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Le jeune homme était plongé dans l'eau du bain. C'était tout juste si son nez ne touchait pas la surface claire et fumante. Il était plongé dans ses pensées chaotiques.
Aujourd'hui, il avait participé à un raid. Il n'avait rien fait de particulier. Lancer quelques bombarda sur des bâtiments qu'il savait vides, quelques sorts de découpe à gauche à droite pour dire qu'il touchait des sorciers et des sorcières en fuite mais sans plus. Son simple air revêche et sa terrible renommée avait suffi pour gagner la panique dans tout le village sorcier.
Il était devenu une terreur, l'ennemi à craindre, le bras droit du Seigneur des Ténèbres lui-même ! C'était à un tel point que même son nom commençait à être craint. On l'avait rebaptisé le Traître.
On l'avait accusé du meurtre d'un ami alors qu'il était innocent. On lui avait fait un procès expéditif où toutes les preuves le désignaient coupable alors qu'il n'était que la cible d'un terrible coup du destin et de magie jumelée à son paroxysme. Ceux qui auraient dû l'aider n'avaient pas bougé. Ils avaient juste détourné le regard quand ils n'avaient pas carrément changé leur fusil d'épaule et l'aient pointé d'un doigt accusateur. Il avait finalement trouvé refuge et réconfort dans les bras de ceux qu'ils avaient toujours pris pour des ennemis.
D'abord à Azkaban, alors qu'il partageait une cellule avec Bellatrix Lestrange, dont la folie n'avait d'égale que son ingéniosité et, étrangement, sa bonté. Il en avait été saisi au bout de quelques semaines. Elle lui avait tendu la main, lui avait proposé un marché. Se rallier aux Ténèbres. Elle lui avait promis de l'aider à se venger si en retour, il devenait l'un des leurs.
Il avait hésité longtemps. Même quand il avait finalement été libéré de l'emprise des détraqueurs et emmené dans le QG des Mangemorts, il était resté enfermé dans sa pièce, songeur. Il n'était plus en prison. Il n'était pas dans un cachot non plus. C'était tout juste s'il était surveillé.
Non, on ne le surveillait pas. En quelque sorte, on veillait sur lui. Un homme qu'il avait toujours détesté et dont il pensait les sentiments réciproques avaient montré une loyauté insoupçonnée.
— Tu es le fils de ta mère, avait-il dit. Il était tout bonnement impossible que tu commettes un tel acte.
Un soir, il avait osé poser une question à ce même homme qui croyait à son innocence.
— Et maintenant ?
— Oui, maintenant, je t'en crois capable, avait-il répondu.
— Est-ce mal ?
L'homme avait juste soupiré et posé une main sur son épaule.
— Oui et non. Ce serait, en quelque sorte, un juste retour des choses. On t'a accusé à tort. Tu as souffert. Et, il faut l'admettre, ton esprit n'est plus aussi sain qu'autrefois. Tu t'en sors bien mais tu es marqué par les Ténèbres, que tu nous rejoignes ou non. D'un autre côté, tu ne pourras jamais être libre après ce qu'ils t'ont fait. Comme Black, tu es désormais un fugitif.
— Qu'est-ce qu'il pense de moi ? Est-ce que... Est-ce qu'il a cru que... ?
— Non. Mais il est inquiet pour toi. Il ne sait pas trop où se positionner. Dumbledore et Lupin le tiraillent et l'obligent peu à peu à renoncer à toi. Selon eux, on ne peut plus te sauver.
— Est-ce que je mérite seulement d'être sauvé ? avait-il demandé d'une petite voix.
— Toi plus que quiconque. Le comble de l'ironie est que ce sont les Ténèbres qui te sauvent. Je ne l'aurais jamais cru...
Il avait gardé longtemps le silence.
— Snape.
— Oui ?
— Est-ce judicieux que j'accepte Son offre ?
— Tu demandes l'avis du mangemort ou de l'ami de ta mère ?
— Je demande l'avis de l'homme qui veille sur moi pour mon bien.
— Tu es actuellement un invité ici. Certains mangemorts te respectent même. Certains te craignent aussi, surtout parce que Bellatrix te couve des yeux.
— Je n'ai rien fait pour ça, tu sais.
— C'est ce qui te rend si spécial. Tu n'as jamais rien fait comme les autres. Et c'est justement parce que contre toute attente, tu as réussi à te mettre quelques mangemorts dans la poche, parmi les pires, et que même le Seigneur des Ténèbres veut d'accorder une chance, que tu devrais accepter Son offre. Deviens officiellement l'un des nôtres.
Il avait dégluti.
— Est-ce que je devrais tuer ?
— Ne tue pas si tu n'en as pas envie. Reste pur si tel est ton souhait. Il y a d'autres façons de servir le Lord. Par ailleurs, ta puissance brute et ta foutue intelligence pratique, sans parler de la renommée que t'a donné le ministère, tu n'auras qu'à parader dans les rues avec certains d'entre nous et le tour sera joué. Ils te fuiront comme la peste. Ils te craindront.
— Mais je n'ai jamais voulu être craint, moi...
Sa voix avait flanché et ses yeux l'avaient trahi. Deux bras forts l'avaient saisi et serré contre un torse puissant.
