule le plus vite possible. La seule raison qui l’avait motivé à ne pas les abandonner sur le bord de la route à la première occasion était qu’on l’avait payé à l’avance et qu’il ne comptait pas se mettre à dos celui qui avait commandé cette course, mais dès l’instant où les deux adolescents posèrent un pied sur le bitume du parking, il repartit à toute vitesse, cherchant à rester le moins longtemps possible dans cet endroit. Les deux cousins ne gardèrent le silence qu’un court instant avant de commenter d’une même voix sur l’impolitesse de leur conducteur. Ça ne leur avait donné aucunement l’envie de retenter l’expérience. La prochaine fois qu’ils auraient à se déplacer sur une telle distance, ils ne se gêneraient pas à emprunter un véhicule comme ils l’avaient déjà fait auparavant. Techniquement, c’était interdit et même illégal mais personne ne respectait vraiment ce genre de loi, eux inclus.

Leurs valises et sac à dos à leurs pieds, ils tournèrent sur eux-mêmes pour observer le paysage qui les entourait. La bâtisse principale, un peu plus loin devant eux et que l’on pouvait voir depuis la route, leur paraissait immense avec ses baies vitrées et son auvent. Le second bâtiment, plus proche et plus petit aussi, leur fit penser à une réserve, ou bien un garage, peut-être même qu’il servait les deux fonctions. Ils étaient enfin arrivés au domaine viticole Montazac & Torez, dont la réputation ne s’ignorait pas. Certains affirmaient qu’il s’y trouvait le meilleur vin qu’on n’ait jamais goûté. D’autres niaient ce fait et dénonçaient une piquette au goût atroce. Les cousins eux-mêmes n’avaient aucune opinion sur le sujet, n’ayant jamais pu boire d’alcool auparavant, et ils souffraient déjà de difficultés évidentes à se rappeler du nom de l’endroit, se rappelant plus souvent de l’ancien nom, “Don Telo & Castello”, même s’ils auraient dû être trop jeunes pour le connaître.

Autour d’eux, s’étendaient des vignes dans les hauteurs et en contrebas, entourant le domaine avec pour seule coupure la route qui zigzaguait jusqu’au plus haut point de la colline, et des sangliers se promenaient comme si tout leur appartenait dans cet endroit. Antoine et Daniel se prirent par la main, comme une assurance de ne pas être séparés, et ils attendirent, ne sachant pas quoi faire d’autre. C’était ce que Kiddy leur avait demandé, de rester bien sages et patients à leur arrivée, jusqu’à ce qu’on vienne s’occuper d’eux car il ne pourrait exceptionnellement pas être avec eux. Même s’ils aimaient leur ami, ils ne supportaient pas cette idée, de rester immobiles et de ne rien pouvoir faire pendant tant de temps. Leur corps entier les chatouillait à l’envie de découvrir l’endroit et tous ses secrets mais ils n’eurent pas l'occasion de s’y intéresser qu’une personne sortit alors de la bâtisse principale, dont les portes s’ouvrirent automatiquement pour le laisser passer. Les cousins se tournèrent immédiatement dans sa direction, intrigués.

L’inconnu était un homme, quelque part dans la quarantaine, brun et à la tenue surprenante. Si son haut paraissait professionnel, avec une veste sombre pointillée de blancs et aux épaules droites, le caleçon à cœurs comme seul vêtement pour le bas de son corps brisait tout à fait cette impression. Avec un tel accoutrement, ils auraient dû le reconnaître, mais ils ne pouvaient qu'admettre qu'il ne leur disait rien du tout.

L’homme les remarqua enfin, levant vers eux un visage fatigué, celui de quelqu’un qui ne dormait pas bien et qui endurait plus de responsabilités que souhaitées sur les épaules, et il s’approcha en fronçant les sourcils, comme s’il était confus par leur présence.

