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Français
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Published:
2021-09-02
Updated:
2024-04-05
Words:
152,412
Chapters:
43/?
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38
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234
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6,669

Monstres

Summary:

Alors que Sett s'apprête à reconnaître la victoire à un énième combattant, une balle perce le crâne du malheureux.
Le sniper responsable de cette débandade tombe dans ses bras, inconscient.

Chapter 1: Poison

Chapter Text

Le vacarme était assourdissant.


La foule s’égosillait, les cris de joie et de déception se mêlant aux fracas des lames et aux bruissements des chaînes. Contre toute attente, c’était le plus frêle des deux qui semblait l’emporter.
Un nuage de poussière s’éleva autour des combattants, alors que l’affrontement touchait à son terme. Assis sur son trône, le Patron posait sur la scène un regard nonchalant. C’était loin d’être la première fois qu’il assistait à un tel retournement de situation. De plus, ce gringalet puait le mana. Rien de tel que de laisser croire à son adversaire que la magie ne faisait pas partie du combat, pour mieux l’utiliser au dernier moment.
Certes, il aurait pu dénoncer ce tricheur aux organisateurs du combat et exiger qu’on le châtie, mais il n’en avait ni l’envie, ni la volonté. Ignorant les milliers de regards qui épiaient ses moindres réactions, certains avec servilité, d’autres avec envie, le Patron s’ennuyait.


La silhouette gracile émergea du nuage, soulevant avec difficulté la lourde épée de son opposant. Une exclamation retentit dans les gradins alors que la lame s’abattait, mettant un terme définitif à l’affrontement et aux espoirs des parieurs.
Le Patron se redressa à contrecœur, alors qu’un lourd silence s’abattait sur l’arène. Au début, il savourait ces moments d’intensités. Comment ne pas ressentir un formidable élan de puissance, alors que tous se tournaient vers lui en quête du verdict final ? Mais tout cela lui semblait dérisoire, à présent. Il s’avança vers le bord du balcon et tapa des mains, signe qu’il acceptait cette victoire.
Les bookmakers furent les premiers à crier leurs joies, tandis que la plupart des parieurs se levaient pour quitter les gradins, le poids de leur déception pesant sur leurs épaules. Le Patron s’apprêtait à tourner les talons lorsqu’un frisson lui traversa l’échine, faisant se hérisser la fourrure sur ses épaules. Il serra les dents. Son instinct ne le trompait jamais.


Avant qu’il n’ait le temps de se demander d’où provenait le danger, une chose argentée et affreusement silencieuse traversa son champ de vision, fonçant droit vers la silhouette victorieuse qui saluait la foule. Un quart de seconde plus tard, le champion s’effondrait, sans vie.


Choquée, la foule mit un instant à réaliser ce qui venait de se produire.


_ Monsieur !


Sato avait fait irruption dans la loge, lame à la main. Ses yeux écarquillés scrutaient les lieux en quête d’un éventuel danger.


_ Vous n’avez rien ?


_ Je vais bien. Mais le vainqueur, un peu moins.


Des cris de terreurs montaient à présent de toute part, et les spectateurs évacuaient en masse, se bousculant à tout va.


_ Il ne faut pas que vous restiez là, insista Sato tandis qu’il se penchait contre la balustrade.


Il leva le nez en direction du toit de la loge d’honneur, là d’où provenait vraisemblablement le tir. Alors que ses yeux s’ajustaient au soleil rayonnant, il discerna une ombre, nichée entre deux toitures. Agrippée à un paratonnerre de fortune, elle semblait prise d’une violente quinte de toux. Intrigué, le Patron fit signe à son garde du corps de se taire. Il contempla la scène, hocha la tête avec satisfaction, et recula de quelque pas.
Un bruit sourd retentit alors, signe qu’un corps venait de chuter sur le toit. Quelques roulades plus tard, le Patron cueillit au vol un sniper inconscient, lui épargnant de ce fait une chute fatale. Sato brandit son épée, méfiant.


_ Un assassin ! Siffla-t-il en toisant l’homme évanoui.


_ Un assassin ? Répéta le Patron, soulevant le nouveau venu par le col afin de mieux le contempler.


La tête du jeune homme roula, révélant un visage pâle comme la mort. Ses traits délicats et ses yeux bridés trahissaient des origines dont il ignorait tout. D’un regard, il s’assura qu’aucune arme n’était dissimulée dans ses poches ou dans son dos.


_ De toute évidence, il en a l’allure. Je me demande ce qu’il a fait de son sniper…


_ Qu’est-ce qu’un assassin viendrait foutre à Navori ?


_ Je l’ignore, Monsieur. Voulez-vous que je dispose de lui ?


Le Patron fronça les sourcils et secoua la tête.


_ Nah, je suis curieux. J’aurai quelques petites questions à lui poser, à commencer par ce qui lui donne le droit de vie ou de mort sur mon territoire.


Sato hocha, réceptionnant le corps inconscient que son employeur lui lança.