— Nous, nous ne te craignons pas, Harry. Et nous savons la vérité. Nous voyons ce qu'il t'est arrivé. Ce que tu es devenu. Tu t'es assombri. Tu es plein de colère et de rancoeur. C'est ton droit le plus cher. Aucun d'entre nous parmi les plus... 'blancs', si je puis m'exprimer ainsi, ne te jettera la pierre pour chercher vengeance pour ce que l'on t'a fait. C'était au Lord de payer, pas à toi. Le Ministère a juste très mal fait son boulot.
— Le ministère est corrompu jusqu'à la moelle.
— Aide-nous à le purifier dans ce cas. Cela n'implique pas nécessairement le meurtre. Si tu préfères user de stupéfix, cela marche aussi. Sache juste que cela fera potentiellement de toi une cible plus facile parce qu'ils te croiront plus faible et hésitant.
Harry s'était écarté à ce moment-là, le regard plein de furie baigné de larmes.
— Ils feraient une grossière erreur de me croire faible !
Snape avait souri. Un sourire à la fois fier et triste. Il avait glissé une main vers la joue du jeune homme et lui avait soutenu la joue du pouce.
— C'est voyant ce regard brûlant que je te crois capable du pire, Harry. Tu n'es finalement pas comme ton père. Tu es comme moi. Je brûlais aussi de cette rage.
— A cause de mon père ?
— Non. A cause du mien.
— Tu l'as tué ?
— Oui. Mais cela ne signifie pas que tu doives tuer. Cela doit rester ton choix. Et on le respectera. Tous. Je te le promets.
Harry avait encore gardé le silence, fixant juste cet homme dans les yeux, cherchant à répondre à ce dilemme intérieur. Accepter ou non l'offre du meurtrier de ses parents. Mais finalement, à force d'y penser, le véritable meurtrier, ce n'était pas lui mais bien le système. S'il n'y avait pas cette corruption, des hommes comme lui ne seraient pas créés et il n'y aurait pas de guerres sanglantes. Il n'y aurait pas de mort...
— Est-ce que tu peux demander pour moi une audience ? Je... J'ai l'intention d'accepter Son offre.
Snape l'avait repris dans ses bras quelques instants avant de finalement sortir faire comme demander. Le soir-même, Harry avait vu le Seigneur des Ténèbres et trois jours plus tard, une cérémonie officielle avait été donnée pour qu'il reçoive, avec quelques autres, la Marque des Ténèbres.
Il avait pris ensuite du temps à se décider à agir à l'extérieur du QG. Il préférait se rendre utile à l'intérieur. Brassage de potions simples, récoltes d'ingrédients, soins. Parfois un avis partagé mais il ne faisait rien de probant. Il avait cette peur de sortir lors des raids. Cela avait duré cinq ans.
Cinq années durant lesquelles il s'était aussi perfectionné en magie. Blanche, noire, grise. Il avait appris de tout et auprès des meilleurs que l'on pouvait trouver dans les rangs mangemorts. Même du Seigneur des Ténèbres lui-même.
Il avait fini par développer des sentiments pour les jumelles Carrow. Il les croisait souvent quand elle rendait visite à leur tante. Surtout Hestia. Flora avait son crush sur un autre sorcier. Mais même si elles venaient souvent et savaient pour Alecto et Amycus, elles demeuraient neutres, par plus de sécurité. Elles n'étaient pas taillées pour être dans le combat. Un peu comme lui.
Sauf le jour où il avait appris qu'elle avait été blessée par un membre de l'Ordre du Phénix. Là, il avait juste... pété un plomb. Oh, il n'avait blessé personne mais cela a été le moment où il avait décidé de prendre les armes. On ne touchait pas à sa petite amie ! Pire ! On n'en faisait pas une prisonnière pour lui faire divulguer des secrets que, de toute façon, elle était incapable de révéler, les ignorant elle-même.
Ce jour-là, il avait fait la seule chose sensée, la seule chose typiquement lui : foncer dans le tas sans réfléchir. Ou en tout cas pas trop réfléchir. Mais il ne l'avait pas fait comme à son habitude de jeunesse. Il y était allé toute en finesse et discrétion. Influence serpentarde oblige. Il s'était rendu à Square Grimmaurd dissimulé sous sa cape d'invisibilité, avait libéré Hestia et laissé un mot griffonné sur un bout de parchemin.
*Touchez-la encore et là, je m'énerverai vraiment.*
*Harry.*
Il était reparti avec elle, aussi discrètement qu'il était venu. Depuis, plusieurs choses étaient survenues. Des bonnes, comme des moins bonnes. A ce stade de sa vie, il ne considérait plus vraiment le mauvais de la même façon. Il avait vécu le pire de toute façon.
Il était devenu une figure crainte parmi les mangemorts. Une figure publique qu'on fuyait. Potter le Traître. Cela s'était ébruité comme une traînée de poudre et même publié dans leur torchon qu'ils osaient appeler gazette. Du moins, c'était avant que le Lord Noir mette la main mise sur la presse et, par la suite, sur le Ministère. Désormais, il ne demeurait plus que le nord rebelle et quelques poignées de résistants çà et là dans le pays qui marchait peu à peu au pas depuis une ou deux semaines. C'était enfin officiel même si la poudrière était encore chaude et qu'ils n'étaient pas à l'abri d'une nouvelle explosion.
Cela se calmait peu à peu.
Il y eut quelques coups à la porte et elle s'ouvrit sur Hestia.
— Oui, ma chérie ? demanda-t-il.
— Il te demande, dit-elle en approchant.
Elle vint s'appuyer sur le rebord du bassin et se pencha lentement pour l'embrasser. Harry sourit et voulut la saisir. Elle lui attrapa le poignet.