« Bah alors les minots, vous faites quoi ici ? »

L’un des cousins, Antoine, bafouilla pour toute réponse, ne sachant comment s’expliquer, avant de se tourner vers Daniel. Dans leur duo, c’était Daniel qui était le cerveau, et lui les muscles, alors c’était presque toujours lui qui s’occupait de la conversation, lorsqu’il s’agissait de se présenter au moins.

« Bon- Bonjour monsieur de Don Telo & Castello ! On est les cousins Croute ! Moi, c’est Daniel, et lui, c’est Antoine ! On- On est là pour le stage ! »

Antoine acquiesça à toute vitesse pour valider.

L’homme sembla encore un peu plus confus, comme s’il ne comprenait pas ce qu’il venait de lui dire, même si c’était pourtant très simple. Il se frotta les yeux, puis se massa les tempes, et enfin glissa ses mains dans ses cheveux pour les pousser vers l’arrière, semblant prendre du temps à enregistrer cette nouvelle information.

« Ah oui. Kiddy m’en avait parlé. Les croûtons.

— Euh- On préfère quand on nous appelle par nos prénoms, en fait ! corrigea Daniel.

— Ouais, bien sûr. Bien sûr… Vous êtes là tôt, non ? Vous deviez pas venir plus tard ?

— On ne serait pas là si c’était le cas. »

Daniel s’inquiéta que sa réponse paraisse impolie mais le vigneron se contenta de hocher la tête. Peut-être que le travail lui pesait trop sur les épaules et qu’il avait tout simplement oublié le jour qu’il était, mais il sembla en tout cas accepter cette information comme correcte.

« Ok. Par contre moi c’est Fabien Torez, enfin appelez-moi Fab, F-A-B. Puis, le domaine c’est “Montazac & Torez”. Le nom que vous dites, c’est l’ancien. Ça fait longtemps qu’on ne s’appelle plus comme ça.

— Oh ! D’accord monsieur Torez ! répondit Antoine.

— Fab.

— Euh- Oui, monsieur Fab !

— Suivez-moi. »

Antoine hocha la tête en même temps que son cousin. Tous les deux ne savaient pas quoi penser du vigneron qui leur paraissait distant, un peu froid aussi, mais ils ne firent aucune critique, pas tout de suite. Ils venaient d’arriver et ne tenaient pas à s’attirer des ennuis aussi tôt. Kiddy comptait sur eux, ils ne pouvaient pas le décevoir. Ils décidèrent donc de se convaincre que leur futur maître de stage était simplement fatigué et que les choses seraient bien mieux une fois qu’ils auraient commencé.

Ils le suivirent jusqu’à l’intérieur de la bâtisse principale. En entrant, ils remarquèrent une petite plaquette métallique au-dessus des portes automatiques sur laquelle il était marqué “domaine”. Ils traversèrent la pièce principale, clairement une pièce d’exposition et de présentation du vin et des autres boissons, puis Fabien poussa une porte sur laquelle il y était écrit “privé”, et ils se retrouvèrent dans un couloir. Leur patron s’arrêta après quelques pas à côté d’une porte, celle qui se trouvait la plus au fond, sur le côté gauche.

« Là, ce sera votre chambre pour tout le temps où vous serez en stage. Vous trouverez des uniformes sur le lit mais si vous ne sortez pas du domaine ou qu’on n’a pas de clients, vous n’êtes pas obligés de les mettre. On n’a personne pour le ménage ici alors vous avez intérêt à la garder propre, compris ? »

Les deux cousins acquiescèrent à nouveau, vivement. Ils ne gardaient pas leur chambre chez eux très propre mais ils feraient plus attention tant qu’ils resteraient au domaine, enfin ils feraient tout pour.

Fabien leur tendit une clé qu’ils comprirent très vite être celle de la pièce. Daniel fut celui qui tendit la main pour la prendre mais le vigneron ne sembla pas vouloir la donner, la serrant avec force pendant quelques instants encore avant de céder. Il afficha une expression proche de la grimace tandis qu’il se décalait pour laisser l’accès aux cousins.