_ Qu’on le soigne, ordonna le Patron. Attachez-le, qu’il ne s’échappe pas. Prévenez-moi quand il sera en état de parler.


_ Bien, Monsieur.


_ Et envoyez quelqu’un nettoyer la fosse. Plus de combats pour aujourd’hui.

 

Les quartiers du Patron étaient difficiles à trouver. Un véritable dédale de couloirs traversait l’arène, rendant impossible à quiconque ne connaissait pas intimement les lieux l’espoir de trouver son chemin.
Étant lui-même à moitié Vastaya, il ne lui avait pas été trop compliqué de s’y retrouver, les premiers temps. Les odeurs, après tout, étaient entièrement différentes d’une partie à l’autre de la structure.

Ses appartements étaient propres et entretenus, et étaient situés non-loin de la cuisine. Lorsqu’il les rejoignit, il se laissa choir dans un luxueux fauteuil, et ouvrit d’un geste une bouteille de vin Ionien.


Il n’était décidément pas d’humeur à gérer le business, aujourd’hui. Peut-être lui faudrait-il remettre son titre en jeu, prochainement, histoire de se dégriser un peu.

Il jeta un regard empreint de dédain vers son reflet, dans l’imposant miroir accroché au mur. Les cicatrices sur son visage faisaient partie de lui, à présent. Il ne se rappelait même plus à quoi il ressemblait avant de les avoir. Sa mère ne manquait jamais de les caresser du bout de ses griffes avec inquiétude. Son cœur se serra à cette évocation. Cela faisait si longtemps qu’il n’était pas rentré… Il lui écrivait toutes les semaines, pourtant. Pour la protéger, il avait même envoyé un agent de confiance se faire passer pour son voisin.

Sa chère mère le pensait affairé à reconstruire Ionia à la force de ses poings et, quelque part, il avait bel et bien restructuré le visage de certains de ses opposants... Mais ses véritables occupations devaient rester secrètes.


Il soupira, en terminant d’une traite le vin de prix. L’assassin occupa alors de nouveau ses pensées. Ce visage si délicat, ces marques étrangères... et à la façon dont il s’était effondré sur le toit... Oh, certes, il n’avait pas eu l'air très amoché, mais, de toute évidence, on l’avait sérieusement empoisonné. Une telle pâleur…Il songea que ce type devait être sacrément déterminé, pour abattre une cible en plein jour, au centre d’une arène, avec des milliers de témoins potentiels. 


Après s'être perdu une bonne vingtaine de minutes dans ses pensées, le Patron se leva enfin et se défit de son manteau. Une petite sieste ne lui ferait pas de mal. De toute façon, l’arène ne rouvrirait ses portes que le lendemain. Il pouvait bien s’octroyer le luxe d’un peu de repos.

Il anticipait déjà les centaines de demandes qu’il allait recevoir de la part de ses partenaires, curieux de savoir ce qui s’était passé. Cela l’ennuyait d'avance.

En revanche, l'idée d'en savoir plus sur cet étranger instillait en lui un intérêt insoupçonné.

 

Quelques heures plus tard, des coups retentirent à sa porte.


_ Quoi ? Grogna le Patron en s’extirpant péniblement de son sommeil.


_ Monsieur, il est réveillé.


Sett mit un instant à rassembler ses esprits. Il bondit de son lit et enfila son manteau, revigoré par la perspective d'une discussion avec l'assassin qui avait occupé ses rêves.

Sato l’attendait derrière la double porte. Il l’escorta jusqu’aux cachots, et lui désigna la cellule concernée.


L’assassin était agenouillé dans la paille. On lui avait ôté son manteau ainsi que le contenu de sa ceinture, révélant une silhouette encore plus gracile que Sett ne l’avait imaginé. Ses poignets étaient enchaînés de manière à ce que ses bras soient tirés derrière lui, et il levait vers le Patron un regard chargé de défi.


_ Il a dit quelque chose ?


_ Non, Monsieur. Nous ne savons pas s’il est muet ou s'il refuse de parler.

 

Le Patron se gratta la nuque, incertain. Voilà qui risquait de compliquer les choses.


_ D'accord..., finit-il par grommeler. Ouvre la cellule, et laisse-nous.


_ Bien, Monsieur.

 

La porte grinça affreusement. D'ordinaire, ces vieilles cellules servaient à calmer les combattants un peu trop agités ou les gardes ayant trop forcé sur l'alcool. Cela faisait plusieurs années que ces murs de pierre avaient abrité un authentique prisonnier.

Et quel prisonnier c'était.

Une véritable flamme animait ses yeux pourpres, et sa posture défensive évoquait celle d'un félin sur le point de bondir. Sett avait toujours apprécié le courage, chez ses opposants. D’ordinaire, sa carrure imposante et sa taille dissuasive faisaient se courber les têtes avant même qu’il n’ait à ouvrir la bouche.

Il s’agenouilla face à l'inconnu et lui adressa un sourire.


_ Et bien puisque t’as pas l’air causant, je vais me présenter en premier : Sett. Mais il me faut te préciser que les gens ici m’appellent plutôt « Patron » ou « Boss ». Parce qu’en fait, je possède cette arène.