— Non, tu es trempé.
Il rit et réagit sur le champ, l'attrapant vivement mais avec douceur et attention pour la tirer dans son bain. Elle poussa un cri surpris. Il rit encore plus.
— Mais tu es une sorcière, rétorqua-t-il.
— Sauf que depuis quelques semaines, ma magie fait des siennes, Harry, soupira-t-elle.
Il l'embrassa encore et glissa une main sur le ventre arrondi de son épouse. Il perçut un mouvement et sourit encore.
— Il est fort, murmura-t-il sur les lèvres d'Hestia.
— Comme son père. Qui devrait se dépêcher s'il veut survivre assez longtemps pour pouvoir lui donner un nom ! insista-t-elle ensuite.
— Très bien. Je me dépêche, céda-t-il.
Il sortit du bain et l'aida. Puis, d'un geste léger de la main, il les sécha tous les deux avant de la saisir encore pour l'embrasser avant de partir dans leur chambre s'habiller.
— Tu sais pourquoi il veut me voir ?
— Pas vraiment. Mais Bellatrix semblait aux anges. Elle n'arrêtait pas de dire que tu serais content.
— Ah ? Qu'est-ce qu'elle m'a préparé encore ?
— Aucune idée. Mais je ne vais pas venir. Avec elle, c'est toujours sadique.
— C'est Bellatrix aussi. Elle est sadique. Pire, c'est une tortionnaire. Mais de là à ce que j'aime... Cela doit être vraiment énorme.
Hestia haussa les épaules avant d'approcher pour ajuster la robe, puis le masque de son époux.
— Tu me diras en m'épargnant les détails sanglants ?
— Promis.
Il l'embrassa encore une dernière fois elle, puis le ventre avant de sortir de la pièce.
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Il parcourut rapidement le manoir. Les quelques camarades qu’il croisa semblaient curieux et le suivaient un peu.
— Mais qu’est-ce que Bella a encore inventé ? soupira-t-il.
— Elle est revenue d’un raid spécial, répondit Drago en le rejoignant, lui aussi masqué et drapé de sa robe de mangemort. Cela fait trois jours qu’elle court à gauche et à droite et que personne ne sait vraiment. Sauf mes parents, Fenrir et le Lord peut-être.
— Fenrir ? Alors là, je suis encore plus intrigué. Il ne se mêle jamais à nous généralement. Il préfère sa meute, ou parfois en compagnie de Scabior.
Ils pénétrèrent dans la salle de réception qui, occasionnellement, était fort bondée. Il y avait beaucoup plus de mangemorts que d’habitude au manoir. Si Harry en connaissait beaucoup, en cet instant, il avait des difficultés à les identifier avec leurs masques. Il y avait bien parfois un trait caractéristique mais dans l’ensemble, ils étaient tous devenus des inconnus familiers. Cela s’expliquait par la présence d’un groupe de prisonniers au centre de la pièce. Et devant eux, Bellatrix sautillait presque, totalement démasquée, juste à côté du Seigneur des Ténèbres.
— Mon lapin, j’ai un cadeau pour toi.
Harry, par sécurité, garda le silence, le temps d’analyser le cadeau. On ne lui encore jamais offert de prisonniers. Il n'était pas du genre tortionnaire. Pas… trop. Cela dépendait avec qui. Il fit le tour du groupe, examinant chaque visage émacié, et tuméfié pour certains, et il en reconnut. Des bons. Des mauvais. Des anciens camarades, des anciens amis, des ennemis. Du temps où il était encore le héros de l’histoire, avant cette nuit dans le cimetière.
Il approcha de Bellatrix et vint la serrer dans ses bras en remerciement.
— Qu’est-ce que tu m’as encore préparé ? lui murmura-t-il à l’oreille.
— Tu peux en faire ce que tu veux ! gloussa-t-elle.
— Je vois…
Il salua le Seigneur des Ténèbres qui était assis sur son trône. Il avait le regard curieux et un sourire amusé sur le visage. C’était rare d’en voir un. Il avisa alors le groupe de prisonniers avec plus d’attention. Certains d’entre eux étaient blessés. Et pour quelques-uns, il en était attristé d’une certaine façon. Une partie de lui de son passé criait à l’injustice. Mais celui qu’il était aujourd’hui rétorquait qu’il était lui-même une victime de l’injustice.
Il approcha alors d’un homme et il souleva le visage du menton.
— Je suis désolée, certains sont un peu abîmés. Je sais que tu les aimes en bonne santé mais ils ne se sont pas laissés faire.
— Le contraire m’aurait étonné, répondit Harry.
Les yeux argent qu’il fixait s’écarquillèrent un peu.
— Lâchez-le ! gronda un autre, une voix qu’il connaissait bien.
— La ferme, Ronald ! Je m’occuperai de ton cas plus tard.
— Harry, souffla le blessé devant lui.
Le mangemort retira son masque et baissa sa capuche.
— Salut Sirius.
— Pourquoi ?
— Pour rester en vie… et libre en quelque sorte.
— Mais être mangemort ! Devenir un meurtrier ! Tu trahis tes parents !
— Non, Sirius. C’est le système et Dumbledore qui ont trahi mes parents. Et aussi un peu Queudver, je te l’accorde. Mais pour le reste, toi comme moi avons été abandonnés par le système, jugés à tort pour quelque chose que nous n’avons pas commis.
