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Tintine et Le Vent des Révolutions

Summary:

Dans l’après Mai 68, depuis un an exactement, Tintine et Haddock se retrouve dans une étrange impasse relationnelle. Deux visions du monde s’affrontent, l’optimisme envers l’avenir face au scepticisme et la peur de la dissolution des luttes. Tintine et Haddock n’osent presque plus se parler. Le 10 mai 1969, un coup de fil de son éditeur Monsieur Lemmens, l'arrestation de Michelle Oesterman, cheffe de La Ligue des Cassandres, un groupe de féministes radicale bruxellois, va forcer les deux femmes à se confronter une fois pour toute et à travers une affaire improbable à se redécouvrir.

Notes:

Voilà ma deuxième version de cette fic ! C'est partis d'une idée soudaine de "Haddock si était une femme, elle serait la meilleure butch du monde" et puis je me suis dit que de placer l'idéaliste et jeune Tintin, devenue Tintine dans ce monde où la deuxième vague du féminisme arrive bientôt serait assez intéressant ! J'ai du faire pas mal de recherches car je souhaitais vraiment en faire une fic avec un véritablement arrière-plan historique. Je mettrais en bas mes sources. Bref bonne lecture !

NB : J'aimerais remercier AbbeyTWD et sa fic "Les citrons de Provence" (Haddotin’s stories) qui m'a beaucoup inspiré ainsi que tout les auteurs sur AO3 qui produisent des merveilles chaque jour.

Sources :

Mai 68 à l’ULB - Le noir et le rouge, vidéo d’archive datée de 04 juin 1968, Alain Nayaert (Journaliste), Fred Van Besien (Réalisateur), Paul Goossens (Intervenant), issue de la platforme Sonuma les archives audiovisuelles, https://www.sonuma.be/archive/mai-68-a-lulb---le-noir-et-le-rouge

Mai 1968, les changements à l'ULB, Cours Magistral (CM) retranscrit sur la chaîne de l’Académie royale de Belgique, 20 décembre 2018, Youtube, https://youtu.be/YFXYIt0aDP8?si=-3ZqgU-VRrkcgwd0

Quels héritages de mai 68 ? – Décod'actu, par la chaîne Lumni, 3 mai 2018, Youtube, https://youtu.be/wbBg9abSCi8?si=WKK9bd5k_u1IhRVa

L'année 1968 au prisme du féminisme, Cours Magistral (CM) retranscrit sur la chaîne de l’Académie royale de Belgique, 23 janv. 2019, https://youtu.be/2rsXWj2vBYc?si=wlpElG162TI5rRM4

Chapter 1: Le Printemps de La Discorde

Chapter Text

Bruxelles a aussi connu sa révolution en mai 68. © Le Soir.

 

10 mai 1969

Il fait magnifique aujourd’hui. L’herbe est d’une belle teinte verte. Des tulipes rouges brillent dans le jardin. Il y en a aussi des roses et des jaune pâles, toutes aussi merveilleuse. On trouve également des narcisses à l’extérieur, blanches et jaunes qui sont à situés à côté des tulipes. Plantés de part et d’autre sur les bords du chemin, on trouve ensuite des magnolias en fleurs et à l’entrée du château, des glycines grimpantes souhaite la bienvenue avec leurs belles fleurs violettes et l’odeur divine qu’elles diffusent. Toutes les fleurs se pâment encore, alors que le soleil ira dans peu de temps se coucher.

Tout est parfait et pourtant.

Dans le château de Moulinsart, l’atmosphère est tendue. Ni les sublimes floraisons ni les parfums odorant du printemps ne semble pouvoir y remédier. Les résidentes du château avaient espéré que la fin de l’hiver allait balayer les rancunes et ramener l’harmonie mais cela n’arriva guère. Un fossé s’est creusé entre Tintine et la capitaine Haddock. Sans qu’une seule poussière se soit accumulé dans l’immense demeure, le château s’est teinté de gris de part cette triste et étrange rupture.

Le rapport entre les deux femmes n’est plus le même. Tout le monde s’en désole, cela ne plaît ni à Tintine, ni à Haddock. Nestor, loyal majordome de la capitaine, est peut-être le plus dépité des trois. Servir le petit-déjeuner avec cette tension à couper au couteau n’est pas particulièrement agréable. Il continue à faire son métier malgré tous, il espère que les choses vont s’améliorer. Les deux femmes se parlent, certes, mais la dynamique n’est plus la même, un certain quelque chose les ont éloignés de l’une de l’autre.

Ah, c’était il y a un an exactement, que tout cela avait commencer.

