Chapter Text
Mardi, c’est un bon jour; John ne tue personne.
L’appel arrive au Continental, le réception le transfère vers sa chambre où il est assis près de la fenêtre, regardant la pluie et un café refroidi. Il décroche; il s’attend à entendre Marcus, ou peut-être Winston qui le rappellerait gentiment que le check-out est à dix heures précises.
“Monsieur Wick,” dit un homme. Accent russe, lourd et abrasif. Vaguement familier, mais ce n’est pas Viggo. John ne prend pas la peine de répondre. “Il semblerait que…que je possède quelque chose qui vous appartient. Un accident de l'inventaire, vous comprenez. Une erreur.”
John regarde la pluie ruisseler sur la vitre. “Vous avez ma voiture.”
“Absolument intacte, à part une légère usure des pneus, que je me ferai un plaisir de remplacer. Comme je l’ai dit, c’est une erreur. Mon neveu…ou bien mon ex-neveu, il l’a laissé parmi mes propres véhicules. Je ne m’en suis pas rendu compte. Maintenant que je le sais, je voudrais restituer cette propriété volée à son vrai propriétaire.”
“Abram Tarasov,” dit John lentement. Voilà une voix qu’il n’a pas entendue depuis un moment. Viggo préférait toujours être un homme de terrain quand il s’agissait du monstre de famille, mais il a beaucoup travaillé pour Abram. Il y a longtemps. Il connaît les rouages de l’homme; il sait que cela ne devrait pas être aussi simple. “C’est tout? Vous allez la rendre comme ça?”
“Je voudrais éviter une visite nocturne du Croque-Mitaine,” dit Abram. “Je suis un vieil homme; j'ai déjà assez de mal à dormir comme ça. Votre querelle avec Viggo…”
“Je n’ai rien contre Viggo. Juste contre son fils et c’est fini maintenant. Nous sommes en paix.”
“Pas tant que j’ai cette voiture dans mon entrepôt. Nous pourrions peut-être trouver un arrangement. Je la laisserai à un endroit précis sur les quais…vous savez lequel. Elle y sera à midi, si vous souhaitez la récupérer. J’espère que cela ne vous dérangera pas si je ne suis pas là pour la remettre, mais étant donné les circonstances…”
Prends cette putain de voiture et pars, John traduit. Il se penche en arrière sur la chaise. Ça semble tellement facile. Peut-être que c’est vraiment ça. Peut-être qu’ils veulent qu’il parte autant qu’il veut partir. Il sera chez lui avant l’après-midi. Terminé. Retraité une fois de plus.
“Je vous remercie, Abram,” dit-il. “Bonne vie.”
“Et à vous, John Wick. Profitez bien de votre retraite.”
Il n’est pas assez stupide pour croire que ça sera aussi simple. À la réception, il rend la clé plus tôt que prévu; Charon lui lance un sourire entendu en lui tendant la note et lui demande s’il a besoin d’un taxi pour se rendre à sa destination. Winston est introuvable. Pas de problème. Ni lui ni John n'ont jamais été doués pour les adieux.
“Un taxi serait parfait,” dit John. “Je suppose que vous connaissez déjà la destination.”
“Le Continental essaie toujours d’anticiper les besoins de ses invités,” lui répond Charon. Il appelle le taxi. Il dit au revoir à John. Il y a quelque chose dans son ton qui suggère qu’il ne pense pas que ce soit définitif, mais ce n’est pas le problème de John. Il sort du hall d'entrée dans l’air froid, sous la pluie douce, sans ressentir la moindre once de regret. La porte se ferme sur un chapitre de sa vie qu’il tente déjà de déchirer. Le taxi l’attend.
En bas sur les quais, le vent tire sur la veste de John, ses cheveux, la pluie mouillant ses épaules. Il est en avance de plusieurs heures. C’est délibéré. Négligent, vagabond, comme un homme dont l’esprit n’est occupé que par un vadrouille au bord de l’eau. Il vérifie qu’il n’y a pas d'embuscade. Les toits, les entrepôts, les bateaux. Aussi prudent qu'Abraham puisse être, John est encore plus vigilant. Il s’attend à une trahison. Il ne la trouve pas. Les dockers se déplacent, aussi réguliers que les marées, et John se faufile entre eux, tuant le temps alors que la pluie se transforme en une humidité grise.
Les mains dans les poches, il s’attarde au bord de l’eau, regardant les bateaux dériver. Un fourgonnette s’arrête à proximité, les portes claquent, une conversation détendue. John se tourne au bruit métallique et aux gémissements aigus.
“Fais gaffe au chien de berger. Il est à puce,” dit l’un des hommes. “Probablement un fugitif.”
“Et l’autre? Ce pitbull, là?”
“Pas de puce. Le véto pense qu’il serait plus humain de l’euthanasier. Si on vend ce genre de chien ici, on sait bien où il finit.”
John se détourne pendant qu’ils transportent les cages dans le bâtiment derrière lui. Les chiens meurent; la vie continue. Il partira dès que sa voiture arrivera.
Mais il se surprend à jeter un coup d’œil par-dessus son épaule quand l’un des chiens gémit à nouveau. Noir, adolescent, oreilles soyeuses, expression effrayée. Mort à la fin de la journée. Ce n’est pas son problème. John met les mains dans ses poches et continue à marcher.
La voiture arrive à midi, comme promis. Ils la descendent d’un camion, attachée et emmaillotée comme un nourrisson; il leur fait quinze minutes à retirer toute la mousse de polystyrène et à faire descendre la voiture au niveau du sol. John serait plus amusé par la dispute évidente qui éclate quand il faut qu’un quelqu’un prenne le volant, même pour une minute. Il le serait, si le spectacle ne le mettait pas hors de lui.
Les pneus sont visiblement neufs. L'équipe de livraison d’Abram fuient avec la hâte d’hommes qui se croient pourchassés.
Et John, il a retrouvé sa voiture.
Il veut partir immédiatement. Il en a besoin; ces derniers jours ont été longs, sa maison est si proche, et les vêtements qu’il porte semblent appartenir à un autre homme. Il veut les brûler. Enterrer l’arme. Oublier tout ce qui s’est passé et retourner au calme, au silence, à l’ombre du chagrin. Il mérite bien cela, non? Ce n’est pas trop demander. Il veut rentrer chez lui.
John tourne à droite au lieu de prendre à gauche pour sortir des quais. Il conduit lentement, attentif aux ouvriers, et enfin s’arrête devant la clinique vétérinaire en mauvais état sur au bord de l’eau. Quand il frappe à la porte, il n’y pas de réponse. C’est verrouillé. John jette un coup d’œil autour de lui, mais le quartier est totalement désert, silencieux à part l’eau et les gémissements sourds des chiens.
Il brise la vitre et entre.
Quelques minutes plus tard, il sort avec le chien noir condamné en laisse. Ils rentrent chez eux.