— Tu es un meurtrier, Potter ! Tu as tué Cédric ! Et Merlin seul sait encore combien de personne tu as tué depuis !
Harry eut un sourire crispé. Il sortit sa baguette et l’agita. Ronald poussa un hurlement.
— Comme tu peux le constater, j’ai franchi la ligne des impardonnables. Si tu ne veux pas encore te prendre un doloris gratuit, ferme ta grande gueule et apprends le respect, Ronald.
Ses propos furent suivis d’un ricanement de l’assemblée mangemort. Il reporta son attention sur son parrain. Une lueur de choc et de résignation torturée dans son regard.
— J’avoue que cela mérite une petite explication, dit-il au bout d’un instant.
— Parce que tu vas t’excuser d’utiliser d’un impardonnable ? s’étonna l’homme.
— Non… Je pourrais, mais non.
— Ton filleul n’est pas un tortionnaire, Sirius, révéla Bellatrix en passant une main dans les cheveux d’Harry. Ce n’est pas faute d’être bon élève. Il maîtrise le doloris à la perfection. Il choisit juste ses victimes avec minutie. Ceux qui l’ont trahi ne méritent pas sa clémence.
— Tu as fait de lui un monstre !
— Non, pas moi. Le Ministère.
— Et les détraqueurs, Black, ajouta Snape en s’avançant. Je t’ai dit qu’il changeait. Qu’il s’assombrissait.
— Tu ne m’as pas dit qu’il était devenu un mage noir !
— Un meurtrier, répéta Ronald dans un grognement.
— Bella, tu lui donnes une piqûre de rappel ? proposa Harry en s’accroupissant devant son parrain. Ronald a toujours eu du mal à apprendre ses leçons.
La sorcière eut un sourire sadique et lança le sortilège doloris. Les cris du rouquin résonnèrent dans la pièce. Harry serra la mâchoire quand cela dura un peu plus longtemps.
— Tu n’assumes pas, fit Sirius.
— Oh que si. J’assume. Je sais qui je suis, ce que je suis devenu. A qui je le dois aussi. Mais Bella l’a dit, je ne suis pas un tortionnaire. Juste parfois, il faut viser la barre haut. Et je ne veux pas perdre mon temps avec Ronald. La dernière fois, cela avait pris un mois entier pour qu’on se reparle et tu sais comment cela s’est produit ? Juste après que j’ai failli finir en croquettes pour dragon. Tu parles d’un ami. Plus jaloux et envieux que lui, tu meurs. Et quand l’incident avec Cédric est devenu public et publié dans la presse avec mon nom inscrit en lettres de sang, il a retourné sa veste. Comme si j’étais capable d’un tel crime à l’époque !
Il sortit un mouchoir en tissu de sa poche et appuya sur la plaie que Sirius avait sur la tempe. Le sorcier retint un sifflement de douleur et fixait son filleul.
— Tu veux savoir ce que je suis aujourd’hui ? Que je te dise la vérité ?
— Il y a peu de chance que je l’apprécie mais oui, cela aura le mérite d’être clair.
— Très bien. Mais j’ai une question. Une question pour vous tous en fait, continua-t-il en se redressant. Qui a cru à ma culpabilité dans le meurtre de Cédric Diggory ? Soyez honnête. Vous n’êtes pas sans savoir que les mangemorts détestent les mensonges.
— Ou alors, ils les adorent pour avoir une opportunité d’user de quelques sortilèges, commenta Snape. N’est-ce pas, Bellatrix ?
La sorcière leva les yeux au ciel. Toutefois le commentaire du Maître en Potions eut l’effet escompté. Des mains se levèrent, tremblantes. Harry avisa le visage des personnes auxquelles elles appartenaient. Et aussi le visage de ceux qui n’avaient pas levé la main.
Sirius et Remus ne le croyaient pas. Pas plus qu’Hermione, Neville, Fred et George, McGonagall et d’autres qui lui étaient inconnus. Par contre, Ron le croyait capable d’une telle horreur, comme de nombreux membres du ministère, Maugrey aussi. Puis deux mains potelées et tremblantes attirèrent son attention sur le côté.
— C’est pas vrai, Bella, tu as même été chercher ces moldus ?! Là, tu m’épates !
— Ils font partie de tes proches. Et on en avait discuté…
— Je ne pensais pas que tu t’en souviendrais.
Il se rapprocha d’eux et vit sa tante le fixer, tremblante, les larmes aux yeux. Elle n’avait pas levé la main. Mais peut-être était-ce de la peur. Il s’accroupit devant elle.
— Eloigne-toi d’elle !
Harry agita la main et stupefixa son cousin sans une parole. La Tante Pétunia poussa un cri et sanglota en prononçant le nom de son fils.
— Il est encore en vie, Tante Pétunia. Ce n’est qu’un simple stupefix. Je ne vais jeter la pierre à quelqu’un qui tente de protéger sa mère. C’est un beau geste que je respecte. Mais je connais aussi le tempérament Dursley qui est incapable de fermer sa gueule.
Il la fixa intensément.
— Alors, tu m’en croyais capable ou non ?
— Le gamin insupportable qui vivait chez moi ? Non, murmura-t-elle. Toi ? Je ne sais pas. Je ne te connais pas.
Harry sourit.
— Cela a le mérite d’être une réponse claire mais prudente. Et venant de toi, elle me touche, Tante Pétunia.
Il se redressa.
— On a une liste de tous ces lustucru ?
— Oui, répondit le Seigneur des Ténèbres. Tu veux qu’on note qui lève la main ?
