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Bain de Minuit et autres one shot

Summary:

1-2-3. Bain de Minuit : Enid se fait intimité par la meute lors du weekend de camping au camp Jéricho. Heureusement, Mercredi est là pour prendre son d'elle (lemon)
4. Confession Nocture : Après son séjour à l'hopital, Mercredi éprouve de la culpabilité d'avoir fait souffrir Enid.
5-6-7. De Glace et de Feu : Lors d'une sortie dans la neige, Enid tombe dans un lac gelé. Mercredi va devoir gerer son hypothermie et des sentiments qu'elle ne comprend pas
8. Mauvaise Journée : Après une dispute violente, Mercredi et Enid vivent une mauvaise journée et comprennent l'importance de leur amitié
9. Insomnie : Pendant la nuit, Enid entends Mercredi pleurer. Elle va voir ce qu'il se passe
10-11. Chacun son corps : Après avoir récupéré leur corps, Enid et Mercredi prennent un bain (lemon)
12. Sublimes Ecchymoses : Le weekend des parents ne se passent pas bien pour Enid. Mais la famille Addams est là pour prendre soin d'elle
13. Soirée Fille : Mercredi invite Enid et Agnès pour une soirée pyjama au manoir Addams

Chapter 1: Bain de Minuit (Partie 1)

Chapter Text

Assise dans l’herbe, Enid ravala ses sanglots et replia ses jambes nues sur sa poitrine. L’arbre auquel elle s’adossait ne lui offrait ni chaleur ni réconfort, mais elle n’avait trouvé aucun autre abri. Grelottante, les dents serrées, son bikini trem-pé collé à sa peau l’empêchant de se réchauffer, elle ne savait pas quoi faire ni où aller. Le souffle d’octobre mordait sa chair encore humide de son bain de minuit. Elle ne parvenait plus à réfléchir : seules la détresse et la douleur lui tenaient com-pagnie, alors que son monde venait de s’écrouler.

Dans la solitude glacée qui la harcelait, elle essayait de comprendre com-ment cela avait pu se reproduire. Après sa victoire contre Tyler, elle avait réussi à se convaincre que tout irait mieux. Que les autres loups cesseraient de la voir comme une déception digne des plus odieuses moqueries.

Tremblant comme une feuille, elle ne sentait plus ses orteils posés sur la mousse humide recouvrant la base de l’arbre qui lui servait d’abri. Le contact avec l’écorce était désagréable, mais cela ne lui importait pas. Rejetée encore une fois par ses semblables, elle ne savait plus vers qui se tourner. Même Mercredi se dé-tournait d’elle et semblait préféré la compagnie insupportable d’Agnès, cette psy-chopathe exaspérante. Rien que de penser à cette trahison, Enid se remit à pleurer de plus belle. Juste quand tout dans sa vie commençait à s’arranger… elle avait à nouveau tout perdu. Elle n’avait plus de meute, plus d’amie, plus rien. Yoko et Divina n’étaient pas venu au camp Jéricho avec eux et elle ne pouvait plus regardé Ajax dans les yeux après leur conversation plus tôt dans la soirée. Vers qui devait-elle se tourner ?

Tout avaient pourtant si bien commencer. Depuis la rentrée, elle s’était rapprochée de la meute. Chacun avaient semblé l’accueillir à bras ouvert. Ils l’avaient incluse et pour la première fois, elle avait ressenti cette chaleur que seule une famille pouvait procurer. Au cours des dernières semaines, elle s’étaient for-gée des amitiés qui lui avait permis de trouver de la confiance en elle. Et puis, il y avait eu Bruno, le beau gosse de la meute. Pour une raison qu’elle ignorait, il s’était intéressé à elle. Le début de leur relation avait été rapide et intense. Même si elle n’était pas sur de ses sentiments pour lui, elle avait ressenti le besoin d’en profiter. La dernière personne à lui avoir fait ressentir ce confort était Mercredi. Même si, pour une raison qu’elle ignorait, cette dernière prenait ses distances de-puis quelques semaines.

Pendant les jours qui ont précédé ce weekend au Camp Jéricho, Enid avait tout mis en œuvre pour se rapprocher de la meute. Ces quelques jours de cam-ping lui permettrait de renforcer les liens qu’elle partageait avec ses semblables. Et elle avait également une grande envie de profiter de moments privilégiés avec son petit ami. Chanter des chansons autour du feu, se promener dans la forêt, dormir dans la même tente que son petit ami. Tous ses projets l’avaient enthousiasmé et l’avait aidé à oublier le négligence de Mercredi à son égard. Aussi lorsque, juste après avoir fini les marshmallow autour d’un feu de camp, Bruno l’avait invité à un bain de minuit avec la meute

Lorsqu’ils étaient tous venus au Camp Jéricho, Enid n’avait qu’une idée en tête, se rapprocher encore davantage de la meute et profiter d’un moment privilé-gié avec Bruno. Aussi, lorsqu’ils proposèrent un bain de minuit, elle n’hésita pas un seul instant avant d’accepté. La température d’octobre aurait pu l’en dissuadé, mais sa joie de faire partie d’un groupe ne souffrait d’aucune concurrence en son cœur. La température typique d’octobre aurait pu l’en dissuader mais la joie et l’excitation de faire partie intégrante d’un groupe ne souffrait d’aucune concur-rence.