Daniel tourna à peine la clé dans la serrure qu’Antoine vint se cogner contre lui pour attraper la poignée et essayer d’ouvrir la porte le premier, ce qui ne fit que provoquer un accident de façon immédiate durant lequel ils tombèrent tous les deux à cause du mouvement. Pour Daniel, la chute ne fut pas trop dure car il atterrit sur son cousin, pourtant ce fut ce dernier qui rit le plus. Tomber, ils savaient le faire à force, comme une évidence pour eux. Ils se remirent debout maladroitement, se bousculant au passage, avant d’observer leur chambre.

La pièce était grande, dotée d’un immense meuble en bois massif au milieu duquel trônait une petite télévision à écran plat. À l’opposée se trouvait un lit pratiquement carré – Antoine cria sa surprise à cette vue et Fabien leur expliqua qu’il s’agissait d’un king size, un terme nouveau pour eux – et une table de nuit tout contre, du côté de la fenêtre dont les rideaux rouges étaient fermés. Sur la table de nuit, il y avait une lampe très kitch et vieille, et qui se dotait même du luxe d’être assortie au tapis sous le lit.

Daniel se tourna alors vers Fabien.

« Ya qu’un lit ?

— Ouais, mais c’est un très grand lit. Puis y a que deux chambres ici et l’autre c’est la mienne donc vous devrez faire avec. Je me suis dit que ça irait vu que vous êtes cousins, je me suis trompé ?

— Oh non, c’est très bien ! intervint Antoine. On a- On a l’habitude de dormir ensemble, surtout quand il fait froid la nuit, alors c’est cool ! »

Fabien ne répondit rien à cela mais l’expression sur son visage perturba les deux adolescents qui ne surent pas comment la comprendre. Finalement, le vigneron se pinça l’arête du nez et leur adressa un petit sourire, le premier qu’il leur donna depuis leur arrivée.

« Bon, essayez vos uniformes, qu’on voit si c’est bon, et retrouvez-moi dehors, les minots. Je vous montrerai ce que vous allez faire ici.

— D’accord monsieur Fab !

— Merci monsieur Fab ! »

Le vigneron sembla vouloir les reprendre sur quelque chose mais il ne fit rien et s’en alla pour les attendre à l’extérieur comme annoncé. Il ne fallut pas bien longtemps aux deux adolescents, une fois qu’ils furent enfin seuls, pour se tourner l’un vers l’autre et piailler leur enthousiasme de toutes leurs forces. Antoine se laissa ensuite tomber sur le lit et rebondit dessus, appréciant le confort du matelas, un confort qu’il n’avait jamais connu auparavant. Daniel, lui, poussa sa valise et son sac à dos de son côté du lit, tout contre, de façon à ce que ça soit bien rangé, puis il rejoignit son cousin qui se tourna vers lui avec un grand sourire.

« Tu te rends compte, Daniel ? On- On a trop de la chance ! Ce stage va être génial !

— Tu crois ? On sait même pas ce qu’on va faire ici.

— J’en suis sûr ! De toute façon, ce sera trop bien parce que- euh, parce qu’on va être ensemble ! »

Daniel sourit à la remarque de son cousin et hocha la tête.

« Ouais, t’as grave raison ! Tu crois qu’on va être bien payés ?

— Bah j’espère, hein ! Mes chaussures sont toutes abîmées, elles brillent même plus, j’en ai besoin de nouvelles ! »

Antoine souleva ses jambes bien haut au-dessus de lui et tapa ses pieds entre eux mais aucune lumière ne se fit. Bien que Daniel le sût déjà, il l’observa quand même et hocha la tête en lâchant un petit soupir embêté, comprenant la tristesse de son cousin. Ils étaient assortis dans leur tenue de la tête aux pieds, si les baskets d’Antoine ne voulaient plus briller, ça ne servait plus à rien. Il leva à son tour ses jambes en l’air et les balança mollement, se perdant dans ses pensées, très vite imité par Antoine, jusqu’à ce que l’une des jambes ne se cogne contre une autre, provoquant un petit cri de douleur, et qu’ils ne se décident à s’arracher du lit pour enfin faire ce qui leur était demandé.