— Déjà fait, commenta Drago.
— Bien. Là, on va s’amuser.
Bellatrix émit un bruit qui était entre le gloussement et le ronronnement bestial. Harry pouvait presque la comprendre. Presque. Il allait participer à la fête aussi mais il n’en prendrait pas autant de plaisir qu’elle. Sauf peut-être à les regarder souffrir au moins autant qu’il avait souffert.
— Je jure sur ma vie et ma magie que jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais tué personne, révéla-t-il dans un serment inviolable. J’ai les mains propres.
— Tu tortures des gens ! grogna Ronald qui tremblaient désormais. Tu es un mage noir.
— Qui m’a fait pencher là-dedans en même temps ? Qui m’a mis en prison pour un meurtre que je n’ai pas commis ! Qui m’a mis sous l’influence constante des détraqueurs pour que je revive encore et encore le meurtre de mes parents ?
Il s’approcha du rouquin et l’attrapa par les cheveux.
— Tu ne pensais quand même pas qu’être exposé à ces horribles créatures laissait un esprit indemne, hmmm ? Tu ne croiras peut-être aucun mangemort, vu que tu es un putain de mage blanc de mes fesses. Mais peut-être que tu croiras Sirius qui a été lui aussi une victime de l’état.
Il le tourna brusquement et le força à fixer le maraudeur blessé et fatigué.
— Vas-y, Patmol, dis à ce petit con comment on vit à Azkaban. Les repas médiocres et insuffisants qu’on nous donne comme si nous n’étions rien de plus que des chiens ! Comment nous manquons cruellement de produits de première nécessité comme un peu de savon ou ne serait-ce que de l’eau potable et un coin propre où dormir ! Vas-y dis-lui ce que ça fait de se sentir humilié et délaissé par la société alors que tu n’as rien fait pour être détesté et rejeté !
Sirius les regarda.
— J’en ai rien à foutre, tu es un monstre ! grogna Ronald.
Le maraudeur ferma les yeux et soupira bruyamment, défait.
— Il vient de nous prouver qu’il n’en est pas un. Il joue sur ce qu’on pense de lui. Il effraie et terrifie sans rien faire de vraiment répréhensible.
— Il use du doloris !
— Et après ? C’est un impardonnable et c’est condamnable mais finalement, il est devenu comme ça pourquoi ? Parce que nous l’y avons forcé. Il est noir. Mais il est toujours pur. Et comme l’a précisé Bellatrix, pas un tortionnaire. Sur ce point-là, je veux bien croire ma cousine. Ca a l’air de la vexer un peu.
— A peine, sourit la sorcière. Tout le monde ne peut pas y prendre goût. Je suis sadique, ton filleul ne l’est pas, un point c’est tout.
Alors que la discussion prenait peu à peu un pas civilisé, Harry relâcha sa prise dans les cheveux du rouquin et se redressa pour rejoindre Drago. Il récupéra la liste et l’avisa des yeux.
— Bon, on va faire les choses simplement. Hermione Granger, Pétunia Dursley, Dudley Dursley, Sirius Black, Remus Lupin, Minerva McGonagall, Fred Weasley, George Weasley, Neville Londubat, Rubeus Hagrid, Luna Lovegood, Pomona Chourave, Filius Flitwick…
Il énuméra ainsi une trentaine de noms, tous persuadés de sa première innocence.
— Tous ceux qui ont entendu leur nom, je vous invite à vous lever et à vous rendre dans la pièce d’à côté. Si vous êtes dans l’incapacité physique pour des raisons de violence occasionnée lors de votre capture, signalez-le maintenant et un elfe vous escortera.
Il montra une porte qu’il ouvrit d’un claquement de doigts. Les mangemorts s’écartèrent, nullement surpris par la prise en charge d’Harry. Ils se doutaient déjà qu’il y aurait une différence de traitement entre les prisonniers.
Tous ceux qu’il avait appelé obéir sans flancher. Juste d’eux durent recevoir de l’aide pour se déplacer mais ils se soutinrent entre eux, ne sachant pas trop que faire. Seule Tante Pétunia ne bougea pas, s’étant rapprochée de son fils gisant toujours à terre, stupéfixé.
— Ah oui, j’avais oublié, soupira Harry.
Il s’agenouilla à côté de son cousin et le libéra de son sortilège.
— Debout, Big D, ce n’est plus l’heure de dormir.
— Je vais te dégommer !
Harry eut un rictus narquois, entre l’amusement et la suffisance.
— Si tu tiens à survivre ici, je te le déconseille. Allez, file dans la pièce à côté avec ta mère et les autres.
Ils se redressèrent et Pétunia guida son fils. Mais quand l’Oncle Vernon et la Tante Marge se levèrent à leur tour pour les suivre, il s’interposa.
— Nope. Vous deux, vous restez avec les autres, dit-il avec un sourire inquiétant. Et vous deux, je m’occuperai personnellement de votre sort. Quoique… tu tiens toujours un chenil, Tante Marge ?
— Laisse-nous passer, morveux !
— Le morveux a 24 ans, en bonne voie pour devenir parent, et actuellement la personne qui décide qui envoyer ou non au peloton d’exécution. Alors tu vas baisser un peu la voix et me parler sur autre ton.
— Ou quoi ?
— Ou je t’arrange un petit rendez-vous nocturne, à la pleine lune avec nul autre que Fenrir Greyback et sa meute de loups.