Elle s’était précipitée dans la tente qu’elle partageait avec Bruno pour enfi-ler son plus beau bikini. Il mettait en valeur ses courbes féminines sans tomber dans la vulgarité. Aucun doute qu’elle obtiendrait l’attention du garçon à la se-conde où il la verrait dans ce maillot de bain. Voilà la certitude qui avait traversé son esprit à l’instant où elle nouait le haut de son bikini derrière son dos. En re-mettant ses vêtement par-dessus, elle avait imaginé le reste de la soirée, non sans qu’un certain rougissement n’envahissent ses joues. Elle avait pensé au moment où elle s’endormirait dans les bras réconfortant et protecteur de Bruno le soir venu. Et peut-être qu’ainsi blotti l’un contre l’autre… dans des habits révélateurs… une chose en entrainant une autre… Rien qu’à penser à leurs corps enlacés, Enid avait senti une chaleur envahir son bas-ventre. Pouvait-on espérer plus romantique ? Perdre sa virginité au camping lui avait semblé à la hauteur de ses espérances. Bien sûr, elle avait déjà eut des occasions d’expérimenter le sexe. Ajax ne deman-dait qu’à lui ôter sa petite culotte, mais elle n’était pas encore prête à l’époque. Avec Bruno, elle avait eut l’impression que c’était différent.

Elle avait marché dans la foret avec impatience. La soirée promettait d’être magique. Lorsqu’elle était arrivée au lac, elle s’était rendu compte que les autres barbotait déjà dans l’eau. Sans perdre une seconde, elle s’était déshabillée et avait plongée dans l’eau glacé. La température soudainement froide lui avait bloqué la respiration. Elle savoura la sensation grisante et resta sous l’eau pendant une ving-taine de seconde. La sensation que lui procura l’immersion dans le lac lui avait procurée une joie sans égale. Etait-ce donc ça avoir une meute ?

Pourtant, lorsqu’elle avait sorti la tête de l’eau pour reprendre de l’air, elle s’était rendu compte qu’elle était seule dans le lac. Tous les autres loups avait dis-paru, la laissant dans un silence glaciale inquiétant. En proie à une soudaine pa-nique, Enid avait regardé partout autour d’elle dans l’espoir de retrouver ses com-pagnons. Sans succès. Anxieuse, elle s’était avancée vers le centre du lac mais n’était pas parvenue à repérer les autres loups. Après les événements de l’an der-nier, elle avait imaginé le pire. Un autre monstre ? Mercredi affirmait travailler sur une enquête en ce moment. Il y avait-il encore un danger ? Si seulement cette fou-tue gothique avait accepté de lui expliquer la situation, au lieu de trainer avec cette petite peste d’Agnes. Etait-ce l’histoire des meurtres avec les oiseaux ?

Soudain, une main lui avait attrapé la cheville et la tira vers le fond. N’ayant pas eut le temps d’inspirer, elle avait suffoqué alors que sa tête était passée sous l’eau. Elle avait essayé de se débattre, mais la poigne autour de sa jambe avait été trop forte. Les poumons en feu, elle avait recommencé à paniquer. Elle avait été proche de l’évanouissement lorsqu’enfin, on lâcha sa cheville et qu’elle ait pu re-monter à la surface.

D’abord apeurée, puis furieuse, Enid s’était retournée pour voir son agres-seur. Il s’agissait d’Owen, un membre de la meute avec qui elle s’était pourtant bien entendue.

« Mais ça va pas ! » s’était-elle écriée avec colère. « J’ai failli me noyer ! »

« Oh, c’est qu’elle pourrait presque mordre. » s’était moqué Owen avec une lueur de méchanceté dans le regard. « Mais avec des crocs si petit, je pense pas qu’elle fasse très mal. »

Avant qu’elle n’ait eu le temps de réagir, elle avait entendu un sifflement in-sultant depuis la berge. Sur la terre ferme se tenait Bruno et le reste de la meute. Ils tenaient entre leurs griffes les vêtements qu’Enid avait abandonné avant de plonger dans l’eau. Sans comprendre, Enid avait essayé de les rejoindre, mais Owen l’avait bloquée en passant ses bras derrière son dos. Ignorant la douleur dans ses épaules due à la torsion de ses bras.

« Comment tu peux mettre de telles horreurs ? » s’était écrié Bruno en tri-potant son pull rose et jaunes. « Tu croyais vraiment que je m’intéresserais à quelqu’un comme toi ? »

Les larmes aux yeux, Enid l’avait regardé, confuse. Derrière elle, elle avait senti Owen ricaner devant sa détresse. Ses bras toujours tordu dans son dos, elle n’avait aucun moyen de se défendre. A leur merci, elle avait été obligée de regar-der Jade, une fille de la meute, s’avancer et plaquer ses lèvres sur celles de Bruno. Le cœur d’Enid s’était brisé lorsqu’elle avait compris que tout n’était qu’une mas-carade. En voyant son « petit copain » rendre le baiser de Jade avec fougue, Enid n’avait ressenti que le besoin de s’en aller.

« Je pense que tu n’auras plus besoin de tout ça. » avait dit Bruno, après son long baiser avec sa vrai petite amie, en désignant le tas de vêtement.

« On pourrait aussi lui prendre son maillot. » avait proposé Jade. « J’ai hâte de la voir revenir au camp complètement à poil. »

Enid avait senti son estomac se retourner devant la cruauté de ses cama-rades. Comment ça avait-il pu se reproduire ? Elle pensait enfin être sorti de ce cycle d’intimidation mais visiblement, mais les autres loups-garous ne semblaient toujours pas l’accepter. Pourquoi ? Qu’est-ce qui n’allait pas chez elle ? Peut-être qu’elle ne méritait pas d’être aimée ? Même sa meilleure amie s’éloignait d’elle.