Une lueur traversa le regard de l’assassin. Sett l'interpréta comme une hésitation ; s'il avait eu vent de lui, il ne le connaissait certainement pas autant que les locaux.


_ Je possède cette arène, précisa t-il. et je possède aussi les champions qui viennent s’y battre. Ceux d’hier étaient particulièrement attendus, tu vois. Celui que tu as descendu, c’était un voleur Ionien très réputé, et son adversaire était un soldat Noxien qu’on avait gardé de côté spécialement pour mon anniversaire.


Il marqua une pause et planta son regard dans celui de l’assassin.


_ T’as de la chance, c’était pas vraiment mon anniversaire, hier. Mais bon, tu sais, je suis un grand gamin, dans le fond. Je supporte pas d’attendre avant d’ouvrir mes cadeaux. Et puis, le voleur n’en a fait qu’une bouchée, de cet imbécile... Non, au fond, ce qui me contrarie dans cette histoire, c’est que tu te sois permis d’intervenir sans me consulter d’abord.


L’assassin haussa un sourcil. Les lèvres résolument closes, il cligna lorsque Sett approcha son visage du sien.


_ Je suis certain qu’on aurait pu s’entendre, à condition d’y mettre le prix. Mais maintenant que tu t’es arrogé le droit de descendre mon champion, tu m’es redevable.


Le jeune homme fronça les sourcils, et détourna son visage avec défiance. Loin d'être intimidé par cet élan rebel, le Patron eut un sourire carnassier. Il se redressa et se mit à faire les cent pas dans la petite cellule.


_ Écoutes, blanc-bec, je ne sais pas d’où tu sors mais ton petit numéro d’hier m’a intrigué. Pour ça, je vais te laisser la vie sauve. Mais si tu veux retrouver ta liberté, il va falloir rembourser ta dette.


Avisant son interlocuteur, qui l’ignorait toujours avec superbe, il se pencha et saisit délicatement son menton pour le forcer à regarder dans sa direction.

 


_ Pour ça, j’ai deux propositions, dit-il joyeusement. La première : je te colle en tête des combats de demain. Il y en a trois en compétition pour le titre, si je dis pas de conneries. Par contre, ils vont te manger tout cru. Je pense même pas que tu tiendras trois minutes face au premier. Faut dire, c’est de la sale bestiole ramassée dans les prisons et les bas-fonds du pays. Par contre, si tu survis, je te laisse partir avec en prime un joli pactole.

 


Le prisonnier déglutit, visiblement peu séduit par cette perspective. Sett avait vu juste : un assassin n’est pas vraiment spécialiste du corps à corps contre des brutes. Il n’avait que peu de chance de s’en tirer, surtout sans ses armes de prédilections.

 

_ Deuxième proposition, poursuivit Sett, savourant l’attention que lui portait à présent le jeune homme. Tu me donnes ce que je veux pendant un mois, et puis tu es libre de partir vivre ta meilleure vie.

 

L'assassin fronça les sourcils, déconcerté. Il leva vers Sett un regard interrogateur alors que ce dernier libérait son menton, puis tressaillit lorsque le Patron le saisit par la taille pour l'attirer à lui et planter sur ses lèvres un baiser aussi bref qu'inattendu.
Désemparé, il ne pensa pas tout de suite à se débattre. Son corps entier frissonna lorsque la langue de son détracteur caressa la sienne, et il émit un râle étouffé en tentant de reprendre le contrôle.

Sett se détacha de lui et leva les mains en signe de paix.


_ Tu as la réponse à ta question, dit-il avec un sourire narquois. Maintenant, je t’écoute : quel est ton choix ?


L’assassin haleta un instant, trop choqué pour trouver comment répondre. Le Patron croisa les bras, attendant patiemment qu’il réfléchisse à la meilleure alternative. Bien sûr, il choisirait la deuxième, pensant que Sett finirait par relâcher sa garde et en profiter pour fuir. Seulement, il n’avait aucune idée d’à qui il avait à faire. Lorsque l’attention de Sett se portait sur quelqu’un ou quelque chose, il était difficile, voire impossible d’aller à l’encontre de sa volonté.

 

_ Je ne voudrais pas orienter ton choix, lâcha le Patron en haussant les épaule, mais tu sortiras largement gagnant de la deuxième option.

 

Le prisonnier poussa un grognement de frustration. Dans quelle espèce de pétrin venait-il de se fourrer ? Cette espèce de grand malade… Comment pouvait-il proposer une telle chose ? Outre l’aspect hautement humiliant de cette perspective, il se demandait sincèrement s’il pourrait sortir indemne d’une partie de jambe en l’air avec un tel monstre. Ce type avoisinait les trois mètres ! Le jeune homme secoua nerveusement la tête. Comment pouvait-il ne serait-ce qu’envisager… Il déglutit, réalisant qu’une part de lui désirait voir jusqu’où cela pourrait le mener.

 

_ Tu grognes, tu râles, mais tu ne parles pas, hein ? T’es muet ?