Ils enfilèrent leur uniforme qui leur allait comme un gant, même si celui d’Antoine était trop grand et celui de Daniel trop serré, et s’admirèrent l’un l’autre avec enthousiasme. Ils se trouvaient incroyables et fantastiques dans tout ce rouge, ça leur rappelait Kiddy. Après un instant encore, ils se précipitèrent pour retrouver Fabien, sortant de la chambre aussi vite que possible.

Alors qu’ils couraient dans le couloir, le regard d’Antoine fut attiré par un grand tableau, presque aussi haut que le mur, et il se figea immédiatement, intrigué. L’objet était ridiculement grand, et plutôt encombrant pour la pièce.

Le tableau donnait le portrait d’un homme, dans toute sa grandeur, du bout de ses claquettes-chaussettes au haut de son chapeau haut-de-forme rouge. Il portait un long manteau de la même couleur que le couvre-chef et couvrant une chemise jaune rayée ainsi qu’un pantalon de pyjama bleu à motifs hivernaux. Son visage se cachait derrière une immense paire de lunettes de soleil jaunes et une grosse moustache bien taillée. L’inconnu se tenait de trois-quarts mais son visage se tournait de façon à faire face à tous ceux qui observaient la peinture. D’ailleurs, Antoine ressentait l’étrange impression que l’homme le fixait à cet instant.

Alors qu’il était perdu dans sa contemplation du portrait, comme absorbé, et qu’il en oubliait ce qui l’entourait, Daniel le rejoignit, se demandant pourquoi il ne le suivait pas.

« Antoine, tu fais quoi ?

— Je regarde le portrait, il est bizarre l’homme dessus, non ? »

Daniel y jeta un coup d’œil à son tour et comprit ce que son cousin voulait dire. Il ressentait la même chose, ça le perturbait pas mal. Il prit sa main dans la sienne, la peinture le mettant vraiment mal-à-l’aise. Il ne voulait plus rester dans ce couloir soudainement.

« Viens on reste pas là.

— À ton avis, c’est qui ?

— C’est pas si important, si ? Allez, monsieur Fab nous attend. »

Antoine ne semblait pas vouloir bouger mais quand Daniel l’attrapa par le bras pour l’entraîner avec lui, il se laissa faire, bien qu’il ne lâchât pas le portrait du regard avant qu’ils n’aient quitté le couloir.

Fabien Torez sembla plus réveillé quand ils le rejoignirent enfin car il leur adressa un grand sourire. Un tel changement leur parut bizarre mais ils laissèrent couler. Peu importe ce qui pouvait lui donner un tel sourire, ils ne se voyaient pas l’interroger là-dessus.

Pendant un long moment, le vigneron leur fit parcourir les vignes, leur expliquant comment ramasser le raisin, et le ramener ensuite à la réserve pour le trier là-bas. Pour les cousins, les explications semblaient pas mal longues pour si peu de choses mais ils écoutèrent quand même parce qu’ils voulaient bien faire, pas sûrs d’avoir bien tout compris. Fabien ajouta que, pour le moment, c’était le seul travail qu’il leur donnerait mais qu’il serait possible qu’ils puissent observer les autres employés faire leur propre travail si ceux-ci donnaient leur accord. Ensuite, les adolescents ramassèrent un peu de raisin comme le vigneron leur avait montré, jusqu’à ce qu’il les félicite, visiblement satisfait.

« Ah, regardez-vous, c’est du bon travail ça ! Vous avez encore des progrès à faire mais vous êtes enthousiastes, j’aime ça.

— Merci monsieur Fab !

— On va faire de notre mieux !

— Je veux bien vous croire. Dites les petits, je peux vous laisser seuls quelque temps ? C’est que j’ai d’autres choses à faire moi aussi. »

Les cousins hochèrent tous les deux la tête, d’accord avec la demande de leur patron, mais Antoine le retint avant qu’il ne s’en aille.