Lorsqu’elle avait senti les doigts immondes d’Owen se poser sur le bas de son bikini, elle avait décidé qu’elle se sortirait de cette situation elle-même. Re-trouvant une étincelle de courage, elle avait battu des jambes et réussi à donner un coup de talon dans les parties génitales de son agresseur. Owen l’avait lâchée et s’était plié en deux sous la douleur. Profitant de la confusion, Enid avait plongé sous l’eau et avait commencé à nager pour atteindre l’autre rive. Pas question qu’elle affronte seule les autres loups.

Soudain, elle avait senti une main griffues lui saisir la jambe et la tirer vers l’arrière. Paniquée, elle s’était débattue et avait réussi à se libérer de la doulou-reuse emprise. Cependant, une des griffes avait eu le temps d’entailler légèrement l’intérieur de sa cuisse. Serrant les dents, elle avait redoublé d’effort pour distancer le loup.

Après plusieurs minutes de nage, aidée par l’obscurité pour se cacher, elle avait réussi à atteindre la berge. Epuisée, le cœur brisée et psychologiquement vaincu, elle s’était hissée sur la terre ferme. Le froid nocturne lui mordant la chair, elle n’avait pas mit longtemps avant de frissonner. Elle avait marché longtemps dans le noir et l’air glacial d’octobre. Ses pieds lui faisait mal. Son corps avait tremblé alors qu’elle serrait ses bras autour d’elle comme pour se maintenir en un seul morceau. Laissant les larmes s’échapper, elle avait fini par s’assoir sur le sol.

La voilà maintenant recroquevillée, à moitié nue, trempée et frigorifiée, près d’un tronc inconfortable. Elle ne savait pas quoi faire. Il était impensable de re-tourner dans sa tente. Bruno et sa bande ne mettrait même pas une seconde avant de la retrouver et de continuer son humiliation. En public cette fois.

Avec nostalgie, elle repensa à sa naïveté quant à ses projets de perdre sa vir-ginité avec le loup. Désormais, cela semblait tellement ridicule qu’elle en eut la nausée. Si de telles pensées l’avaient excitée plus tôt dans la soirée, elle la répu-gnait désormais.

Mais vers qui pouvait-elle se tourner ? La seule amie présente était Mercre-di et Enid n’était même pas sur qu’elle lui offrirait une quelconque aide. La go-thique l’avait ignorée et évitée depuis des semaines. Avait-elle le choix cependant ? Soit elle allait frapper à la tente de sa colocataire, soit elle passait la nuit en bikini dans le froid le plus mordant qu’elle ait jamais connu.

Résolue, elle se leva et se prépara à affronter le regard mortel de Mercredi Addams, priant pour que Agnes ne soit pas dans les parages.

 

---

 

Dans sa tente d’ébène, Mercredi affutait la lame de son poignard. Assise en tailleur sur le matelas pneumatique que la Chose avait gonflé pour elle, la jeune fille passait le tranchant de l’arme sur sa pierre à aiguisé dans un doux crissement. Sur le sol, posé près de ses pieds, gisait le cœur de cristal brisé que sa mère avait pourfendu à l’issu de leur duel. La honte et la colère brulaient dans le cœur noir de la gothique. Se repassant le combat en boucle dans sa tête, elle ne parvenait pas à se défaire de cette culpabilité poisseuse qui lui collait à la peau. Comment avait-elle pu échouer ? Comment avait-elle pu perdre alors que la vie d’Enid est en jeu ? Elle avait abandonné sa meilleure amie, celle qui avait combattu un Hyde pour elle l’an dernier. Celle qui, par un miracle des plus inexplicable, avait rendu sa vie à Nevermore presque agréable.

Agnes ne cessait de lui répéter qu’Enid n’en valait pas la peine, que ce n’était qu’une louve parmi d’autre. Cette fille invisible était d’une stupidité affli-geante et la seule raison pour laquelle Mercredi ne l’avait pas encore écorchée vive était que son don se révélait un atout dans son enquête.

Mercredi vivait mal la distance qu’elle plaçait entre Enid et elle. Elle aurait voulut que cela se passe autrement. De préférence, sans sa pseudo fan numéro un dans ses pieds. Enid lui avait déjà fait plusieurs réflexion sur le fait qu’elle la rem-plaçait par Agnes. Mais rien n’était plus loin de la vérité. A la seconde ou son Enid serait en sécurité, Mercredi se débarrasserait de sa stalkeuse. Et tout pourrait redevenir comme avant.

Ou presque. Tout avait changé depuis l’année précédente. Lors de ses va-cances, la gothique avait pris conscience de l’importance qu’avait prise Enid dans sa sinistre existence. A plusieurs reprises, elle avait regrettée de s’être débarrasser de son téléphone. Elle aurait tellement voulu lui parler et prendre de ses nou-velles. Même si jamais cet aveux ne passera la barrière de ses lèvres, Mercredi avait éprouvé un cruel manque envers sa colocataire blonde. Depuis quelques se-maines, juste après sa vision fatidique, elle avait réussit à mettre des mots sur ce qu’elle ressentait. Et ça ne lui plaisait pas dutout.