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C’était mai 68, une année, un mois qu’on n’oubliera jamais.

On parlait en mai ‘68, beaucoup de la France à la télévision. Ces derniers temps, on observait ; le chômage augmentait, des travailleurs mécontents, des étudiants frustrés, qui commençait à en avoir marre qu’on leurs disent quoi faire à chaque instant. Quelque chose bouillonnait dans la marmite de cette société de l’hexagone, entre une jeunesse grandissante et de vieux dirigeants qui semblaient incapable de les comprendre. Tintine se doutait que quelque chose allait se passer mais les évènements de Mai 68 dépassa toute ses attentes. Une grève générale jamais vu en France, des émeutes fulgurantes, des affrontements dans les rues, une révolution et même la Belgique fut affectée. Les jeunes en avait eu assez et maintenant des myriades de slogans provocateurs demandait une fois pour toute l’abolition de la société traditionnelle ;

« IL EST INTERDIT D’INTERDIRE »

« SOYEZ REALISTE, DEMANDEZ L’IMPOSSIBLE »

« LA BEAUTE EST DANS LA RUE »

Et puis, elle avait vu une fois, à la télé, quand les étudiants de l’Université Libre de Bruxelles occupèrent le campus, un poteau qui avait été tagué ;

ENTREE INTERDITE LIBRE            VERBODEN VRIJE INGANG
PROPRIETE PRIVEE DU PEUPLE     PRIVAAT VOLKS EIGENDOM

Tintine sentait son corps vibrer, fascinée par cet évènement. Lorsqu’elle avait été étudiante, elle n’aurait jamais cru qu’une chose pareille puisse se passer. A l’époque c’était sois jeune, tais-toi, obéis. Elle se mit à lire, à écouter la radio et à suivre toutes les actualités liées au sujet, au développement de ce mouvement contestataire. Un feu brûlait en son sein. Haddock la regardait, entre un sentiment de perplexité et de sidération, l’observait assise dans le salon, guettant la possibilité d’une nouvelle annonce, avec ce regard si intense, de sois la radio ou de la télévision. C’était comme si Tintine avait trouvé son Loch Lomond.

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Lorsqu’Haddock a vu les premières émeutes sur l’écran, c’est vrai, il y avait quelque chose de happant. Pour elle, la femme au sang chaud, les évènements furent alors une source d’un certain enthousiasme. C’était comme regarder un feuilleton passionnant.

- Allez !! A la bataille, jeune gens !! Qu’attendez-vous bande d’Harlequin ?! C’est maintenant ou jamais !! Ils frappent ces gredins !! Milles millions de sabords !

Elle hurlait, fort, dans le salon à quelques centimètres près, du poste, comme si les étudiants projetés pouvaient l’entendre. On aurait presque vu l’ombre de son aïeul François de Haddock lançant un cri de bataille contre Rackham Le Rouge mais soit, Tintine n’en fera aucune mention. Heureusement qu’elles n’avaient pas de véritables voisins, elles auraient accumulé les plaintes.

L’enthousiasme néanmoins, ne dura pas longtemps et là, vint le problème.

- Vous avez vu, le président de l’université a dû démissionner finalement, face aux pressions. Avant, cela paraissait impossible !
- Oui, oui... elle murmurait, peu convaincu.

Il eut un silence. Elle fronça les sourcils.

- Enfin, ne vous emportez pas trop vite moussallone...

Le sourire de Tintine tomba. Haddock continua amèrement.

- Vous savez, ils se plient maintenant aux demandes, mais dans quelques mois, quand les choses se seront calmés, ils n’écouteront personne, ça je vous l’assure !

Elle ria sèchement.
- Je vous trouve un peu sévère, capitaine. Il y a tout de même un mouvement plus large, ne voyez-vous pas ?

Haddock laissa échappa un soupir.

- Ces contestations, ce n’est pas que qu’en France ou chez nous. Regardez ce qu’il se passe aux Etats Unis par exemple ! Il y a bien un vent d’idées qui circule ! Contre la guerre, contre l’autoritarisme, enfin, capitaine !!

Tintine n’était pas du genre à s’emporter mais elle trouvait la situation aberrante, enfin, les faits étaient pourtant si clairs, il y avait une trajectoire commune, un avenir. Haddock, néanmoins ne fut pas émue par son discours.

- Ce sont des jeunes, vous savez...C’est bien facile pour eux ! Ils ont le temps de rêver et de se faire des désillusions sur le monde qu’ils ne connaissent pas !