« Dites, monsieur Fab, j’ai une question !

— Je t’écoute minot, c’est en rapport au boulot ?

— Euh, pas vraiment, en fait. Dans le couloir euh- dans le couloir privé pour aller aux chambres, j’ai vu un- un grand portrait d’un homme euh… c’est qui ? »

Fabien perdit son sourire aussi vite qu’il l’avait gagné, et détourna le regard sans leur donner la moindre réponse avant de s’en aller à toute vitesse comme si de rien n’était. L’adolescent fut vexé par cette réaction et tira la tronche, imité bien vite par son cousin qui se trouvait affecté par son humeur. Ils commencèrent leur travail mais sans grande motivation. Ça ne leur plaisait pas, de se faire ignorer de la sorte, ça leur donnait l’impression de ne pas être respectés. Ils venaient à peine de commencer qu’ils en perdaient déjà le moral. Ils n’avaient plus trop envie de voir leur patron pour le moment alors ils décidèrent de ne pas aller le voir, même quand ils se retrouvèrent chargés comme des ânes avec du raisin à ne plus savoir quoi en faire. Quand Fabien les trouva à errer avec les fruits, il sembla ne pas apprécier. Les deux adolescents se figèrent, inquiets de se faire réprimander, mais leur patron se contenta de soupirer avec ennui et de leur remontrer la réserve afin de leur rappeler cette partie du travail qui leur était sortie de la tête. Ils firent l’effort de se concentrer un peu pour tenter de mieux retenir cette fois-ci. Certes, ils étaient toujours vexés qu’il ne leur ait pas répondu plus tôt mais ils voulaient bien faire.

Quand les deux cousins eurent fini leur journée et que la nuit tomba sur le vignoble, ils se rendirent compte que leur travail les avait bien fatigués. Daniel était déjà la victime d’un vilain coup de soleil sur le nez et le front qui lui donnait une forte migraine, et Antoine, lui, s’était tant cogné contre les vignes en glissant sur le sol qu’il se retrouvait avec des marques de griffures partout sur les bras et les jambes. Pour un stage, ils travaillaient quand même beaucoup mais ils aimaient bien ça. Seulement, ils étaient tellement fatigués par leur travail qu’ils s’endormirent presque immédiatement après s’être allongés sur leur lit.



Antoine se réveilla plus tard, au milieu de la nuit, pris par une bouffée de chaleur qui l’étouffait, lui donnant l’impression d’être coincé sur place. Très vite, il remarqua que la cause de ceci était le bras de Daniel, venu s’écraser sur son torse en le maintenant sur place. Le cousin violet le tenait toujours avec une sacrée force quand il dormait. Le cousin jaune essaya de pousser le bras de son cousin mais il n’était pas assez réveillé pour en être capable, tout son corps encore engourdi par le sommeil.

À sa droite, alors qu’il s’efforçait toujours à se libérer, perdant son envie de dormir au fur et à mesure de ses efforts, l’ampoule de la lampe de chevet pourtant bien éteinte se mit à grésiller, l’illuminant à peine, juste un instant. Il se figea sur place, pas rassuré. Même s’il n’y connaissait rien en électricité, quelque chose lui disait que ça n’avait rien de normal. Il observa la lampe, essayant de comprendre ce qu’il se passait quand un sentiment étrange remonta le long de sa colonne vertébrale, lui donnant l’impression d’être observé. Il tourna la tête mais Daniel dormait toujours, bavant sur son oreiller. Pris d’une autre bouffée de chaleur, Antoine réussit enfin à se dégager de la prise de son cousin et s’assit sur le lit pour tenter de respirer un peu mieux. Ce fut à ce moment-là qu’il le vit.