— Des loups. Pfff ! Rien de plus facile à matter !
— Ai-je omis de préciser qu’il s’agit de loup-garou ? Oh pardon, c’est ma faute. Il est vrai que tu es toute nouvelle dans le monde de la magie. Alors je vais être plus clair, je te lâcherai au milieu de nulle part en compagnie de loups-garous. Et quand la lune se lèvera, je t’observerai tenter de sauver tes grosses fesses alors qu’ils se jettent sur toi pour te dépecer. Vivante. Un petit retournement de situation. Je prends ton rôle. Et c’est ton tour de fuir le clébard près à te mordre les chevilles.
— Quand tu veux, Potter, intervint Fenrir Greyback en montrant les deux.
— Oh… tu vois, tu as déjà un rencard morbide avec l’alpha. Si c’est pas mignon. Ce sera… croustillant.
Quiconque le regarderait en cet instant verrait une lueur folle et un brin malsaine dans son regard vert. Oui, il était encore propre. Mais il avait déjà envoyé des personnes à la mort. Depuis ce qui était arrivé à Hestia, il était capable du pire jusqu’à un certain point. Il était devenu… une ombre à éviter. Le bras droit du Seigneur des Ténèbres. Et tous ceux qui l’avaient fait souffrir et qui le croyait en plus coupable du pire à l’âge de quinze ans, il n’en laisserait repartir aucun. Jamais.
Tous deviendraient des jouets. Pas les siens. Il n’avait que faire de torturer. Un peu par-ci, par-là pour se défouler, oui. Cela aidait un peu pour le moral. Mais sans plus. Seuls les Dursley feraient vraiment exception. Pendant un moment. Juste le temps qu’ils deviennent fous à leur tour.
— Bien. Ceci étant réglé. Je ne vais pas jouer avec vous aujourd’hui. Mais peut-être que vous pourrez attirer l’attention de certains de mes camarades. Certains adorent jouer. Mais sachez déjà ceci, aucun de vous ne sortira de cet endroit vivant ou en un seul morceau. On prendra notre temps pour vous rendre aussi fous et méconnaissables que nous. Comme vous l’avez fait avec nous. Comme le dit un proverbe, qui sème le vent récolte la tempête.
Il se dirigea vers la porte où les autres s’étaient engagés.
— Bon amusement, les gars. Juste pas touche aux Dursley tant que je ne suis pas là. Ceux-là sont… particuliers. Merci Bella !
— De rien, mon lapin !
Il traversa la pièce et alla se servir un verre de whisky. Tous les prisonniers se tenaient là, uniquement surveillés par Drago.
— Tu peux nous laisser si tu veux rejoindre ta femme, Dray, fit Harry.
— Tu es sûr ?
— Certain. Ils ne feront rien. Ou alors, ils ne seraient pas bien inspirés.
— D’accord. Si t’as un problème, envoie ton cerf. Ou balance leur Nagini au visage.
— Jamais je ne balancerai Nagini ! C’est un serpent mangeur d’homme !
— Justement.
— Je t’appellerai si j’ai besoin d’aide, promis.
Harry but une gorgée de whisky et soupira bruyamment.
— Ma foi, sacré cadeau que Bella vient de me faire là. Je ne l’ai pas vu venir.
Il but encore une gorgée et offrit un sourire amusé à l’assemblée.
— Un cadeau ?! Mr Potter ! s’outragea McGonagall.
— On se calme, Madame. Oui, un cadeau. Considérant le tempérament particulier de Bellatrix, le fait que vous êtes en relativement bon état dénote d’une volonté de vous garder pour une surprise. Elle sait que ce que j’aime et ce que je déteste depuis un bon moment. En fait, depuis que nous avons partagé la même cellule. A se demander si l’administration de la prison a eu conscience que nous étions un homme et une femme, un mineur et une majeure, de surcroît.
— Elle t’a touché ?! s’outragea Sirius. Je vais me la faire.
— Tu parles sexuellement ? rit Harry. Non, rien de tel. Je dirais que Bella a un comportement assez… maternel. Mais on est d’accord qu’elle n’est pas très saine d’esprit et ça a un peu déteint sur moi. Je n’en reste pas moins… gris, à défaut de pouvoir dire blanc.
— Qu’est-ce qui t’a fait changer de camp ?
— Hmmm… Hestia. Quand vous l’avez séquestrée. Là, j’ai pété un plomb.
Les personnes présentes baissèrent la tête. Ils ne semblaient pas fiers.
— On ne lui a pas fait de mal, intervint Remus.
— Maltraitance psychologique malgré tout. Même si elle était en contact avec Amycus et Alecto, elle restait neutre. N’importe qui garderait le silence pour sa famille tout en laissant le passage quand c’est nécessaire pour éviter de se battre. Personne ne leur jetait la pierre pour choisir la neutralité. Chemin que j’avais choisi aussi. Parfois j’aidais au soin ou à la préparation de potions quand cela était dans mon domaine de compétences mais cela s’arrêtait là. J’étais un jeune mage blanc. Alors, oui, j’admets avoir suivi un apprentissage en magie noire mais cela s’arrêtait là. C’est l’Ordre du Phénix qui m’a fait franchir la ligne et partir en Vendetta.
Il but encore une gorgée de son whisky et posa son verre, vide, sur une table.
— Comment va-t-elle ? demanda Hermione.
— Ma femme va bien. Merci.
Soudain, les yeux de Remus s’écarquillèrent.
