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Take me back to the night we met

Summary:

SPOILER CHAPITRE 188

Kim Dokja est mort, et il a laissé derrière lui l'incompréhension et le chagrin.

Notes:

On m'a forcé à lire Omniscient Reader's Viewpoint, et voilà où j'en suis. Oui j'ai pleuré. Oui.

Work Text:

Le soleil se couche à peine sur Séoul, glissant à travers les hauts bâtiments abandonnés, éclairant d’une douce lueur la ville morte. Toute vie l’avait quittée récemment, depuis que le dôme avait été brisé. Le peu qu’il restait depuis le début de l’apocalypse a courageusement combattu, et la poignée de survivants qui subsiste gardera la cicatrice de ces quelques mois à tout jamais.
Sangah n’a même pas besoin de se retenir de pleurer, elle est complètement vidée. Elle a l’impression d’être devenue creuse comme un tronc rongé par des termites, et pourtant son cœur est lourd de chagrin dans sa poitrine.
Elle n’a jamais su comment définir sa relation avec Kim Dokja. Ils étaient collègues de travail à la base, certes, mais ils sont devenus tellement plus que ça. Elle lui a laissé sa propre vie entre les mains un nombre incalculable de fois, elle lui a fait confiance à chaque étape de sa survie, parce qu’il a toujours fait le bon choix, celui qui en sauverait le plus. Il avait à cœur la survie de tous, pas seulement celle de ses alliés, ce que Sangah admirait: malgré une situation désastreuse, malgré les pièges et traîtrises, il ne sacrifiait jamais personne, quand bien même ce serait plus facile de faire ainsi.
Elle ne le connaissait même pas si bien, au final. Elle savait quel genre de décision il prenait dans une situation extrême, mais elle ne connaissait pas les aspects simples de sa personnalité: quelle est sa couleur préférée, quel est son plat préféré… Tant de questions aussi futiles qu’inutiles.
Le vent siffle à travers les rues vides, menaçant, inquiétant, pourtant Sangah n’arrive pas à prendre conscience du danger. Le chemin s’est assombri, maintenant que Kim Dokja n’est plus là pour les guider, de son sourire mystérieux mais rassurant. Elle ne sait même pas ce qu’elle va faire maintenant, songe-t-elle en regardant le ciel se parer d’oranges et de roses. Un si beau spectacle, qu’elle avait coutume d’admirer, avant… avant que tout ça n’arrive. Elle pince les lèvres, son regard tombant à nouveau sur le bitume. Elle aurait voulu le connaître plus tôt. Elle aurait voulu passer plus de temps avec lui, partager des moments insouciants avec lui, vivre une vie normale avec lui. Elle s’imagine arpentant les rues à ses côtés, parlant de tout et de rien, de leurs collègues et d’actualités stupides. Elle aurait voulu qu’il se confie à elle sur son passé, pas parce qu’il s’y sentait obligé, mais parce qu’il lui faisait confiance. Elle veut se convaincre que c’était le cas, qu’il lui faisait réellement confiance, mais Sangah ne peut pas s’empêcher de se dire que quelque part, il s’est senti contraint. Elle aurait voulu construire une relation normale avec lui, qui n’aurait pas été forcée par les circonstances. Elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Maintenant, c’est trop tard.
Un sanglot lui noue la gorge, sa poitrine se serre, elle sent son visage se crisper, mais elle fait un pas en avant. Elle va devoir continuer, pour que son sacrifice ne soit pas vain, et malgré tous ses regrets. Mais elle ne sait pas si elle en a la force. Plus rien ne semble avoir de l’importance, désormais.