 

A sa grande surprise, l'assassin hocha.


_ Tu ne peux même pas essayer de me dire ton prénom ?


Après un moment de réflexion, le prisonnier, prit d'un élan coopératif surprenant, tourna vers Sett son visage pâle et ouvrit la bouche.


_ Aaaa… Mima Sett en tâchant de lire sur ses lèvres. Aaaap…. Apé… Apélios ?


Le Prisonnier secoua la tête. Il leva un doigt et feignit de dessiner un P et un H dans les airs. Ses chaînes cliquetèrent désagréablement. Le Patron se saisit de ses entraves pour les ôter du python sur lequel elles étaient fixées, lui offrant une plus grande liberté de mouvement.


_ Aphélios, alors ?


Après avoir jeté un regard circonspect à ses chaînes gisant au sol, l'intéressé approuva. Il ignorait s'il s'agissait d'un effet de la fatigue ou s'il souffrait d'un traumatisme crânien, mais Sett lui paraissait presque... Sympathique. Il cherchait à le comprendre, et lui posait même des questions... Cependant, son instinct ne voulait pas cesser de lui hurlait de profiter de l’occasion pour tenter de fuir.

Terriblement partagé, il ne réalisa que trop tard que les derniers vestiges du poison quittaient son organisme, créant dans leur sillage une vertigineuse torpeur. Une fois encore, il lutta contre la faiblesse qui s'empara de lui. Une fois encore, il échoua.

Avant de perdre connaissance, ses pensées se mirent à tourner en lui comme un cyclone.

Tout était de sa faute... Il n'avait pas anticipé... Il allait les décevoir, tous... Et surtout elle...

 

_ Hé, restes avec moi, s'alarma le Patron en voyant ses membres s’affaisser sous l'effet de son malaise. Bon sang... qu'on m'apporte de l'eau et de quoi manger !


Le corps d’Aphélios se relâcha à l’instant où il lançait son ordre. Sans réfléchir, Sett le rattrapa par la nuque, faisant barrage entre le sol de la cellule et sa tête vacillante. Il jura en réalisant qu’un liquide noir et brillant s’échappait des lèvres de l'assassin, formant un filament qui se mit à couler jusqu'à la pointe gracile de son menton.


_ Qu’est-ce que… Je croyais vous avoir dit de le soigner ! Mugit-il.


_ Nous lui avons donné un remède universel, Boss, répondit l’un de ses sbires d’une voix contrite. Mais comme il a refusé de nous dire ce qu’il a bu…


D’un mouvement de pouce, Sett essuya la trace noire et la porta à son nez. Son flair particulièrement affuté l’informa qu’il s’agissait sans aucun doute possible d’une concoction à base de plante. Une plante qui puait la magie noire.

 

_ Décidément, tu es plein de surprises, marmonna-t-il en cherchant du regard un signe de conscience dans les paupières mi-closes de l’assassin.


Aphélios vit l’inquiétude sur le visage marqué du Patron. Quel étrange personnage, songea-t-il avec ses ultimes forces. Il eut un spasme, comme s’il essayait de tousser, puis perdit connaissance.

 

 

Lorsqu’il revint à lui, l’odeur de paille et d’humidité des cachots avait laissé place à une agréable brise matinale. Ses genoux ne frottaient plus la pierre dure, mais reposaient sur un matelas de plume tout à fait confortable.

Il fronça les sourcils, peinant à se rappeler pourquoi il se trouvait ici. Avec une grimace, il se remémora qui il était, puis ouvrit difficilement les yeux. Ses paupières, encore lourdes de sommeil, luttèrent contre sa volonté. Ses yeux, d’ordinaire si précis, peinèrent à lui fournir une image claire de la pièce dans laquelle il se trouvait.


Le mobilier luxueux, le sol recouverts de tapis aux motifs complexes, l’imposant balcon de pierre, les rideaux de soie s’agitant paresseusement au gré du vent, sans parler des tapisseries accrochées aux murs… Il était sûrement dans les appartements d’un grand ponte.

Dans un flash, il revit Sett. L’expression de son visage tandis qu’il perdait connaissance. Il secoua la tête et se redressa brusquement.


Son corps entier semblait s’être rebellé contre lui. Il se sentait courbaturé, et des frissons traversaient régulièrement sa peau blafarde. Le manque rongeait ses sens, paralysait son esprit. Il aurait été bien incapable de combattre qui que ce fut, dans son état.

Il porta instinctivement la main à sa taille et soupira en constatant qu’on l’avait dépouillé de sa ceinture, ainsi que de la fiole contenant le poison qui lui permettait de contacter Alune.


Malgré son état, il était suffisamment aux aguets pour percevoir le mouvement qu'avait provoqué son souffle. Quelqu’un s’était levé d’un imposant fauteuil en cuir Noxien.

Aphélios s’empressa de se rallonger, feignant de s’être simplement agité dans son sommeil.

La silhouette colossale appartenait, à n’en pas douter, au Patron.