— Tu as dit à la moldue tout à l’heure que tu étais en bonne voie de devenir parent…
Harry sourit.
— Je vais être papa dans un mois si tout va bien.
— Si tout va bien ?
— Je prends toujours mon bonheur avec des pincettes depuis Azkaban. On peut vous le ravir en un claquement de doigts.
Il ponctua ses paroles par le geste. Il finit par s’asseoir sur une chaise et resta pensif un moment.
— Que vas-tu faire de nous ? demanda Sirius.
— Je ne sais pas trop, cela dépend de vous. La vérité a été exposée via serment. Je suis prêt à la réitérer sous veritaserum si nécessaire. Je sais que je ne suis plus le gamin perdu et traumatisé par la mort de Diggory et que j’ai clairement un grain au cerveau mais je n’en reste pas moins un homme qui ne demande qu’un monde en paix où l’équité et la justice seront de rigueur, où les enfants seront protégés et où je pourrais vivre loin de tous ces vautours et ces médisants qui croyaient tout savoir sur moi encore mieux que moi.
— Il te laisserait faire ?
— Je suis un mangemort, Sirius, répondit Harry en levant les yeux au ciel. D’accord, dis comme ça, c’est une calamité pour vous, mais c’était mon billet de sortie. Avec le temps, j’ai gravi les échelons tout en gardant les mains propres. J’ai la confiance du Lord et si tout se passe bien dans les prochaines semaines, j’intègrerai l’assemblée pour aider à l’élaboration du nouveau ministère. Nouveaux systèmes, nouvelles lois, nouveau personnel. Le monde va changer en mieux.
— En laissant des meurtriers et des mages noirs au pouvoir.
— Ils ne le sont devenus que parce que personne n’écoutait leur voix à cause du ministère corrompu et Dumbledore. Sans eux pour leur couper l’herbe sous le pied, ils auraient tout fait de façon politique. Perdre une bataille politique alors qu’on a pu exposer son point de vue, c’est admissible. Mais perdre parce qu’on nous met un bâillon dans la bouche, excuse-moi mais ce n’est pas fair-play. C’est ce qui est arrivé.
— C’est ce qu’on t’a raconté.
— C’est ce qu’on m’a montré et certifié sous veritaserum quand j’ai pris du galon. Alors oui, c’est le meurtrier de mes parents. Mais dans une guerre, il y a des morts. Lily et James Potter ne sont que des victimes de plus du système défaillant que le Seigneur des Ténèbres cherchait à dénoncer et détruire.
— Et toi ?
— Une pièce étrange et polyvalente sur un échiquier où il est permis de transgresser les règles pour gagner. Ma victoire : la paix et la vérité. Cela ne devrait plus tarder. En théorie.
Il soupira et se massa la nuque.
— Ce qui nous ramène à vous. Qu’allez-vous faire si je vous relâche ? Soyez honnêtes. Comme je l’ai été.
Les sorciers échangèrent des regards. Ils étaient confus. Les deux moldus, eux, gardaient juste le silence et restaient dans un coin de la pièce.
— Il n’y aura plus de morts ? Plus de combats ?
— Uniquement si cela s’avère nécessaire. Les combats, je veux dire. Les morts, je préfère éviter. Et nous ne faisons que nous en prendre aux rebelles. Rien de plus. Les civils sont libres de vaquer à leurs occupations en toute sécurité.
— Ce sont les mangemorts qui tuent.
— Comme si Maugrey ou d’autres extrémistes comme lui ne tuaient pas. Réfléchis un peu, Hermione. A la guerre, il y a des morts. C’est comme ça.
— Mais tu es le Traître, fit un jeune qu’il ne connaissait pas.
Il ne chercha pas la liste pour se remémorer son nom. Cela importait peu.
— Envers l’ancien système ? Peut-être. Mais c’est lui qui m’a trahi en premier en me condamnant pour un crime que je n’avais pas commis. Et il me semble que c’est justement ce système qui m’a baptisé ainsi. Alors oui, je porte ce titre dégradant mais il me fait plutôt rire. Il n’y a de trahison que si on se sent proche de quelqu’un et qu’on y était dévoué. A aucun moment je n’ai été proche du ministère. Je n’étais qu’un gosse, un orphelin. Je n’ai pas eu le temps d’avoir des atomes crochus avec qui que ce soit. On m’a jeté avant.
Harry fronça les sourcils.
— Tu as quel âge ?
— Quatorze ans.
Le mangemort sourit.
— Tu es jeune. J’avais ton âge quand ils m’ont jeté en prison. On devait avoir une vision assez similaire du monde. Une compréhension d’enfant. Tu comprendras peut-être dans quelques années.
Il porta son regard vert sur les autres.
— Alors ? Que dois-je faire de vous ? Dois-je vous libérer ou vous mettre dans une prison dorée ?
— Quelle est la différence entre les deux ? demanda Remus.
— La confiance. Je joue ma place, ma sécurité et ma famille en cet instant. Un coup de poker. Vous savez tout. Vous savez où est-ce que vous avez commis une erreur et jusqu’où je me suis rendu et oh combien je peux être prudent désormais. Alors, dites-moi, puis-je vous faire confiance ?
— Et si on trahit ta confiance ?
— Je vous retrouve et vous finirez comme ceux qui sont en bas, entre les mains de Bellatrix. Mais je risque de ne pas être très… tendre. Je suis devenu pointilleux en terme de confiance. Qui ne la respecte pas le paie au prix fort. Et dans des moments pareils, je peux devenir aussi terrible que Bellatrix Lestrange, même si j’ai une sainte horreur de la torture.