Malheureusement pour elle, Enid avait déjà un petit copain. Ce satané Bru-no et son comportement de loup prétentieux. Mercredi n’avait aucune confiance en ce crâneur dévergondé. Ses tentatives de flirtent étaient plus navrante encore que celles d’Ajax, et la barre était ridiculement basse. Rien que de les imaginer ensemble rendait la gothique nauséeuse… et profondément triste. Enid ne s’intéresserait jamais à elle de cette manière. Comme tant d’Addams, Mercredi serait condamné à mourir d’un cœur brisé au fil du temps. Mais pour l’heure, ce n’était pas la priorité. Enid devait vivre. Jamais elle ne se le pardonnerais si elle causait la perte de sa bien-aimée. Que ses sentiments soient réciproques où non.

Passant son pouce sur la lame, Mercredi chassa ses sombres pensées dans un recoin de son esprit. Puisqu’elle ne pouvait plus compté sur l’aide de ses vi-sions, elle allait devoir trouver une autre manière de mener l’enquête. Il lui fallait du repos si elle voulait être opérationnel. Elle rangea le poignard dans son étui qu’elle dissimula dans l’épaisse semelle de sa chausse de randonnée.

Elle venait de poser la main sur la fermeture de son sac, prête à enfiler son pyjama, lorsque le craquement sec de brindilles brisées retentit juste devant sa tente. Le son, net dans le silence nocturne, lui fit rouler les yeux. Elle soupira. En-core sa pseudo fan numéro, sûrement venue assouvir sa manie d’irruption intem-pestive.

« Agnes, j’espère que tu as une bonne… »

Mais ses mots moururent sur ses lèvres. Ce n’était pas Agnes.

Dans la pâleur diffuse d’une lune voilée, Enid se tenait là, immobile, tran-sie, tremblante. Ses bras s’enroulaient autour de son torse comme si elle tentait de retenir sa chaleur corporelle à bout de bras. Son bikini rayé rose et orange lui col-lait à la peau, perlé de gouttelettes glacées qui glissaient le long de ses cuisses et s’évaporaient en une brume froide au contact de l’air nocturne. Ses cheveux, ruis-selants, collaient à ses joues rougies par le vent et le froid ; ses lèvres, virées au bleu, tremblaient au rythme de ses dents qui claquaient. Ses yeux, fuyants, res-taient rivés au sol, comme si le simple fait de croiser son regard aurait achevé de la briser.

« Salut… » souffla-t-elle, sa voix réduite à un murmure rauque, presque em-porté par la brise.

Mercredi demeura figée, les yeux écarquillés. Elle la dévisagea de haut en bas, chaque détail lui transperçant la poitrine : la chair hérissée de chair de poule, les mains crispées sur ses avant-bras, la respiration saccadée et superficielle. Tout en elle criait détresse. Une inquiétude sèche lui monta à la gorge.

« Je suis désolée. C’était une erreur » lâcha Enid en reculant « Je te laisse »

« Que s’est-il passé ? » demanda Mercredi, avançant d’un pas. « Quelqu’un t’a fait du mal ? »

Silence. Puis un imperceptible hochement de tête. Les yeux toujours rivés au sol, Enid laissa deux larmes chaudes tracer leur chemin sur ses joues glacées. Ses épaules se mirent à tressauter, secouées par des sanglots étouffés. La fissure qui s’ouvrit alors dans le cœur noir de Mercredi fut brutale, profonde.

« Entre », dit-elle d’un ton étrangement calme, presque neutre, mais dont la dureté masquait mal une inquiétude brûlante.

Enid hésita, puis franchit le seuil de la tente. L’air à l’intérieur n’était guère plus chaud, mais l’absence de vent lui donnait un répit illusoire. La toile sentait le tissu humide et un léger parfum de cire d’abeille des bougies éteintes. La Chose, postée dans un coin, approcha et caressa le pied d’Enid de ses doigts souples, un geste qui se voulait réconfortant.

Comme tout chez Mercredi Addams, sa tente était austère et vide de toute décoration. Un matelas pneumatique noir et un sac de couchage assorti gisaient sur le sol. De l’autre côté de la tente était installée une table pliante sur laquelle était disposée des bougies et des feuilles couvertes d’inscription et une carte de la région. Malgré le manque de personnalité de la pièce, Enid se sentit à l’aise.

« Serviettes. Couvertures. Maintenant » ordonna Mercredi en clouant son regard noir sur la main, « et pas un mot à qui que ce soit, surtout pas à mes pa-rents »

La Chose s’inclina et fila dehors, laissant derrière elle un battement d’air froid. Sans un mot, Mercredi ôta son pull noir surdimensionné et l’enroula fer-mement autour des épaules glacées d’Enid. La blonde se laissa faire, toujours voû-tée, comme si un poids invisible la compressait. La colère monta dans la gorge de Mercredi : après tout ce que cette louve avait enduré, comment pouvait-on lui in-fliger davantage ?

« Assieds-toi » dit-elle d’une voix plus douce qu’elle ne l’aurait souhaitée.

Enid s’installa sur le matelas pneumatique, ses mouvements lents et mesurés trahissant sa fatigue. Mercredi s’agenouilla devant elle, cherchant du regard com-ment réduire cette détresse. Elle ne savait que dire ou faire pour aider son amie. Heureusement, la Chose revint, chargée d’un tas hétéroclite : couvertures, ser-viettes, sac de couchage, second matelas. Mercredi ne releva pas l’initiative mais sut que son fidèle compagnon avait anticipé ce qui pourrait suivre.

