Chapter Text
La pluie coulait à flot dans les rues de Londres, et pourtant un grand soleil avait été prévu la veille pour l’ensemble de la journée. Celui-ci n’avait malheureusement pas duré.
« Je déteste la pluie ! ragea pour une énième fois Sophia.
— Je sais… soupira la jeune femme qui l’accompagnait mais qui n’en pensait pas moins. Il reste encore longtemps avant d’arriver à l’hôtel ?
— Au moins 20 minutes je pense, peut-être moins si on continue de courir. »
Nouveau soupir.
Arrivées à Londres la veille, Alice et Sophia, amies depuis bientôt six ans, avaient décidé de prendre quelques mois sabbatiques pour voyager avant de se concentrer sur leurs carrières. Physiquement elles étaient très différentes. Alice était une jeune femme blonde de petite taille alors que l’autre était grande et brune. Elles avaient respectivement vingt-deux et vingt-trois ans. Toutes deux avaient fait des études de biologie à l’Université de Manchester puis travaillé en laboratoire une année. Mais l’envie de profiter de leur jeunesse avait été plus forte.
C’est donc ainsi, seulement quelques jours après le début de l’aventure, qu’elles se retrouvaient sous des trombes d’eau au lieu de profiter du soleil.
« Et si on s'abritait en attendant que ça se calme ? cria Alice.
— Bonne idée ! »
La rue où elles se trouvaient, Charing Cross Road, n’était malheureusement pas riche en commerce ouvert ou en abri. Il s’agissait d’une rue du vieux Londres et la seule potentielle attraction était une vieille librairie fermée ce jour.
« Regarde Alice, à côté de la librairie il y a un bâtiment abandonné ! La porte est grande ouverte, on pourrait s’y abriter.
— Tu es sûre ? On ne sait pas ce qu’il peut y avoir dedans.
— Si on reste juste dans l’entrée ça ira, on pourra toujours sortir rapidement si besoin. »
La blonde n’avait pas l’air très convaincue, mais accepta tout de même d’entrer. La pensée de devoir continuer de courir sous la pluie avait suffi à l’auto-convaincre. Au pire des cas, elle avait fait du karaté plus jeune, ça pourrait toujours servir…
Aucune des deux ne fit vraiment attention à la devanture du lieu et elles entrèrent sans tarder. La salle était plutôt grande et ressemblait un peu à ce qui avait dû être un restaurant ou un grand pub typiquement anglais. Il y avait beaucoup de tables et de chaises, quelques-unes cassées mais la majorité était juste ensevelies sous la saleté. Le bar était en plutôt bon état également, mais il n’y avait plus aucune vaisselle, probablement volée depuis longtemps. Les murs en bois étaient aussi ornés de nombreux cadres et posters qui n’étaient plus visibles à cause des couches de poussière. Les deux jeunes femmes remarquèrent toutefois que le lieu était étrangement en bon état malgré la vieillesse évidente du mobilier. Aucune casse, aucun tag, aucun déchet.
C’était très étrange. Trop étrange pour un endroit qui semblait venir d’un autre siècle.
« Tu crois que c’est hanté ? s’enquit Alice.
— Ne dis pas une chose pareille ! C’est ridicule. »
Sophia ne s’éloigna pourtant pas de l’encadrement de la porte d’entrée, intimidée malgré elle par la singularité de l’endroit. Elle jeta un coup d’œil à l'extérieur mais la pluie tombait inlassablement.
« Si on doit attendre autant s’installer un peu » soupira Alice en tirant une chaise près d’elle.
La blonde la traîna près de la porte et entreprit de la dépoussiérer tant bien que mal à l’aide de mouchoirs. La plus grande suivit son exemple.
Soudain un craquement se fit entendre à l’étage, figeant les deux amies. Elles se regardèrent mi surprise mi inquiète mais, avant qu’elles n’aient pu dire quoique ce soit, le bruit se transforma en pas. À présent alertes, elles se rapprochèrent l’une de l’autre en fixant l’escalier à droite du bar. Qui savait qui pouvait arriver ? Logiquement il pouvait s’agir d’une autre personne qui cherchait à s’abriter -auquel cas il n’y aurait pas à s’inquiéter- mais la paranoïa accentuée par le stress les empêchait d’y réfléchir clairement.
Les pas se firent alors plus forts au niveau des escaliers et une marche non visible craqua. L’individu allait forcément descendre par là. Silencieuses, elles attendirent.
L’attente semblait interminable, comme si les secondes étaient devenues des minutes, jusqu’à ce que de longues jambes vêtues de ce qu’il semblait être un jean noir apparurent.
Il s’agissait d’une jeune femme, probablement dans la même tranche d’âge qu’elles, aux longs cheveux noirs mouillés et seulement vêtu d’un tee-shirt représentant un vieux groupe de musique.
Elle devait bel et bien attendre la fin de la pluie et avait décidé de s’aventurer plus loin pour tuer le temps.
« Euh, bonjour. Vous êtes là pour attendre que la pluie cesse également ? demanda-t-elle d’une voix douce avec un accent étranger.
— Oui en effet, répondit Alice, soulagée qu’il ne s’agisse pas d’un type louche. On profitait du soleil pour visiter le vieux Londres quand la pluie s’est brutalement mise à tomber… Au fait je m’appelle Alice, et voici Sophia.
— Enchantée, je suis Marie.
— Moi de même, fit Sophia. Tu ne serais pas française par hasard ? Il m’a semblée reconnaître ton accent.
— Oui en effet, je suis venue à Londres temporairement, je pars faire un road trip en Ecosse avec des amis. Je dois les retrouver là-bas.