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Hyunsung glisse un regard à la frêle figure de Sangah qui marche lentement devant lui. Il n’a pas besoin de se triturer le cerveau pour deviner ce à quoi elle pense: son cœur est un miroir du sien. Kim Dokja y a laissé un trou béant quand il est parti.
Ce n’est pas la première fois qu’il perd un frère d’armes. On ne s’y habitue jamais vraiment, ça fait toujours aussi mal, mais pas autant que la première fois. Alors, il essaie de garder le dos droit, la tête haute, pour les autres, pour qu’ils ne se sentent pas aussi désemparés que lui. Il doit prendre sur lui, cacher sa tristesse, reprendre le rôle de protecteur qui lui a été assigné, pour le bien du groupe. Pourtant il sent son pouls battre dans ses yeux bouffis de larmes. Il commençait tout juste à accepter le fait que Kim Dokja ne mourrait pas, en tous cas pas pour de vrai. Désorienté, il croit encore dur comme fer à son retour. Il devait revenir, il le fallait; mais chaque pas le rapproche de plus en plus de la certitude qu’il avait disparu. Chacun des battements de son cœur l’ancre dans la réalité, celle où Kim Dokja n’est plus. Lui vit encore, parce que Kim Dokja s’était sacrifié. Hyunsung fera probablement des cauchemars du sourire creux peint sur son visage, alors qu’il s’émiettait dans l’obscurité du néant.
Il serre les dents. Ces cauchemars ne doivent pas être les seuls souvenirs qu’il garde de Kim Dokja. Il est bien plus qu’un sacrifice, il est celui qui les a amenés aussi loin, qui les a protégés et qui les a guidés. Il est celui qui a réconforté Hyunsung quand il doutait, qui l’a remis sur le droit chemin. Il a été à ses côtés - à leurs côtés durant tout ce long périple, et il n’a jamais baissé les bras, pour aucun d’entre eux.
Il aurait mérité une tombe, songe-t-il. Il regrette de ne pas avoir eu le temps d’honorer correctement sa mémoire.

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Les larmes de Gilyoung ne s’arrêtent pas. Sa tête lui fait mal, il trébuche et titube, sa poitrine se soulève de sanglots ininterrompus. Il n’est plus qu’une masse de douleur ambulante. L’absence de Kim Dokja le fait autant souffrir que si c’était quelqu’un de sa famille qui était mort. Il se souvient de bribes de leurs moments ensemble, sa grande main qui tenait la sienne, petite et solitaire. Son regard, plein de confiance, quand il lui demandait d’utiliser ses capacités pour les sortir d’une situation difficile. Son sourire, quand il leur disait qu’il avait un plan; ce sourire qui donnait la certitude à Gilyoung que tout allait bien se passer. Ce sentiment de sécurité, c’est quelque chose dont il avait eu besoin depuis le début de cette apocalypse. C’est quelque chose qui lui a été arraché.
Il se souvient encore de sa voix quand il lui a repris la jade démoniaque des mains: elle était éteinte, comme s’il avait déjà accepté sa propre mort. Il avait probablement prévu de mourir depuis tout ce temps, et Gilyoung a beau savoir que ce n’est pas le cas, il ne peut pas s’empêcher de se dire que c’est de sa faute, qu’il aurait dû résister et ne pas lui donner la jade. Peut-être que Kim Dokja serait encore en vie à l’heure qu’il est.
Ses sanglots reprennent. Il s’arrête malgré lui et hurle son désespoir. Sa douleur est trop grande pour être contenue. Il sent son cœur se déchirer en milliers de petits morceaux. Immédiatement, Jung Heewon vient le prendre dans ses bras. Elle s’accroupit, caresse ses cheveux, et Gilyoung s’agrippe à elle comme à une bouée de sauvetage. Il sait que ses larmes et sa morve font des taches sur la chemise de Heewon, mais ni lui ni elle n’en ont quelque chose à faire. Il la sent trembler contre lui, et le simple fait de savoir qu’elle pleure aussi suffit à faire couler ses larmes de plus belle.
Ils restent un moment comme ça, jusqu’à ce que Gilyoung sente la main familière et rassurante de Lee Hyunsung sur son épaule. Il s’écarte doucement de Heewon, s’essuie les yeux.
“Viens, je vais te porter”, propose Hyunsung d’une voix basse. Le soleil est bas sur l’horizon, remarque Gilyoung. La nuit ne va pas tarder à tomber. Il hoche la tête et tend les bras vers Hyunsung, qui le porte sans effort. Heewon échange un regard avec Hyunsung, empli de tristesse et de compassion, et elle caresse le dos de Gilyoung.
“Ça va aller,” murmure-t-elle. Gilyoung sait qu’elle essaie de s’en convaincre elle-même, mais ça lui fait quand même du bien. Niché contre la poitrine rassurante de Hyunsung, la douce main de Heewon sur son dos, il se sent un peu mieux.