« Merci. Tu peux disposer. »

La main hésita, se recroquevilla comme voulant rester, mais céda face à son regard autoritaire.

« Et veille à ce qu’Agnes ne vienne pas nous interrompre », ajouta-t-elle avant de refermer la tente derrière lui.

 

Elle prit une grande inspiration et se consacra à Enid, recroquevillée et san-glotante sur son matelas. Elle attrapa une serviette, retira doucement le pull d’Enid, qui protesta à peine, et entreprit de sécher ses cheveux trempés. Les mèches froides glissaient entre ses doigts comme des fils de soie gorgés d’eau. Elle passa ensuite la serviette sur ses épaules, ses bras, ses mains glacées. À sa surprise, Enid, loin de se raidir, sembla relâcher un peu la tension qui raidissait son dos.

« Je veux des noms », lâcha Mercredi en frottant la serviette sur ses omo-plates.

Un petit rire étranglé échappa à Enid. Confuse, la gothique interrompit son geste et posa un regard incrédule à son amie.

« Quoi ? » demanda la gothique, fronçant les sourcils.

« Rien… Ça m’avait manqué », souffla Enid d’une voix rauque.

Mercredi se figea une fraction de seconde. Une sensation désagréable lui noua l’estomac : quelque chose lui échappait. Ce commentaire contenait plus qu’il ne voulait en dire. Mais, choisissant de ne pas relever, elle reprit sa tâche avec plus d’application encore, concentrée sur chaque geste comme pour chasser ses propres questions. La serviette glissait lentement sur les jambes pâles et souples de la louve, absorbant les perles d’eau qui s’accrochaient obstinément à sa peau. Malgré ses efforts, Enid continuait à grelotter, ses épaules tressautant légèrement à chaque souffle.

En séchant le mollet, Mercredi aperçut alors la griffure, fine mais nette, qui barrait l’intérieur de sa cuisse. La blessure n’était pas profonde, mais son rouge tranchait brutalement sur la blancheur de la peau. Quand elle tenta de l’examiner de plus près, Enid eut un sifflement de douleur, repliant instinctivement la jambe. Sans un mot, mais le regard chargé d’interrogations, Mercredi attrapa la trousse de secours qu’elle gardait cachée dans sa valise. Tout se fit dans un silence ponctué de frôlements et de cliquetis d’ustensiles : coton, désinfectant, bande. À chaque contact de l’alcool sur la chair, Enid laissait échapper un gémissement étouffé qui vibrait dans l’air comme une corde tendue.

« Il faudrait que tu enlèves ton maillot », déclara la gothique en rangeant sa trousse de secours.

Elle n’eut besoin que d’un regard pour comprendre le malaise qui traversa Enid : le rouge qui envahit son visage, la manière dont ses doigts se crispèrent sur le tissu humide. Pendant des mois, elles avaient partagé une chambre, mais sans jamais franchir la frontière tacite de la pudeur. Une seule fois, Mercredi avait sur-pris la silhouette nue de la louve, en entrant dans la salle de bain par inadvertance. Depuis, cet incident était resté isolé, protégé par un accord silencieux. Pour lui laisser ce peu d’intimité, elle se retourna, fixant obstinément un coin de la tente.

Derrière elle, un froissement discret se fit entendre, le tissu mouillé se déta-chant de la peau. Mercredi dut mobiliser toute sa volonté pour se concentrer ail-leurs. Les battements de son cœur s’accélérèrent, sa respiration devint plus lourde. La fille dont elle était désespérément amoureuse se déshabillait à un mètre d’elle. Des images interdites s’insinuèrent dans son esprit, la forme des courbes, la cha-leur qu’elle imaginait, et elle dut serrer les mâchoires pour les repousser.

Lorsque le bruissement cessa, Mercredi, toujours dos tourné, tendit une couverture par-dessus son épaule. Elle attendit qu’Enid s’y emmitoufle complète-ment. Quand elle entendit la louve se racler la gorge, elle se retourna enfin. En-roulée dans un cocon de couverture, la jeune fille continuait cependant de trem-bler. Son bikini gisait au sol, dégoulinant, et d’un geste du pied, Mercredi le re-poussa hors de sa vue.

Les joues d’Enid, colorées à la fois par le froid et la gêne, se levèrent vers elle. Au dehors, le vent secouait la tente, faisant vibrer ses parois comme une res-piration géante. Pourtant, Mercredi avait l’impression qu’il faisait une chaleur suf-focante. La voir ainsi, vulnérable, blottie dans l’intimité feutrée de sa tente, dé-clencha dans son ventre une nuée de chauves-souris affolées.

« Raconte-moi ce qui s’est passé », dit-elle doucement, une fois qu’elles fu-rent assises sur le matelas.

La réponse d’Enid arriva comme un souffle brisé.

« Ce n’est rien. Vraiment. »

« Enid. »

« C’est juste… un truc de loup, je suppose. »

« Enid. »

« Voilà, c’est… une sorte de rite de passage. Pas de quoi en faire toute une histoire. »

« Enid ! »

Cette fois, la voix de Mercredi se fit plus ferme, mais y glissait une douceur attentive, presque protectrice. Elle voyait le mensonge, la retenue. Enid céda sous cette insistance.

« Je croyais que la meute m’avait acceptée. Après toutes ces années, je pen-sais enfin avoir ma place. Mais… en réalité, ils attendaient juste la bonne occasion pour m’humilier. »

« Qu’est-ce qu’ils ont fait ? » demanda Mercredi, la mâchoire serrée.