Les sorciers gardèrent encore un instant le silence. C’était pesant. Plein de questionnement. De peur aussi. La renommée d’Harry faisait son office et sa menace n’était même pas voilée. Elle était juste, d’une certaine façon, justifiée.
Le garçon qu’il était avait mûri, il s’était endurci, il était plongé dans les ténèbres, mais il avait encore de bonne valeur. Mais gare à celui qui viendrait lui faire un coup fourré.
— Cela n’engage que moi, mais tu peux me faire confiance, commença Sirius. Tu es sombre. Mais je crois que je comprends et que je serai devenu pire que toi.
Il s’approcha de son filleul.
— J’aurais été capable de tuer Pettigrow si tu n’avais pas été là pour m’arrêter, rappela-t-il. Le fait que tu n’aies pas cédé à ça me suffit.
— A moi aussi, soupira Remus. Même si je ne suis pas d’accord avec tout, je ne vais pas aller contre toi. Je ne peux pas après avoir entendu… ce que j’ai entendu.
Plusieurs autres se prononcèrent directement, trop contents de pouvoir être libres sans rien subir de plus ou par respect et ancienne amitié pour Harry qui n’était finalement pas le monstre, le Traître que tout le monde dépeignait.
— Que va-t-il advenir de notre frère ? demanda George.
— Je pense que tu connais déjà la réponse à cette question, soupira Harry. Lui, il est… foutu.
— Mr Potter ! s’exclama Minerva McGonagall.
— Ce n’est pas moi qui ait écrit les règles, Madame. Et je fais ce qu’il me plaît de mon présent. J’ai décidé qu’il serait offert aux mangemorts. A eux d’en faire ce qu’ils souhaitent. Cela m’est bien égal. Les deux personnes dont le sort pourrait m’intéresser sont les Dursley. Mais c’est uniquement parce que j’ai un passif bien plus prononcé avec eux. D’ailleurs, parlant de passif.
Il se tourna vers Sirius.
— Qu’est-ce que tu en penses si Patmol fiche la frousse de sa vie à une moldue qui adore lancer son élevage de chiens sur les personnes qu’elle considère comme une tare et une charge de la société ?
Son parrain fronça les sourcils.
— Eh bien, cela dépend. Je ne suis pas trop…
— Si tu ne veux pas c’est pas grave, je demanderai à quelqu’un d’autre de s’en prendre à Tante Marge.
— Est-ce qu’elle les a lancés sur toi ?
— Plusieurs fois, oui.
— Alors, oui.
— Sirius !
— C’est mon filleul, Minerva. Et c’est pas cher payé. Une petite frousse bien sentie pour avoir fait vivre un enfer à mon filleul.
— Le mot est faible, soupira Harry en jetant un regard à sa tante et son cousin.
Ce dernier se tenait toujours debout, un peu mieux devant sa mère.
— Détends-toi, Dudley, tant que tu tiens à carreau, vous ne risquerez absolument rien. Et de préférence, si vous restez ici, restez dans ma sphère d’influence, vous serez… en sécurité à la condition d’accepter ce que je suis, bien entendu.
— Ce que tu es ? répéta Dudley d’une voix dure.
— Un sorcier.
— Ta mère serait déçue de ce que tu es devenu.
— Ma mère serait heureuse de me savoir en vie et aussi blanc que possible après tout ce qui m’est arrivé. Et j’essaie de faire les choses au mieux pour un avenir juste. Peut-on vraiment me jeter la pierre pour ça ?
La majorité admit que non. Puis, les discussions se firent plus légères et les premiers départs se firent sentir. Il ne demeura plus que quelques personnes, tous des proches d’Harry ou des personnes peu confiantes. Ces dernières, il les mena dans des pièces qu’il scella lui-même et les plaça sous bonne garde des elfes. Des suites. Il y en avait encore quelques-unes de libres. Juste le temps de trouver une meilleure solution ou qu’ils changent d’avis. Mais au moins, son hospitalité ne serait pas remise en cause.
Quant à ses proches, il les ramena dans sa propre suite où Hestia l’attendait. Il fit enfin les présentations officielles. Une bonne journée qui se terminait.
Au soir, juste avant de se coucher, Harry fut juste interpelé par sa tante.
— Que vas-tu faire de nous ?
— Tu veux rentrer chez toi ? Ou partir loin ? lui demanda-t-il en retour.
— Oui.
— Dis-moi ce que tu veux et je verrai ce que je peux faire, Tante Pétunia. Mais sache que la libération de Marge et Vernon, c’est hors de question.
— Je veux partir et ne plus jamais entendre parler d’eux, ni de toi, ni de ta communauté.
— Je t’arrange un départ et une nouvelle vie dans un autre pays alors ?
— Si tu le peux.
— Je le peux, en effet, sourit Harry. Un nouveau départ est tout à fait dans mes cordes.
— Parce que tu es un criminel ?
— Pas nécessairement. Mais cela m’a en effet donné quelques contacts. Je t’arrange ça dans la semaine et on disparaît de votre vie à tous les deux.
Il prit congé d’eux et rejoignit son épouse dans leur chambre. Hestia dormait déjà. Il l’embrassa tendrement dans le cou et s’allongea derrière elle, glissant une main douce sur son ventre.
Il était épuisé mais pleinement satisfait de sa journée.