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La chaleur du feu de camp n’arrive pas à réchauffer Heewon. Les survivants se sont réunis en petits groupes à l’extérieur du dôme, par le trou qu’a fait Joonghyuk. Ce qu’il reste du groupe de Kim Dokja a trouvé refuge dans un immeuble en béton délabré. Gilyoung et Yoosung dorment contre Hyunsung, tous les trois appuyés contre l’un des murs. Les enfants sont épuisés des événements de la journée et de la longue marche. Hyunsung aussi est à bout de forces, mais il persiste à vouloir tenir bon et à paraître en forme, pour rassurer les autres. En même temps, Heewon le comprend. Elle jette un regard autour d’elle: Sangah est roulée en boule au fond de la pièce, Jihye assise près d’elle, son épée serrée contre elle, la tête baissée. Han Sooyoung, à qui Heewon ne fait toujours pas totalement confiance, a l’air vide de toute émotion. Son visage est pâle comme de la cendre, elle a le regard trouble. Enfin, Yoo Joonghyuk a disparu après s’être assuré que tout le monde allait plus ou moins bien. Son regard était indéchiffrable. Elle comprend qu’il ait besoin de s’isoler, donc elle n’a rien dit, et a accepté silencieusement de prendre le premier tour de garde, qui sera probablement le seul.
Heewon reporte son regard sur les flammes dansantes en face d’elle. Elles lui rappellent ses propres capacités. Elle se souvient de la première fois qu’elle les a utilisées, et son cœur se serre en repensant à quel point Kim Dokja a eu une influence sur sa vie. Les mots qu’il lui a dits à Paradis résonnent encore dans sa tête, et bien qu’elle sache qu’elle ne doit pas abandonner et qu’elle doit aller de l’avant, comment le peut-elle alors qu’elle n’y voit rien? Celui qui tenait la lanterne et qui marchait avec assurance droit devant lui, sans jamais se retourner, a disparu. Comment savoir quel est le chemin à suivre? Comment savoir quelle est la direction à prendre? Comment savoir s’ils font les bons choix?
Que doit-elle faire, maintenant?
Même à la toute fin, il lui a encore dit quoi faire, comment diriger les autres. Elle a peur, pour la première fois depuis ce qui lui semble une éternité, de ne pas pouvoir agir de façon lucide. Elle a peur de faire un faux pas et de mettre en danger tout le groupe. Maintenant qu’il n’est plus là pour les lier, elle ne sait pas si elle aura le courage de les mener sans regrets.
Elle ne sait pas si elle aura la force de Hyunsung, à prendre sur elle et à aller de l’avant. Elle ne sait pas si elle tiendra bien longtemps avant de s’écrouler. En tous cas, elle sait qu’elle doit essayer. Il vaut mieux avancer, il vaut toujours mieux d’avancer.
Elle n’en revient toujours pas qu’il les ait entraînés pour le tuer. Quel homme tordu. Elle en est encore amère, bien qu’elle comprenne pourquoi il a agi de cette manière. Elle se passe la main sur le visage, et ricane sans joie: il lui avait demandé d’être sa compagne pour ce long trajet, et il l’avait laissée en plan derrière lui.