Tintine ne pouvait à peine y croire. Elle voulait l’interrompre mais Haddock fut plus rapide et continua son discours avec un ton plus cynique encore.

- Des bourgeois, avec l’argent à papa qui leur permettent de jouer à la révolution un jour quand cela leur plaît...Ils abandonneront le tout vite...

La jeune reporter la regardait arborer cet air cruel, une attitude qu’elle ne reconnaissait pas correspondre à Haddock. Tintine hésita avant de répondre.

- Je pense que vous avez tort, capitaine.

Le silence fut pensant. Ses yeux turquoise dans les siens d’obsidienne, elle tenta de lui faire comprendre son chagrin. En retour, elle reçut un regard qui semblait obstiné et déçu de sa part. Tintine ne comprenait plus ce qu’il se passait, ébranlée. Elles n’échangèrent plus aucun mot. Haddock ne fit que se marmonner ;

“ Nous verrons bien comment ce vent des révolutions se portera dans un an...”

Tintine rentra dans sa chambre, saisit pour la première fois de sa vie, d’une véritable colère au fin fond de son âme. Trahison.

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Les mois s’écoulèrent. Des dîners très silencieux s’enchaînèrent, le poste de télévision toujours allumé et les deux femmes fronçant leurs sourcils, se jetant des regards lorsque l’actualité semblait appuyer leur partis pris, leurs croyances en cet avenir, dans ce monde d’après mai’68. Tintine suivait l’évolution des contestations, notait dans son carnet, les victoires. Ces victoires auxquels ne croyait Haddock aucunement. La reporter gardait son fox terrier proche d’elle, au grand chagrin de Milou, qui ne comprenait rien à ce changement d’atmosphère. Haddock restait dans le salon, recroquevillée dans son fauteuil, Thaïke, sa siamoise, blottie dans ses bras, surprise de l’attention que lui portait maintenant sa maîtresse.

L’été 1968 s’en alla rapidement puis vint l’automne, les feuilles mortes et la Toussaint. Nestor mit des chrysanthèmes dans un vase le premier novembre, on aurait dit qu’il enterrait leur belle amitié. Ce fut un triste jour.

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De nouveau, 10 mai 1969

L’après-midi s’achève doucement, le soleil tombe peu à peu, les pétales des fleurs se recroquevillent progressivement pour s’en aller dormir. Tintine et Haddock s’en vont à la table après avoir passé la journée dehors. Elles n’ont rien fait d’extraordinaire mais elles ont l’impression de s’être rapprocher, peut-être presque d’avoir eu droit à une balade digne du bon vieux temps. Nestor les voit arriver, il remarque leurs sourires, elles sont timides mais remplis d’espoir. Il espère, lui aussi, anxieux. Peut-être le gris s’en ira enfin.

Elle dîne tôt ce soir. Il n’est même pas vingt heure quand Nestor vient reprendre les plats et les placer dans la cuisine.
- C’était excellent Nestor !

- Merci Madame, il répond modestement.

- Oui, c’est vrai, c’était exactement ce dont nous avions besoin.

Tintine sourit avec ses yeux pétillants, une jeune femme bien élevée.

- Nestor, pourriez-vous nous faire deux tisanes, je vous prie ?
- Bien sûr, Madame, vous prendrez cela dans le salon ?
- Oui, il est bientôt l’heure des nouvelles.
- Ah, mon Dieu c’est vrai, j’avais presque oublié cela.

Elles se posent sur le canapé jaune en style dix-huitième, le générique de la RTB s’entonne.

- Mesdames, messieurs, bonsoir.

La première actualité est annoncée.

- Aujourd’hui aux premières nouvelles, les dérives parmi les anciens soixante-huitards ou plutôt devront nous dire chez les soixante-huitardes !

Haddock se met à grogner. Le maudit sujet de Mai 68 revient. Elle semble préparer son discours auquel Tintine va devoir s’opposer rapidement, dommage, la journée était pourtant si bien partie. La journaliste soupire anxieusement.

- Mademoiselle Michelle Oestermann, la meneuse du nouveau groupe féministe radicale bruxellois « La Ligue des Cassandres » a été arrêtée par la gendarmerie à Saint Gilles sur suspicion de tentative d’assassinat sur un agent de quartier. Monsieur Herman De Weber, chef de la gendarmerie de la commune qualifie l’affaire comme « fort grave ».

Les yeux de Tintine s’écarquillent, confuse et choquée. Elle cogite dans sa tête, cela ne paraît pas du genre de ces progressistes qu’elle admire. Le journal enchaîne avec un petit reportage de la scène de l’arrestation où se tient Mr. De Weber, un homme légèrement corpulent mais musclé d’il semble d’une cinquantaine d’année, en arrière-plan, le journaliste de la RTB l’interview sur le trottoir.