_ Allons bon, s’agaça la voix canaille du demi-Vastaya. Je ne sais pas d’où tu viens, mais par chez moi, ce n’est pas comme ça qu’on salue une personne qui vous sauve la vie.


Gardant résolument les paupières closes, Aphélios ne put s’empêcher de tiquer. A deux reprises, il avait perdu connaissance à cause du manque de poison. Bien que ses souvenirs soient encore flous, il se rappelait être tombé du toit. Ce rustre avait dû le rattraper, sans quoi il ne serait vraisemblablement plus de ce monde. Il ne mentait pas.


_ Ou alors peut-être que tu joues les timides ? Insista Sett en s’approchant tranquillement.


Aphélios fronça les sourcils.

 

_ Je sais que tu es réveillé, Aphélios. Ta respiration a changé.

 

Le Lunari renonça. Il s’assit posément et contempla son imposant adversaire avec amertume. Sett se tenait debout près de l’autre extrémité du lit, les bras croisés. Il lui désigna les deux petites oreilles, duveteuses et pointues, qui perçaient à travers ses mèches auburn.

 

_ Mes sens sont très développés, lui expliqua-t-il avec orgueil. Tu sais ce qu’est un Vastaya, pas vrai ?


Intrigué, l’assassin mit un instant avant de répondre par la négative. Il n’avait jamais croisé la route de quelqu’un se désignant comme tel. Certes, il en avait entendu parler, mais dans des légendes ou des conte partiellement oubliés.

 

_ Disons qu’on est un peu en voie d’extinction, admit Sett sur le ton de la discussion. Mais, en gros, on est des divinités.


Aphélios haussa un sourcil, nullement impressionné. Ce grand dadais devait le prendre pour un imbécile. La seule divinité qu’il reconnaissait était la Lune.


_ C’est vraiment dommage que tu ne parles pas, poursuivit-il en haussant les épaules. J’adorerais savoir à ce que tu aurais à me dire.


Le Lunari n’aimait pas la façon dont il le couvait du regard. Un léger frisson traversa sa nuque. D’ordinaire, c’était lui qui posait sur les autres un regard de prédateur, et non pas l’inverse... Il se rappela alors de l’offre de Sett, et du baiser impromptu. 
Affolé à l'idée que cela ne se reproduise, il décida que la meilleure stratégie consistait à tenir la discussion.

Sans lâcher le Patron du regard, il désigna sa bouche du doigt, et secoua la tête. Sett mordit aussitôt à l’hameçon.

 

_ Quoi ? Grogna-t-il avec intérêt. Alors tu peux parler ?


Aphélios hocha.


_ Alors pourquoi tu t’obstines à ne rien dire ?


L’assassin pencha la tête, et soupira. Il pointa sa gorge, puis croisa les bras devant lui.


_ Tu as mal à la gorge ? S’esclaffa Sett. C’est ça, ton excuse ?


Puis, ignorant le regard peu amène qui servit de réponse, il tourna la tête vers ce qui devait être la porte menant hors de ses appartements et aboya :


_ Qu’on m’apporte du miel !


Aphélios se mordit la langue. Des gardes armés, bien évidemment. S’il décidait d’étrangler cette grande brute à l’aide des draps en soie, ils ne manqueraient pas d’intervenir. Son expression pincée sembla amuser le concerné.


_ Oh, rassure-toi, dit-il de sa voix grave et provocatrice. Ils ne sont là qu’au cas où il aurait fallu faire venir un docteur. Si tu veux me sauter dessus, libre à toi. Je leur dirais de ne pas intervenir.


Aphélios se redressa un peu plus, serrant fermement la couverture en soie ionienne entre ses doigts. Sett ne broncha pas.


_ …Tu peux essayer, murmura-t-il, ses prunelles animales étincelantes de défi.


Aphélios le toisa avec dégoût, et tourna la tête pour lui signifier qu’il n’entrerait pas dans son jeu. Au vu de son état, et de la musculature de son adversaire, les calculs étaient vite faits. Il n’excellait pas au corps à corps, même avec les formidables moyens que lui conféraient sa sœur.

Il toussa, puis essuya sa bouche d’un revers de manche. Ses armes lui manquaient affreusement. Mais pour les invoquer, il lui faudrait retrouver la fiole.

Les quelques gouttes restantes seraient en mesure de l’aider à s’échapper, et c’est précisément parce qu’il avait tenté de les sauvegarder qu’il s’était retrouvé dans cet état. De toute évidence, il avait mésestimé la durée de sa mission, et le précieux breuvage avait finit par lui faire défaut. Sans ses armes, il ne pouvait accomplir ses tâches. Sans le poison, il n’avait pas d’armes…

Ses pensées se dissipèrent lorsqu'il croisa le regard amusé de Sett. Aphélios, agacé, entrouvrit la bouche pour tenter de l’envoyer paître, mais sa voix n’était pas encore tout à fait revenue. A la place, un son aiguë et parfaitement incompréhensible s’en échappa. Honteux, il détourna le regard tandis que le Patron éclatait d’un grand rire.