« On avait prévu un bain de minuit. Mais quand je suis entrée dans l’eau, ils sont sortis… et ils ont pris mes affaires. Ils ont ri, essayé de m’arracher mon mail-lot. Je crois que ça les aurait amusés que je doive rentrer au camp nue. Mais j’ai réussi à m’échapper. »

Un souffle discret échappa à Mercredi. Pas de blessure grave. Mais la colère monta, froide et précise. Dès le lendemain, elle ferait payer cette humiliation. Per-sonne ne s’en prenait à la famille Addams. Et encore moins à son Enid.

Alors que cette dernière continuait son récit, les sanglots revinrent, plus lourds, et avec eux, la confession : la trahison de Bruno, ses espoirs pour le week-end, le projet avorté de lui offrir sa virginité. Mercredi écouta, impassible en appa-rence, même si chaque mot lui lacérait l’estomac. Les joues d’Enid étaient bai-gnées de larmes et la gothique ne put s’empêcher de les effacer d’un geste du pouce. Enid sembla fondre à son contact.

« Tu as des affaires de rechanges ? » demanda soudain la gothique.

« Dans la tente de Bruno. » soupira Enid. « Je suppose qu’il a du les réduire en charpie ou les jeter au fond du lac. »

Sans un mot, Mercredi fouilla dans sa valise. Elle en sortit une culotte noire simple, un pantalon de pyjama, et le t-shirt Beowulf qu’Enid lui avait rapporté de vacances. Elle lui tendit la pile de vêtements, espérant que ça lui conviendrait.

Enid s’habilla en silence. Une fois de plus, Mercredi lui tourna le dos pour lui offrir le peu d’intimité disponible dans sa tente. Quand elle se retourna, elle fut frappée par l’effet : le noir renforçait l’éclat de sa peau et la lueur de ses yeux. Le t-shirt, un peu trop petit, soulignait la courbe de sa poitrine, et le reste tombait par-faitement.

« Tu as pris le t-shirt que je t’ai offert », s’étonna Enid en baissant les yeux sur elle.

« Je ne rejette jamais un cadeau. »

Un mince sourire éclot sur les lèvres d’Enid. À la lumière vacillante des bougies, Mercredi crut distinguer une rougeur sur ses pommettes.

Encore glacée jusqu’aux os après sa traversée de la forêt en simple maillot de bain, Enid resserra autour d’elle la couverture rêche que Mercredi lui avait donnée, cherchant en vain à emprisonner un peu de chaleur. Ses doigts trem-blaient encore, ses dents claquaient par à-coups. Elle était trop occupée à frotter machinalement ses bras pour remarquer que Mercredi s’était rapprochée, ses pas feutrés à peine audibles sur le tapis de sol. Sans prévenir, la gothique se pencha légèrement et déposa un baiser sec sur son front glacé. Un geste rare, inattendu, chargé d’une nuance protectrice que Mercredi ne montrait jamais ouvertement. Mais à ce contact, au lieu de se détendre, Enid se raidit comme frappée par une décharge. Mercredi, surprise par la réaction, recula aussitôt d’un pas prudent, le visage impassible, feignant de se concentrer sur autre chose.

Elle s’accroupit et entreprit de dérouler le matelas gonflable avec la préci-sion méticuleuse d’un chirurgien préparant son champ opératoire. Chaque pli était défait avec lenteur, ses mains glissant sur le plastique froid dans un bruit de froissement qui se répercutait dans le silence étouffé de la tente, ponctué seule-ment par le sifflement grave du vent qui secouait la toile. Elle déploya le sac de couchage ouvert, l’aplatissant du plat des paumes, comme si effacer les plis reve-nait à effacer les tensions accumulées. Son regard, pourtant, ne cessait de dériver vers Enid, toujours recroquevillée, les genoux pressés contre sa poitrine, les épaules rentrées dans la couverture comme pour disparaître à l’intérieur.

« Voilà. Tu peux t’allonger », dit-elle d’une voix basse, délibérément neutre, sans chercher à trahir la moindre émotion.

Mais Enid ne bougea pas. Ses yeux, d’ordinaire lumineux, s’étaient assom-bris d’une ombre lourde. Ce n’était pas la simple fatigue ou la tristesse qu’elle avait parfois vue chez elle. C’était plus dense, plus profond. Quelque chose qui tourbillonnait en dessous, prêt à éclater.

« Dis-moi, Mercredi… pourquoi tu fais ça ? » demanda-t-elle, la voix à la fois tremblante et résolue.

Mercredi fronça imperceptiblement les sourcils. Par « ça », voulait-elle dire le baiser ? Son geste avait-il franchi une limite invisible ? Peut-être… mais de là à provoquer ce voile de douleur dans son regard ? Pour encourager son amie à pré-ciser, elle choisit la stratégie la plus prudente : l’innocence feinte.

« Pour que tu puisses dormir. A moins que tu préfères dormir dehors. Je ne t’en empêcherai pas. »

« Ne joue pas avec moi », répliqua Enid dans un grondement sourd, se re-dressant d’un bond.

La couverture glissa de ses épaules, révélant ses bras encore hérissés de chair de poule. Elle n’y prêta pas attention. Dans ses yeux, la peine avait laissé place à une colère brûlante. Mercredi n’avait vu cette expression qu’une seule fois auparavant : après leur infiltration au manoir de Laurel Gates. Un souvenir qu’elle aurait voulu effacer à jamais.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. » répondit la gothique.