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Sooyoung lève la tête vers le morceau de ciel nocturne visible à travers la fenêtre brisée. Elle se demande s’il a rejoint les autres constellations, maintenant. Elle en doute, puisqu’elles sont en deuil, elles aussi. Elle se souvient de leurs messages: aucune d’entre elles ne voulait la mort de Kim Dokja. Kim Dokja, qui s’est sacrifié pour son groupe, qui les a entraînés à se battre contre lui, qui avait déjà tout prévu depuis le début. Il savait très bien qu’il allait mourir là. Sooyoung voudrait le détester, elle voudrait lui en vouloir, mais elle en est incapable. Il lui a fallu du courage pour se décider à se sacrifier, elle le sait. S’il était là, elle l’aurait frappé, lui aurait hurlé dessus.
S’il était là.
Au fond, Sooyoung se dit que c’est aussi de sa faute. Si elle n’était pas aussi empotée, si elle était plus dégourdie, si elle se souvenait un peu mieux de l’histoire, peut-être qu’elle n’aurait jamais eu à rencontrer Kim Dokja. Elle n’aurait jamais eu à le combattre, à perdre, et à se rallier à lui. Elle n’aurait jamais eu à l’apprécier, à lui faire confiance, à se réjouir de sa présence. Elle n’aurait jamais eu à souffrir de son absence. Elle n’aurait jamais connu cette douleur intense et diffuse, qui ne semble pas vouloir s’arrêter.
Déjà, dans ses souvenirs, son drôle de sourire s’efface. Celui qu’il portait tout le temps, comme un accessoire, dissimulant ses pensées et ses actions. Elle se souvient encore de son regard, parfois perçant, comme quand il a deviné qui elle était vraiment, parfois doux, comme quand il riait à l’une de ses blagues. Elle se souvient de cet air distant qu’il avait parfois, comme s’il se remémorait un souvenir d’il y a longtemps.
Malgré elle, les larmes lui viennent. La perspective de savoir qu’elle ne verra plus toutes ces parties de lui, tout ce qui fait qu’il est lui, suffit pour lui briser le cœur à nouveau. Elle ne pensait pas que la perte de quelqu’un pouvait faire aussi mal.

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“Croyez-moi”, dit-il, “c’est la meilleure des façons.”
Yoosung est crispée. Kim Dokja est devenu monstrueux, des ailes lui sortant du dos et des cornes lui ayant poussé sur le crâne. Sa respiration est hachée, son cœur bat à toute allure, et sa vue se trouble. Que fait Kim Dokja?
Elle sent la vague d’émotions qu’il lui envoie, à travers leur lien de constellation à incarnation. Son petit corps tremble sous leur force, et pourtant elle ne s’est jamais sentie aussi aimée. Et soudain, tout vole en éclats.
Elle se réveille en sursaut. Autour d’elle, tout est calme. La poitrine de Lee Hyunsung se lève et s’abaisse régulièrement, la tête de Lee Gilyoung qui repose dessus aussi. Il a la bouche entrouverte, laissant couler un filet de bave. Yoosung se lève lentement, pour ne pas les réveiller, et se glisse à l’extérieur du bâtiment. Elle passe sans faire de bruit à côté de Jung Heewon, qui s’est endormie près de ce qui reste du feu de camp.
Yoosung ne sait pas trop où ses pas la mènent. Elle quitte le refuge de fortune qu’est le bâtiment abandonné et arpente une rue silencieuse. Un peu plus loin, elle aperçoit de la lumière, celle de lampadaires. Surprise, elle cligne des yeux. Ça lui semble être une éternité depuis qu’elle n’en a pas vu qui fonctionnaient. Elle prend conscience qu’elle est enfin sortie de Séoul, qu’elle a enfin rejoint la civilisation. Elle sait pertinemment que les scénarios ne sont pas terminés, mais au moins elle retournera bientôt à un semblant de normalité.
Elle lève le nez vers les étoiles. Elle avait conscience de la proximité qu’elle avait avec Kim Dokja, mais elle ne s’était pas rendu compte à quel point il allait lui manquer quand il ne serait plus là. Bien sûr, il était déjà mort quelques fois, mais elle savait au fond de son cœur qu’il reviendrait. Elle sentait qu’il était encore là, quelque part.
A présent, elle ne sent plus rien. Elle a l’impression que toute une partie d’elle a disparu. Kim Dokja était une étreinte chaleureuse, baignée de lumière, protectrice, une étreinte qui ne la lâcherait jamais. Yoosung laisse s’échapper un sanglot et entoure ses épaules de ses propres bras. Elle se sent tellement seule. La seule personne en qui elle avait une confiance aveugle et totale depuis le début de ce cauchemar s’est réduite en poussière.
Yoosung a beau être tirée d’affaire pour le moment, elle se surprend à se dire qu’elle aurait voulu rester sous le dôme de Séoul, si ça lui donnait un peu plus de temps avec Kim Dokja. Elle ne sait pas de quoi demain sera fait, et bien qu’elle soit entourée de gens qui tiennent à elle, elle voudrait pouvoir revoir son visage, une dernière fois.