_ Je vois, je vois, s’esclaffa-t-il. Tu n’avais pas menti quand tu disais que tu avais mal à la gorge. Dis donc, t’as mangé un hérisson vivant pour en arriver là ?


Puis, reprenant son sérieux :


_ Ou alors c’est le poison qu’on a retrouvé sur toi qui provoque ça ?


Aphélios resta impassible.


_ Très bien, tu ne veux rien dire. Soit. Mes hommes pensent que tu voulais te suicider. Moi, j’en suis pas si certain. Ils disent que le type que tu as descendu était un amant infidèle, une histoire à la mords-moi-le-nœud…


L'assassin remua la tête, outré. De telles allégations, alors que cette raclure méritait bien plus que la mort propre et nette qu’il lui avait offerte…


_ Ce qui est curieux, c’est que tu te trimballe ce poison sur toi, poursuivit Sett en s’asseyant distraitement sur le rebord du lit. Et, à moins que mon odorat ne me trompe – ce qui n’est jamais le cas – il est imbibé de magie. Ce qui veut dire qu’il y a anguille sous roche. On ne se donne pas la peine d’utiliser du mana, quand on veut empoisonner quelqu’un, tu vois. C’est une des méthodes les plus simples, alors pourquoi se compliquer la tâche en utilisant une plante magique ou en enchantant la mixture ? Du coup, je me suis laissé dire que ce n’était pas vraiment du poison.


Aphélios redressa la tête. Il était, malgré lui, stupéfait par les capacités d’analyse du Patron. Il l’avait tout d’abord perçu comme une créature stupide et orgueilleuse, mais voilà que cette armoire à glace tirait des conclusions tout à fait juste sur une chose qu’il était censé tenir secrète.

Conscient que Sett épiait ses moindres mouvements, il tâcha de conserver un visage impassible.


_ En fait, enchaîna-t-il avec un air de plus en plus machiavélique, je pense que c’est une potion qui te prive de ta voix en échange de quelque chose de plus utile...


Aphélios soutint son regard, le visage dénué d’émotion. Sett sourit avec assurance, dévoilant deux imposantes canines.

 

Au même instant, l’on toqua respectueusement à la porte. L'assassin se raidit tandis qu’un homme chauve recouvert de tatouages entrait dans les appartements du boss. Il déposa sur un guéridon en bois tressé un énorme plateau chargé de deux grands verres emplis d’un liquide ambré, une assiette de biscuits aux fruits sec, ainsi qu’un pot de miel.

 

_ Tu dois avoir faim, dit Sett en se levant tandis que l’homme chauve se retirait discrètement.


Il prit le plateau d’une main, chose qui aurait été complexe pour un humain normalement constitué, et l’approcha du Lunari. Aphélios loucha sur son contenu et hésita. Son ventre le faisait souffrir, et il savait d’expérience qu’un repas consistant permettait d’apaiser les effets du manque.


_ Il est encore un peu tôt pour le repas…, indiqua Sett en posant nonchalamment l’assiette sur une table à portée de son invité.


Il s’empara de l’un des verres, dont il absorba la moitié du contenu d’un trait. Au regard qu’il lui lança, Aphélios comprit qu’il lui faisait une démonstration de confiance : le verre n’était pas empoisonné.


_... Mais si tu te montres un minimum coopératif, tu pourras partager ma table.


« Trop aimable » songea l’assassin.

Son ventre gronda cependant qu’il lorgnait les biscuits. Une agréable odeur de céréales émanait de l’assiette. La perspective d’un repas chaud était alléchante, mais il n’était pas encore certain de vouloir donner à ce type la satisfaction de concéder quoi que ce soit.


D’un geste vif et précis, il se saisit d’une poignée de biscuits qu’il dévora avec appétit. De l’autre main, il s’empara du verre qui lui était destiné. Sans un regard pour l’expression complaisante de son hôte, il but à grande gorgée le liquide légèrement sucré. C’était une sorte de thé aux plantes auquel on avait ajouté une bonne dose de miel curatif.

Aphélios, qui avait jusque-là la gorge aussi aride que le désert de Shurima, accueillit la boisson avec reconnaissance. Une fois son verre vidé, il le tendit effrontément en direction de Sett, qui haussa un sourcil amusé.


_ Qu’on nous apporte deux carafes, lança-t-il à l’attention des gardes qui veillaient derrière la double porte.

 

Aphélios mangea comme un diable. L’assiette ne fit pas long feu, pas plus que la première carafe qu’on lui amena quelques instants plus tard. Son estomac avait cessé de le faire souffrir, et il se sentait presque capable de parler. Cependant, il lui faudrait s’exercer avant de retrouver une voix digne de ce nom, et il refusait que Sett ne l’entende brailler comme un adolescent en pleine mue.

Tout en considérant l’imposant Patron d’un œil méfiant, il se défit des draps et entreprit de se lever. Ses jambes fourmillèrent sous l’effort, mais il ne tituba pas un seul instant. Le poison était, certes, une condition essentielle au bon déroulement de ses missions, mais son corps restait son plus fidèle allié.