Dans l’un des coins de la pièce, à peine visible dans l’obscurité, se tenait quelqu’un, une personne de grande taille qui le fixait sans détourner le regard avec des yeux blancs. L’inconnu·e ne bougeait pas d’un iota et ne disait rien non plus, tandis que la chambre semblait plongée dans un silence de mort. Antoine sentit l’angoisse grimper en lui avec violence, incapable de bouger, alors qu’il lui semblait reconnaître l’homme du tableau à cause de ce qui ressemblait à un chapeau haut-de-forme au-dessus des yeux brillants. Sans qu’il ne puisse comprendre comment, il sut que l’homme était en colère par sa présence, vibrant sur place au point de prendre un aspect inhumain, et Antoine se mit à hurler avant de comprendre vraiment ce qu’il voyait.

Daniel fut réveillé brutalement par les cris de son cousin qui reculait si fort contre le mur qu’il en eut mal pour lui mais sa peur fut plus forte, se propageant en lui. Il s’approcha d’Antoine, essayant de ne pas trop montrer sa propre inquiétude pour le rassurer, tentant de se convaincre que cette réaction n’était due qu’à un cauchemar, mais quand il tourna à son tour la tête pour voir ce que son cousin fixait ainsi, il se mit à hurler à son tour. L’ombre qu’était l’inconnu semblait immense et parfaitement difforme, comme si elle dévorait tout le coin de la pièce, s’allongeant sur les rideaux fermés, le sol, le plafond, tout autour d’elle. Daniel attrapa son cousin en essayant de reculer, cherchant à le protéger contre cette chose horrible, et finit par tomber au sol, oubliant comment quitter le lit correctement. L’impact de la chute et le poids de son cousin s’écrasant sur son corps lui retira tout l’air de ses poumons et il n’arriva plus à crier mais pleura, terrifié, entourant son cousin de ses bras pour le garder contre lui.

La porte de la chambre s’ouvrit brusquement, faisant entrer un rayon de lumière artificielle et Fabien qui se précipita sans hésiter sur les deux adolescents pour les aider à se remettre debout. Antoine s’accrocha au bras et aux épaules de l’homme pour pleurer contre lui et Daniel se cacha derrière lui en rampant, ayant trop mal au dos pour se relever.

« Oh les minots, il se passe quoi ? Vous me faites peur à hurler comme des putois !

— Un monstre ! Y’a un monstre ! »

Antoine pointa le coin de la pièce pour prouver ses mots à Fabien mais au moment où il tourna la tête dans cette direction, il remarqua qu’il n’y avait plus rien du tout. Daniel et lui se remirent à pleurer et à bafouiller, incapables de s’expliquer et cherchant la sécurité et le confort. Si seulement Kiddy avait été là, il aurait pu aider, mais ils n’avaient que le vigneron et celui-ci ne comprenait rien à leurs mots, tentant de les rassurer en vain. Il essaya de leur dire que tout cela n’avait été qu’un cauchemar, qu’ils n’avaient rien à craindre mais ils continuèrent de s’accrocher à lui un long moment. Il fallut qu’il réussisse à se dégager de leur emprise et s’approche du coin de la chambre pour en toucher les murs avant que les cousins commencent enfin à se calmer. Ils sanglotaient toujours, tremblant comme des feuilles, tentant de comprendre ce qu’ils avaient vu, persuadés qu’il ne s’agissait pas juste d’un cauchemar mais préférant croire Fabien. L’idée que quelque chose d’aussi horrible puisse exister et leur vouloir du mal les terrifiait.

Ils eurent du mal à retourner se coucher, et cette fois-ci, il leur fallut plus de temps à trouver le sommeil, se tenant la main pour s’assurer qu’ils resteraient bien ensemble et que rien ne les séparerait durant la nuit.

Notes:

Comme j'ai du mal à écrire en ce moment à cause de mon "travail" (non parce que les conditions...), j'ai décidé de me lancer dans une correction de cette fanfiction (qui sert aussi de relecture et de réécriture en même temps si on veut, je suppose?).
J'ai bien évidemment commencé par le chapitre 1, et je le ferai pour tous, puis j'ajouterai une petite note au début pour prévenir que tel chapitre a été corrigé.