« Bien sûr ! Mercredi Addams est au-dessus de tout ça ! Elle fonce tête bais-ser sans se préoccuper des autres ! »

Mercredi cligna des yeux. En l’espace de quelques minutes, elles étaient passées d’une intimité fragile à une dispute violente, sans qu’elle comprenne vrai-ment où se trouvait le point de rupture.

« Enid… explique-moi. Est-ce que je t’ai blessée d’une quelconque façon ? »

« Attends, on commence par quoi ? Par le fait que ça fait un mois que tu m’évites ? Ou que tu passes tout ton temps avec cette… connasse d’Agnes ? Ou encore que tu ne me parles presque plus, même pour me dire bonjour ? Et là, tu fais comme si tout allait bien ! »

Le cœur de Mercredi se contracta. Voilà donc la source de cette colère. Elle devait admettre qu’elle avait tenu Enid à distance, volontairement. Elle l’avait exclue de l’enquête. Non par rejet… mais par instinct de protection. Et pourtant, à en juger par la détresse qui transperçait la voix de la louve, elle avait causé exac-tement l’effet inverse.

« Ce n’est pas ce que tu crois. »

« Ce que je crois, c’est que tu ne veux plus de moi comme amie. Je vois comment tu es avec Agnes. Cette petite peste rêve de me remplacer, et toi, tu la laisses faire. »

« Enid, tu… »

« Et le pire, c’est que j’ai cru que tu étais mon amie. Après tout ce qu’on a traversé, je pensais… qu’on était proches. Qu’on était… les meilleures amies. »

Sa voix se brisa. La colère recula, chassée par une détresse nue qui vibrait dans chaque mot. Mercredi sentit sa gorge se nouer, incapable d’articuler une ré-ponse. Elle resta figée, contrainte de l’écouter.

« Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? poursuivit Enid. Je sais que je suis pas à la hauteur. Même ma meute le pense. Mais toi… je pensais pas que tu me rejette-rais. »

« Je… je ne t’ai pas rejetée » souffla Mercredi.

« Alors comment tu appelles ça ? »

« Tu ne comprends pas. »

« Alors explique-moi ! Vas-y ! Parce que j’en ai marre qu’on me laisse dans le noir ! »

Le rythme cardiaque de Mercredi s’emballa. Les images surgirent malgré elle : une tombe fraîche, le nom d’Enid gravé dans la pierre, encerclée de cor-beaux. Cette voix froide qui répétait que tout était de sa faute. Le vide, la solitude écrasante.

« J’ai fait ça pour ton bien. »

Ces mots suspendirent l’air. Enid cligna des yeux, cherchant à interpréter. Confusion. Incrédulité. Incompréhension. Puis l’offense, et enfin, la colère pure. Entre ses larmes, elle lâcha un rire cassant.

« Va te faire foutre, Mercredi. »

Alors que la louve s’apprêtait à quitter la tente, Mercredi sentit la panique escalader sa colonne vertébrale. Ce serpent glacé enroulait ses anneaux autour de ses os, plantant ses crochets empoisonnés dans son cœur. Si elle laissait Enid par-tir, elle savait que ce serait la fin de leur amitié, et elle ne pouvait pas le supporter. Laissant parler son instinct, la gothique rattrapa son amie avant qu’elle ne puisse sortir de la tente. Posant une main sur son épaule, elle tenta de la retenir.

« Laisse-moi. » gronda Enid en essayant de se libérer.

« J’ai vu ta mort ! » lâcha Mercredi dans un souffle désespéré.

Les mots flottèrent dans l’air comme un coup de tonnerre étouffé. La go-thique aurait préféré ne jamais révéler cette information. Elle ne souhaitait pas ef-frayé son amie. Mais elle était au pieds du mur et elle savait que jamais elle ne pourrait survivre sans Enid dans sa vie.

A l’entente de ses mots, la louve se figea. Mercredi comprit que s’était sa chance de tout arranger et elle était décidée à ne pas la laisser s’échapper.

« Le soir du bucher, j’ai eu une vision de ta tombe. Je sais que tu vas mourir et je sais que ce sera de ma faute. Tout ce que j’ai fait depuis, c’était pour empê-cher ça. Je voulais te mettre à l’abri. Même si j’ai souvent souhaiter ton aide, je préférais que tu restes en sécurité. C’est pour ça que j’ai été plus distante et que je ne t’ai pas impliquée dans mon enquête. Je ne veux pas te perdre, Enid. Je ne peux pas… »

Les yeux de Mercredi s’embuèrent de larmes et sa gorge se noua. L’idée d’un monde sans Enid lui était insupportable. Lorsque cette dernière finit par re-tourner, la gothique constata qu’elle pleurait également.

« Et la seule raison pour laquelle je passe du temps avec Agnes, c’est parce qu’elle est utile pour l’enquête. Mais elle est remplaçable. Je n’ai pas besoin d’elle. Elle croit peut-être être mon amie, mais elle se trompe. Tu n’as rien à craindre d’elle, vraiment. »

« Mercredi, je… »

« Je ne sais pas ce que je ferais sans toi. » avoua enfin la jeune fille. « Tu comptes tellement pour moi. Plus que tu ne peux l’imaginer. »

Alors que ses mots s’échappaient de sa bouche, Mercredi n’eut plus la force de retenir ses sanglots. A sa grande honte, des larmes débordèrent de ses yeux et elle pleura toute l’angoisse et la peine qu’elle avait éprouvées au cours du mois. Même si elle ne voulait pas le reconnaitre, se laisser aller aux émotions se révéla libérateur.