Il s’étira à s’en faire craquer les jointures, baillant à s’en décrocher la mâchoire.

L’entraînement rude et sévère qu’il avait reçu lui avait procuré des muscles solides et une souplesse surhumaine. Même en état de faiblesse, il était parfaitement capable de faire une ou deux prises au demi-Vastaya, malgré sa carrure de troll. Ses yeux experts avaient déjà sécurisé deux issues possibles : le balcon, tout d’abord. Aphélios était agile, la hauteur n’était pour lui qu’un obstacle, pas un motif d’abandon. L’imposante porte à double battant, ensuite. En supposant que deux gardes seulement lui barreraient la route, il opterait simplement pour une prise lui permettant d’assommer l’un avec l’autre.


Cependant, fuir de cette façon ne lui permettrait sans doute pas de retrouver ses affaires, et encore moins la précieuse fiole d’Alune. Il pourrait éventuellement s’infiltrer parmi les villageois, se glisser dans les ombres et renflouer ses poches la nuit tombant en chapardant de-ci, de-là, mais il ne tarderait pas à être repéré. Sûrement avant d’avoir rassemblé de quoi prendre le large.


Les traits de son peuple n’étaient pas choses communes, à Ionia, et encore moins les tatouages tribaux qu’il arborait sur son visage. Si Alune avait été en mesure de lui parler, elle lui aurait sans doute déconseillé de fuir de manière si irraisonnée.


Sett s’était tranquillement assit sur le sommier en bois massif du lit. Les jambes croisées, il sirotait le restant de son verre en feignant de s’intéresser à la paperasse qui s’étalait sur une petite table à sa portée. Cela agaça le Lunari. Comment pouvait-il se montrer si insouciant alors qu'un ennemi se trouvait dans la même pièce que lui ? Décidément, ce type avait le don de lui taper sur les nerfs.
D’ordinaire, son sang-froid et son instinct, sans parler de sa foi, l’auraient rendu imperméable à n’importe quelle forme d’émotion capable de le distraire de sa mission. Cependant, le poison ne coulait plus à profusion dans ses veines, et la connexion avec la Forteresse était interrompue.

Il expérimentait même les symptômes Ô combien déplaisants du manque.

L’accoutumance provoquée par le noctum n’était pas mortelle, mais, en l’occurrence, elle pouvait mettre son consommateur dans un profond état de faiblesse s’il décidait de se détourner de lui.

Aphélios, même s’il tenait sur ses jambes et se sentait capable de tenter une évasion, n’était pas dupe. Ses forces risquaient de l’abandonner d’un instant à l’autre. Il n’y aurait pas moyen de prédire quand se produirait son prochain moment de faiblesse, et ce tant qu’il n’aurait pas reprit de l’extrait de noctum.
Il pouvait tout aussi bien mettre les gardes à terre et s’évanouir cinq mètres plus loin.

Non, décida-t-il en se résignant. La fuite n'était, pour l'instant, pas la meilleure option.


Si les conseils de sa jumelle lui manquait, il devait tout de même reconnaître qu’il appréciait les rares instants où ses pensées n’étaient que les siennes. Heureusement, d’ailleurs, que la communication avec la Forteresse avait été interrompue lorsqu’il avait pour la première fois perdu connaissance, sinon Alune aurait assisté au baiser...
Aphélios se hérissa à l’évocation de cette scène. Il tourna les talons pour faire face au Patron.

 

Sett était vêtu d’un manteau longs dénué de manches extrêmement révélateur. Cela n’avait rien de choquant, en soi : le climat Ionien était on ne peut plus clément, et la plupart des habitants de ces contrées ne prenaient pas la peine de se vêtir plus que nécessaire pour vaquer à leurs occupations quotidiennes. Dans le cas de Sett, cependant, la raison d’un tel manque de pudeur était évidente : ses biceps, pectoraux et abdominaux étaient, à eux seuls, des arguments dissuasifs.
Les bordures plaquées d’or étaient, à n’en pas douter, des signes de richesse, sans parler des têtes de loups aux sourires sardoniques qui ornaient son torse. Il portait aussi un collier rigide qui avait l’air aussi confortable qu’une parure d’esclave.

Une épaisse fourrure d’un pourpre s'apparentant à l’auburn de ses cheveux encadrait sa nuque et ses épaules. A première vue, l’on aurait pu penser qu’il s’agissait d’un accessoire incorporé à son manteau, mais il n’en était rien : la couleur était la même que celle des oreilles du colosse. Un léger reflet d’or traversait l’extrémité de ses poils, dans un dégradé à la fois esthétique et surnaturel.

Une aura de puissance émanait de tout son être.


_ Tu aimes ce que tu vois ?


La voix goguenarde tira Aphélios de ses pensées avec la même violence qu’un coup de poing dans le plexus. Il cligna et porta aussitôt son regard ailleurs. Croisant les bras, il tapa légèrement du pied en pinçant les lèvres.


_ Ne te fâche pas, protesta Sett avec un rire amical.