- Ces groupes radicaux, nous devrions les appeler asociaux à mon avis, vraiment… Ils ont monté en nombre depuis l’année dernière. Ces organisations n’ont aucun respect pour la société civile ! Cela est très effrayant ! Des instigateurs, causant des incidents sur la voie publique et se montrant d’une très grande hostilité envers nos forces de l’ordre. Ceci constitue un crime, un cran poussé bien plus loin contre nous et notre ville que nous avons promis de protégé. Nous sommes fières de cette arrestation et espérons que cela pourra amener à un démantèlement progressif de ce groupe nocif et dangereux.

- Pouvez-vous nous en dire plus sur la dîtes Ligue des Cassandres ?

- Certainement, Mademoiselle Oestermann avait participé à l’occupation du campus de Solbosch, elle était très investie. Elle a soudainement rompu avec les autres étudiants, elle est devenue très agressive. Elle a causé beaucoup de problèmes. Le pire est qu’elle a emporté un grand nombre femmes avec elle dans ce groupe, des “militantes anti-hommes”, des givrés qui attaquent quiconque sont en désaccord avec elle ! Regardez où ce monde va ; maintenant un homme entre la vie et la mort !

Tintine regardait l’écran, bouche bée. Elle commençait à en avoir froid dans le dos. Elle savait qu’elle et Haddock ne s’entendait plus comme avant mais elle avait besoin, là, maintenant, de la capitaine, de sa voix rauque et rassurante qui allait lui dire qu’elle avait connu de bien pires histoires en mer.

- Quelle histoire, n’est-ce-pas ?

Elle tentait de sourire, comme si cette histoire ne devait être au fond qu’un canulard, trop fantastique, trop morbide pour être vrai. Quand elle se tourna vers son aînée, elle n’était pas prête à s’énerver, comme elle avait cru qu’elle allait le faire, non, pas le moindre juron prêt à être déverser devant le poste avec passion, juste un visage pâle, presque cadavérique.

- Capitaine ?

Elle se marmonnait quelque chose entre ses dents.

- Ce n’est rien Mistinguett...

Ce n’avait pas l’air de rien.

- Un mal de tête, c’est tout...

Haddock se leva lourdement du canapé, il y avait de la fatigue mais il y avait aussi autre chose. Tintine n’arrivait pas à le décrire, il lui manquait le juste mot. Haddock n’avait pas entamé le premier pas que c’est alors que brusquement arriva Nestor, pressé et anxieux, un plateau d’argent à la main, le téléphone posé sur celui-ci hurlant horriblement et sans interruption.

- Mille millions de mille sabords !!! Espèce de vermine, truand, vilain qui se permette de m’appeler à cette heure ?!! Ils n’ont pas honte !! Bon sang, ma tête est bien sur le point d’exploser…

Elle était sanguinaire dans ses répliques. Si Haddock eut la possibilité de pouvoir jeter le quelconque objet tranchant à proximité à travers l’interphone, elle l’aurait fait. Son sang bouillonnait de colère, elle semblait étrangement à fleur de peau après avoir regardé le journal.

- Ah, Madame, il semble que cela soit pour notre chère Tintine.

Nestor avait cette capacité immense de savoir rester calme à tous moments, qu’importe les circonstances. Il faut dire qu’il avait connu toutes sortes de maîtres.
Haddock grommela en guise de réponse, peu satisfaite.

- Quel bachi-bouzouk se permet à nous déranger ce soir, se murmura-t-elle, grinçante.

Tintine décrocha le téléphone.

- Allo ?

Elle reconnut la voix sans équivoque, son éditeur en chef.

- Monsieur Lemmens ? Ah, bonsoir. Si vous me déranger, non pas du tout. Vous voyez, nous avons justement finis de regarder le journal de vingt heures. C’est tout de même fou cette histoire dont ils parlent ?

Sa réponse de l’autre côté de l’interphone n’était pas du tout ce qu’elle avait anticipée.
Monsieur Lemmens était généralement un homme calme et raisonné. Il lui avait appris la rigueur dans son travail. Monsieur Lemmens lui avait toujours dit, de ne pas se fier à la première piste dans une affaire. La première piste, trop facile, avec une conclusion toute faite, qui l’emmènerait loin des faits, très loin de la vérité qu’on lui avait chargée de trouver en tant que journaliste. C’est pourquoi, Tintine était très confuse. Elle l’entendait parler comme un homme fou.