N'y tenant plus, Enid combla la distance qui les séparait et pris la jeune fille dans ses bras. Mercredi fondit dans l’étreinte enroulant ses bras autour du corps de sa meilleure amie. Sentir sa chaleur à travers ses vêtements, s’imprégner de son odeur si délicieusement fruitée, se faire bercer par les battements de son cœur. Mercredi captura tous ces détails et s’y accrocha comme à une bouée de sauve-tage. Pleurant ensemble, les deux filles restèrent enlacées longtemps. Aucun mot ne fut nécessaire. La colère comme la douleur les avait déserté. Il ne restait plus qu’un formidable sentiment de sérénité.

« Pourquoi tu ne m’as rien dit ? » demanda la louve dans son épaule.

« Je ne voulais pas que tu t’inquiètes. Tu as déjà tellement souffert à cause de moi. »

« Espèce d’idiote. » rit doucement Enid.

Après de longues minutes, elles se séparèrent. Les yeux dans les yeux, elles échangèrent toute l’émotion qui les traversait à cet instant. Se tenant la main, elles s’assirent sur le matelas gonflables préparée pour Enid. Côte à côte, serrée l’une contre l’autre, elles profitèrent de ce calme confortable. Leurs larmes avaient finies de couler, et pourtant, il y a encore tellement de chose que Mercredi voulait lui dire. Cependant elle fut devancée.

« Je suis désolée de t’avoir crié dessus. » murmura Enid.

« Je suis désolée d’avoir été négligente. » répondit Mercredi d’un ton égal.

« Mercredi Addams qui présente des excuses. » rit la louve. « Qui l’eut cru. »

« Avec toi c’est facile. »

Enid enroula son bras autour de sa taille et l’attira dans une étreinte latérale. Soupirant d’aise, la louve posa sa tête sur l’épaule de sa meilleure amie. Incertaine de la marche à suivre, Mercredi embrassa le haut de son crâne. Cette fois-ci, la jeune fille se détendit à ce geste protecteur. Serrée l’une contre l’autre, elles profi-tèrent de cette intimité retrouvée.

« Je te promets de ne plus jamais te tenir à l’écart. » déclara Mercredi.

« Merci. Et je te donne ma parole que jamais plus je ne te quitterai. »

Les deux filles restèrent encore ainsi quelques minutes, savourant ce silence si paisible. Une épée de Damoclès pendait au-dessus de la tête d’Enid, mais pour l’heure, aucune d’elles ne voulait s’en préoccuper. Demain viendrait bien assez vite pour réfléchir à une solution.

Enid bailla. Il se faisait tard et toutes deux avaient passé une longue et éprouvante journée. Mercredi se détacha de leur étreinte. Elle se sentait si légère à présent que la vérité avait éclaté. Profitant qu’Enid se prépare à aller au lit, elle se changea pour enfiler ses vêtements de nuit. Elle était presque sur que la blonde avait jeté un coup d’œil au moment où elle enfilait son débardeur, mais elle fit semblant de ne rien avoir remarqué.

Ne voulant pas s’éloigner de son amie, la gothique colla son matelas pneu-matique à celui de sa colocataire. Elles plongèrent toutes les deux dans leurs sac de couchages, se protégeant ainsi de la fraicheur de la nuit. Emmitouflée jusqu’au cou, Mercredi fut surprise de voir Enid se pencher sur elle. Leurs visages n’étaient espacé que de quelques centimètres et elle sentait son haleine fraiche s’étaler le long de sa joue.

« On va devoir parler de beaucoup de chose demain. » dit la blonde dans un murmure.

« Oui. »

Hochant la tête, Enid combla l’espace qui les séparait et l’embrassa sur les lèvres. Aussitôt, un saveur de menthe et de fraise envahit sa bouche. Gémissant de contentement, la gothique rendit son baiser à la jeune fille. Elle avait attendu ça tellement longtemps. Même dans ses rêves, elle n’avait jamais cru qu’un tel scéna-rio était possible. Et pourtant, Enid Sinclair était penchée sur elle et l’embrassait avec une douceur excise. Après plus d’une minute, la louve s’écarta et planta son regard taquin dans celui de Mercredi.

« On pourra peut-être parler de ça aussi alors. » lui murmura-t-elle.

Sans voix, la jeune fille aux tresses brunes hocha la tête, un petit sourire sur ses lèvres. Enid lui sourit et se glissa dans son propre sac de couchage. Sans se quitter des yeux, les deux filles s’allongèrent, chacune sur le côté, pour se faire face. Avec tendresse, la louve sortit la main de son sac de couchage et la tendit vers son amie (petite amie ?). Cette dernière s’empressa de l’imiter et de nouer leurs doigts ensemble. Leurs sacs de couchage étaient serré l’un contre l’autre, ne formant presque d’un seul tas de tissus.

« Merci d’être là. » murmura Enid dans un dernier bâillement.

« Toujours. »

Ainsi, elles s’endormirent, lovée l’une contre l’autre, main dans la main. Peu importe ce qui arriverait le lendemain. Ce soir, elles étaient toutes deux ber-cées par le confort que l’autre leur procurait. Dans un recoin de sa tête, Mercredi imaginait déjà quel vengeance elle mettrait en place pour punir la meute qui s’en était prise à Enid.