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Joonghyuk plisse les yeux. L’aube l’éblouit, et il se rend compte qu’il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Il n’y a pas un souffle de vent, pas un chant d’oiseau, rien. Aucun dokkaebi n’est venu pour leur lancer un nouveau scénario, aucune créature ne l’a attaqué durant la nuit. Tout est totalement calme.
Depuis le toit sur lequel il est resté toute la nuit, il observe les ruelles vides. C’est trop calme, il n’a pas l’habitude d’une paix pareille. Il a l’habitude de rester éveillé des nuits entières à se battre contre des créatures, contre des gens, contre des calamités. Cette absence d’agitation, ça le rend nerveux.
Il fronce les sourcils. Ce n’est pas dans son habitude d’être nerveux. Certes, il fait beaucoup de choses qui ne sont pas dans ses habitudes récemment, mais... Il soupire. Il n’arrête pas d’y repenser, quoi qu’il fasse pour se changer les idées. Dès qu’il ferme les yeux, des visions de son dernier combat l’assaillent, comme autant d’entailles: Kim Dokja qui le projette contre un mur, Kim Dokja qui se transforme, Kim Dokja et son air de clown triste, Kim Dokja qui se laisse transpercer par sa lame, Kim Dokja qui lui sourit, d’un sourire bienheureux malgré sa douleur, d’un sourire que Joonghyuk ne pourra jamais oublier.
Kim Dokja qui le regarde dans les yeux, et qui lui dit, “revoyons-nous, Yoo Joonghyuk.” Kim Dokja qui s’effrite dans le néant, qui disparaît à tout jamais, ne laissant derrière lui aucune trace de son existence.
Il se l’est déjà dit il y a quelques heures, et sa décision n’a pas changé: il ne peut pas régresser ici. Il doit absolument aller de l’avant. Ce n’est pas parce que c’est Kim Dokja qui lui a dit de le faire, c’est parce que Joonghyuk sait, au fond de lui, que c’est la bonne chose à faire. Les mots de Kim Dokja ont résonné en lui, et désormais il sait qu’il ne doit pas revenir en arrière. Outre la peur de ne pas avoir le même Kim Dokja s’il régresse, c’est le sentiment nouveau qui naît au creux de sa poitrine qui le pousse à avancer. Cette drôle de chaleur, qui ressemble un peu à de l’espoir. Peut-être qu’il avait raison. Peut-être qu’il y avait un moyen d’achever cette quête qui semblait sans fin, se dit-il en observant le soleil se lever.
Il se sent un peu désemparé de s’être rendu compte de l’importance que Kim Dokja avait dans sa vie seulement après l’avoir tué. Pire encore, il ne pensait pas que la mort de quelqu’un l’affecterait encore, pas après tout ce qu’il a vu. Il a un rire creux en se souvenant de sa vie, avant tout ça. Ça lui semble être une éternité depuis qu’il n’a pas ouvert un ordinateur. Probablement parce que ça l’est. La vie et la mort n’avaient pas beaucoup de sens pour lui, à cette époque: il leur en a donné quand le calvaire a débuté, puis l’importance qu’il leur accordait est repartie aussi vite, emportée par le vent. Kim Dokja était différent. Il avait vu à travers lui, à travers le détachement qu’il a forgé pour ne plus avoir mal; il a tordu sa carapace de métal à mains nues. Joonghyuk a toujours eu cette drôle d’impression avec lui, comme si Kim Dokja en savait trop sur lui. Ce qui était impossible, puisqu’ils ne se connaissaient pas, mais Joonghyuk n’a jamais réussi à se défaire de ce sentiment.
Il soupire à nouveau. Il aurait voulu se dire que tout redeviendrait comme avant, qu’il ne s’ouvrirait plus jamais aux autres, qu’il ne se laisserait plus avoir, qu’il ne souffrirait plus jamais, mais c’était impossible. Kim Dokja l’avait changé, ses mots l’avaient changé. Il arrivera au bout du voyage, il accomplira sa mission. Il y arrivera.
Malgré la douce chaleur du soleil qui lui caressait la peau, son corps entier était froid. Il aurait voulu trouver une autre solution, une issue dans laquelle ils vivaient tous les deux. Il aurait voulu voir la fin du voyage avec lui.