— En Ecosse ? C’est vrai qu’il s’agit d’un pays magnifique ! »
En parlant Marie les avait rejoints et s’était dépoussiérée un tabouret pour s’assoir avec les deux autres. Elles commencèrent à discuter de leurs voyages respectifs.
« J’ai rencontré mes amis par internet il y a de nombreuses années mais jusque-là nous ne nous sommes jamais rencontrés à cause de la distance. Comme l’occasion de me rendre en Ecosse pour faire ma thèse s’est présentée j’ai proposé à mes amis de faire un road trip puisqu’ils étaient aussi intéressés par le sujet. C’est même ce qui nous a rapproché au départ.
— Oh ? De quoi s’agit-il ? » s’intéressa Alice.
Sophia haussa un sourcil en voyant la française hésiter. Était-ce un sujet ridicule ou au contraire quelque chose de très complexe ? Il ne pouvait pas non plus être confidentiel puisqu’elle avait invité des amis.
« Le mystique aux 20ème et 21ème siècles.
— C’est intéressant ! s’exclama Alice. Pourquoi avoir choisi l’Ecosse ? »
La blonde avait toujours été intriguée par le mystique en règle générale et avait déjà lu quelques livres à ce sujet. Ce qui n’était pas le cas de la plus grande des trois qui avait un esprit plus terre à terre et ne croyait que ce qu’elle voyait.
« Tu t’intéresses aussi à ce sujet ? s’étonna Marie. Pour l’Ecosse et bien ça m’a semblé être un bon départ.
— Oui, oui, je m’y intéresse depuis que je suis petite pour essayer de comprendre les événements mystérieux autour de moi. »
La jeune femme sembla très intéressée par ce propos mais sembla hésiter une nouvelle fois sur ce qu’elle devait dire.
Cela intrigua Sophia qui ne participait pas à la conversation et se contentait d’observer. Elle allait dire quelque chose quand la montre connectée de Marie bipa pour annoncer un message.
« Excusez-moi un instant. »
Elle se plongea dans sa réponse à toute vitesse et resta les yeux fixés dessus pour attendre celle de son correspondant qui ne tarda pas à arriver. Un air pensif s’inscrit sur son visage avant qu’elle ne demande, presque timidement :
« Ça vous dirait que je vous fasse découvrir le mystique de cet endroit ? »
[Alors tu as pu découvrir quelque chose ?]
[Je n’ai pas pu terminer. Deux personnes sont arrivées pour s’abriter également, l’une d’elle semble avoir déjà vécu des épisodes. Je fais quoi ?]
[Montre leur ce que tu as vu là-bas jusqu’à maintenant pour voir ce qu’elles en pensent. Peut-être nous sommes plus près qu’on ne le pensait.]
xxx
Des étendues vertes se noyaient sous le soleil estival des Highlands. Montagnes et collines parsemaient le paysage tandis que dans les vallées de nombreux lochs reflétaient les nuages cotonneux du ciel. Dans ces landes, deux personnes voyageaient côte à côte, de grands sacs de voyage sur le dos. Cela faisait deux jours qu’ils marchaient en direction d’un endroit précis où une troisième personne devait les rejoindre.
« Il nous reste encore combien de temps de marche d’après toi ? demanda la voix douce de la jeune femme brune du duo.
— Encore une bonne journée je pense d’après les indications que l’on a, le village qui a été aperçu se trouve à un peu moins de cinquante kilomètres derrière l’une de ces collines… Reste plus qu’à trouver laquelle.
— Je vois, soupira-t-elle. J’espère qu’on le trouvera rapidement, d’après le bulletin météo il risque de pleuvoir demain ou le jour suivant.
— Oui je l’espère aussi. »
Cela faisait trois jours qu’ils avaient commencé leur voyage à travers l’Ecosse à la recherche de mystères à élucider, des mythes et légendes à rendre réels, et surtout pour découvrir la vérité derrière un secret qui les avait réunis tous les trois des années auparavant.
« Faisons une pause déjeuner rapidement avant de reprendre la route. On aura plus d’énergie, proposa la jeune femme.
— Oui bonne idée, je vais en profiter pour faire quelques photos du paysage » fit son compagnon en joignant le geste à la parole.
Il posa son sac sur le sol et sortit son matériel de photographie qu’il régla en quelques secondes avec dextérité.
« Encore ? Tu vas remplir ta carte mémoire avant que l’on arrive à notre destination à cette allure !
— Ne t’inquiète pas, j’en ai cinq autres. »
Son amie leva les yeux au ciel et installa une nappe pour faire un pique-nique rapide. Elle sortit sa gourde d’eau, un sandwich et une barre protéinée. Sans attendre son compagnon de voyage elle commença à manger en admirant le paysage.
Il fallait bien admettre que l’endroit était magnifique, les livres de voyage et les reportages ne mentaient pas quand ils affirmaient la beauté des Highlands.
« Si tu ne manges pas tu vas repartir le ventre vide.
— Je sais » soupira le jeune homme.
Mais avant de remballer son matériel il décida de faire une dernière photo en zoomant sur la plaine que l’on voyait à peine derrière les collines. Il fronça les sourcils en remarquant ce qui ressemblait à des bâtiments derrière les collines. Il ne se souvenait pas qu’un village se trouvait dans cette direction qui n’était pas non plus celle vers laquelle ils se dirigeaient. Il prit une photo et zooma un peu plus avant d’en reprendre une autre.
« Marlène, sors-moi la carte s’il te plait. »
xxx
Au même moment, à plusieurs centaines de kilomètres de là, trois jeunes femmes se trouvaient devant un mur de brique. Une étrange énergie semblait venir de celui-ci et toutes le ressentaient inconsciemment.
Cinq personnes, deux lieux différents et un unique destin qui allait bouleverser le monde.
Ou plutôt, leur monde.
Une nouvelle histoire était sur le point de commencer.