Il se leva et Aphélios se raidit aussitôt, prêt à lui faire face. Si ce rustre faisait mine de s’approcher, il lui décocherait un coup bien placé histoire de refroidir ses ardeurs.


_ Franchement, tu as de la chance que je ne m’intéresse pas à la politesse ou ce genre de choses, soupira le Patron en le toisant, visiblement déçu par sa réaction. Pour quelqu’un qui vient de te sauver la vie, j’estime que je mérite un peu mieux que des regards en coins et des envies de meurtre.


Aphélios se détendit imperceptiblement. Ce type l’agaçait mais, paradoxalement, il lui inspirait aussi un étrange sentiment de sécurité. Il était loin de se comporter comme un geôlier ordinaire et, après des années passées à analyser ses victimes, Aphélios se targuait parfois de pouvoir déceler le mal rien qu’en plongeant son regard dans les yeux qui le portait.

Sett avait des prunelles ambrées tout à fait fascinantes, à la fois dures et tendres, intransigeantes et curieuses. Il lui était difficile de déterminer à qui il avait affaire. Peut-être avait-il une chance de rallier ce type à sa cause, de s’en faire un ami. Paradoxalement, s’il cherchait à ruser pour s’accaparer ses faveurs, toute cette affaire risquerait de lui exploser au nez. Il lui faudrait donc faire avec ce qu’il avait, c’est-à-dire très peu.


Aphélios était asociale. Il n’avait jamais eu d’amis à proprement parler, et encore moins d’amants. Qu’il s’agisse de son peuple ou des gens ayant croisés son chemin durant ses missions, il n’avait jamais tissé de liens en dehors de ceux qu’il avait avec sa jumelle.

L’intérêt que lui portait Sett l’inquiétait bien plus qu’il ne l’intriguait… Mais il l’intriguait tout de même.
Il entrouvrit la bouche, le cœur battant la chamade.


_ M-…Merci, lâcha-t-il avec effort.


Sett écarquilla les yeux. Mais avant qu’il ne puisse répondre, une violente quinte de toux s’empara d’Aphélios. Son corps se plia, tandis qu’il tentait vainement d’étouffer les flammes qui s’étaient rallumées dans sa gorge. La douleur était telle que des larmes se formèrent au coin de ses yeux, et il ne réalisa que trop tard les conséquences de sa maladresse : une main de la taille d’un plat à tarte vint se poser sur son épaule.


Le contact le foudroya sur place, et sans même qu’il ne le réalise, son instinct prit le relai.
Sa jambe se glissa sournoisement derrière celle de Sett, et il saisit son col d’une main avant de tirer de toute sa force vers l’avant. Surpris, le demi-Vastaya bascula avec un grognement, et Aphélios profita de son déséquilibre pour balayer sa jambe et l’expédier au sol avec violence. En à peine quelques secondes, il avait retourné la situation.


Son cerveau analysant froidement la situation, il décréta que tout était perdu, et qu’il lui faudrait finalement fuir. Quelles que furent les intentions de Sett sur le moment, ses réflexes d’assassin l'avaient condamné.

Il s’agenouilla sans ménagement sur le torse du colosse qui reprenait tout juste ses esprits et saisit sa gorge à deux mains. Il aurait le temps d’affronter la culpabilité et les remords plus tard. Pour le moment, il lui fallait mettre le Patron hors d’état de nuire.

Du coin de l’œil, il percevait les mouvements de ses bras, au moins trois fois plus épais que les siens. Sett pouvait l’assommer d’un coup de poing. Il pouvait se libérer de l’étranglement aussi facilement qu’un loup pouvait briser la nuque d’un lapin.

Pourtant, il n’en fit rien.

 

_ Aphélios, dit-il, sa voix légèrement étouffée par la pression impitoyable des mains de l’assassin.

 

Le cou de ce type était au moins aussi épais que celui d’un taureau. C’était comme s’il avait des muscles ici aussi, luttant contre l’assaut du Lunari.


_ Aphélios…


« La ferme » pensa le jeune homme en réprimant une nouvelle quinte de toux, provoquée par l’effort. « La ferme ! »


Un torrent d’émotions l’assaillit, conséquence de mois passés sous l’influence du noctum.

Pourquoi faisait-il cela ? Selon toute vraisemblance, ce grand benêt avait juste essayé de l’aider. Une fois encore. Non… Il était faible. Trop faible. Jamais Alune ne le lui pardonnerait, s’il mourrait aux mains de ces cinglés de combattants d’arènes.

Ses bras se mirent à fourmiller.


« Pourquoi je ne suis pas assez fort ? Pourquoi ne perd-t-il pas connaissance ?! »


Aphélios avait mit trop de volonté dans cette attaque. Trop d’énergie. Il toussait, et toussait encore, ses mains enserrant fermement le cou du Patron. Ses forces l’abandonnèrent comme la fumée d’une bougie qu’on éteint.

Ses yeux se révulsèrent tandis qu’une gerbe de poison souillait le torse de Sett, et son corps s’affaissa mollement sur celui de sa victime.