- Je vous le dis, ces femmes préparent quelque chose ! Ce n’est que le début avant une séries d’attentats ! Dieu merci, ils ont arrêté cette folle ! J’aimerais que vous faîtes une enquête, d’à partir de demain, vous rejoindrez Bruxelles pour exposer ces Cassandres, avant qu’elles ravagent la ville entière.

Tintine ne savait pas quoi répliquer. Tout ce qu’elle savait de l’affaire, c’était qu’une femme, une Michelle avait été arrêtée sur suspicion d’assassinat. Rien n’avait été expliquer, ni le pourquoi, ni le comment on en été arrivé à la déclarer coupable.

- Mais faîtes bien attention ! Ne devenez pas l’une d’entre elle !

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Haddock regardait la jeune femme devant elle, qui se tordait vraisemblablement dans une grimace d’incompréhension totale. Elle n’entendait pas Monsieur Lemmens, qu’elle ne connaissait que de nom. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’il était l’homme responsable pour envoyer Tintine au fin fond du monde, qu’importe si elle risquait sa vie en cours de route.

« Cela fait partie du métier » lui disait souvent la demoiselle. Haddock n’a jamais trouvé cette excuse très convaincante, un jour, elle aimerait bien parler au Monsieur du Petit Vingtième, lui dire ce qu’elle pensait de tout cela.

- Oui, je comprends Monsieur Lemmens… Mais… C’est-à-dire que…

Ce n’était pas une dispute mais il y avait une tension. Elle semblait frustrée. Elle l’écoutait longuement parler, des discours qui lui paraissait dépourvu de sens vu l’expression qu’elle abordait. Elle arrivait à peine à rétorquer, il ne la laisser pas faire. L’appel commençait à se faire assez long, une demi-heure presque maintenant que l’éditeur en chef déblatérait.

- Je comprends bien Monsieur Lemmens…Oui, oui… Non, bien sûre…Oui monsieur, je m’y mettrais demain à la première heure… Oui…Bonne soirée, Monsieur Lemmens…oui, merci, de même…

Elle raccrocha, à bout de souffle. Haddock lui laissa une minute pour respirer avant de lui demander ce dont il s’agissait.

- Alors qu’avait-il à dire celui-là, votre patron ?

Elle laissa échapper un long soupir.

- Une nouvelle enquête à faire. Il me faut aller à Bruxelles, je partirais tôt demain.

Haddock était scandée, ce satanée pirate de Lemmens qui lui volait à nouveau Tintine !

- Quoi ? Si vite ?! Mais qu’il y a-t-il de si urgent ?!
- C’est cette affaire, capitaine, celle dont nous a parlé le journal.

Haddock se crispa, attendit une minute avant de parler, sourcils froncés, un air grave.

- Cette Ligue des Cassandres ?

Tintine fut étonnée qu’elle se rappelait le nom du groupe.

- Oui, c’est exact, dit-elle prudemment. Il souhaite que je fasse une véritable investigation. Il s’inquiète de quelque chose de plus sinistre encore, il parle d’attentats dans la ville à venir… Je…

Des rides sur son front, perplexe.

- Vous doutez. Déduisit la capitaine.

- C’est que…cette tentative…cela paraît déjà risqué pour un si petit groupe… Il y a quelque chose qui cloche…J’ai le sentiment que…

Tintine ne termina pas sa phrase. C’est qu’elle n’avait pas encore de réponse pour la finir. Haddock compatissait mais une peur l’envahissait, elle aussi, un mauvais pressentiment.

- Ne vous laissez pas trop berner non plus, ce ne sont pas des enfants… Des femmes adultes, des universitaires, elles sont capables de prendre leurs propres décisions et parfois celles-ci sont d’une nature criminelle. Vous verrez, mais rester sur vos gardes.

Elle en eut froid dans le dos.

- Je sais bien, je ferais attention !

La réplique fut âpre. Elle avait espéré plus de gentillesse d’Haddock et s’était retrouvée blessée à nouveau. Elle qui avait cru que…Tant pis.
Tintine se leva promptement du canapé.

- Vous allez vous coucher, déjà ?

Son sentiment de culpabilité était audible mais elle craignait trop de présenter ses excuses à la jeune femme.

- Vous n’aviez pas un mal de tête ? lui relança aigrement la cadette.

Haddock resta silencieuse, toujours assise sur le sofa.

- Bonne nuit, moussallone.
- Bonne nuit, capitaine.

Elle avait ce regard, rare, terrifiant, accusateur.

A suivre…