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La Malédiction de Guenièvre

Summary:

Le cycle recommence, l’histoire se répète, mais cette fois-ci le roi aime vicieusement son bâtard.

Notes:

Je suis tellement heureuse de finalement vous présenter la première histoire de cette série, j’ai tellement d’idées d’histoires avec lesquelles je ne fais strictement rien alors voilà : cette série va rassembler toutes sortes d’histoires sans lien entre elles mais qui tourneront principalement autour d’Arthur et Guenièvre (mais pas que !). Il y aura des OS, des petites histoires à multi-chapitres peut-être même des OS qui deviendront multi-chapitres, je ne ferme la porte à rien !

J’espère que ce premier OS vous plaira, j’ai adoré l’écrire !

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

 

« Toutes mes félicitations madame, vous êtes enceinte. » Merlin déclara en essuyant ses mains visqueuses avec un chiffon.

Les suivantes de Guenièvre, restées jusqu’à là en retrait, s’avancèrent pour débarrasser le druide royal de son chiffon et lui emmener une bassine d’eau tiède pour y tremper ses mains. Dans cette chambre glaciale éclairée uniquement par la lumière pâle d’un soleil hivernal, les clapotis de l’eau étaient le seul bruit que l’on pouvait entendre.

Guenièvre aurait dû être contente, euphorique même après tout le plus grand devoir d’une femme était de produire des héritiers, mais tout ce qu’elle pouvait voir à cet instant était la posture recroquevillée de son mari, son dos recourbé et ses beaux yeux bleus braqués sur le sol.

L’humiliation était totale.

« Faites savoir la nouvelle, Guenièvre de Bénoïc est enceinte de son premier enfant, » continua le druide avant qu’un sourire mesquin n’étire son visage « mais soyez sûr de prévenir le roi d’abord. »

La porte claqua en un bruit effroyable derrière Lancelot et Guenièvre tressaillit sur le lit ; Merlin n’y prêta aucune attention et commença à soigneusement ranger ses fioles.

Sans regarder la dame, le druide donnait à ses suivantes des instructions pour s’assurer du bon déroulement de la grossesse, tous les employés de Kaamelott seraient mis au jus. Les cuisiniers auraient ordre de lui préparer des repas goûteux mais sains, quatre gardes lui seraient assignés lors de ses déplacements dans le château, les palefreniers auraient interdiction de la laisser monter en selle.

Guenièvre écoutait à peine les recommandations de Merlin, elle n’avait pas quitté la porte des yeux. Les lames de la culpabilité lacéraient chaque parcelle de sa chair et elle se maudit une nouvelle fois. Elle avait été fiancée jeune, alors qu’elle n’avait qu’à peine quinze ans, au fils prodige du Roi de Ban, Lancelot de Bénoïc. À cette époque le pays de Bénoïc menaçait d’être annexée par le pays de Gaunes chaque mois, mais l’alliance matrimoniale avec la Carmélide avait mené à une alliance militaire, puis économique qui ne demandaient qu’à se concrétiser par la venue d’un héritier.

Cependant Léodagan de Carmélide, tout de même soucieux du bien-être de sa fille, avait refusé de l’envoyer à Bénoïc tant que les conflits persistaient. Guenièvre avait donc passé les trois premières années de son mariage loin de son promis tandis que Bénoïc repoussait tant bien que mal les invasions de Gaunes avec l’aide des troupes carmélidoises envoyées en renfort.

Quand Guenièvre posa enfin les yeux sur son promis, elle avait 18 ans. Il revenait d’une longue guerre périlleuse, un prince vaillant, courageux et blond aux yeux bleus rien que pour elle. Elle en était tombée amoureuse au premier regard.

Les conseils d’après-guerre avaient encore une fois arraché les nouveaux époux l’un à l’autre, mais tout semblait bien parti pour la naissance d’un Empire Carmélido-Bénoïquois qui dominerait l’entièreté de la Bretagne.

Mais c’était sans compter sur le retour du fils Pendragon.

En quelques jours, il récupéra l’épée plantée dans le rocher depuis des siècles, mit en place les fondations d’une fédération bretonne et libéra le royaume du joug romain. Il posa aussi son regard sur Guenièvre de Carmélide – nouvellement de Bénoïc – et fit imploser son mariage avant même qu’il ne commence réellement.

Arthur Pendragon régnait avec une poigne de fer. Il écoutait les doléances du peuple, prenait en considération les problèmes culturels que posait la fédération aux chefs de clans, il tentait au mieux de s’imposer en respectant la culture d’un pays dans lequel il n’avait jamais vécu ; mais, au moindre signe de rébellion, de bafouement des lois de sa fédération il emprisonnait, torturait et faisait exécuter sans sommation.

Il était tout aussi virulent quand il voulait quelque chose et ce qu’il avait voulu, c’était Guenièvre.

Ses conseillers les plus proches avaient beau avoir tenté de lui expliquer en long et en large que la princesse de Carmélide était mariée au prince Lancelot, qu’elle était destinée à devenir reine de Bénoïc, rien n’y avait fait.

Ce que le roi voulait, il prenait. Et Guenièvre s’était laissée prendre sans opposer la moindre résistance.

 


 

C’est par des baisers déposés partout sur son visage que Guenièvre se réveilla. Les derniers vestiges du sommeil lui échappèrent bien trop facilement et elle grogna sous les couvertures de fourrure. Un rire rauque lui répondit.  

« Oh pardon, est-ce que je dérange ma princesse pendant qu’elle dort ? »

Cette voix.

Guenièvre se redressa abruptement et regarda autour d’elle. La chambre qu’elle partageait avec son époux baignait maintenant dans une lumière orangée somptueuse alors que le soleil entamait sa descente vers l’horizon. Elle avait dû s’endormir après que Merlin ne parte. Quelle heure était-il ? Où était Lancelot ?

Derrière elle, une main chaude vint s’apposer contre son dos. Elle frissonna. Elle détestait l’effet qu’il avait sur elle. Elle en raffolait.

Il se redressa pour être à ses côtés et Guenièvre détourna la tête, laissant ses yeux errer sur les pierres de la chambre. Elle s’était promis quand cette sordide affaire avait commencé de ne jamais commettre ses pêchés dans le lit conjugal. Elle aimait Lancelot à sa façon et pour toutes les humiliations qu’elle lui avait fait subir, elle voulait encore lui témoigner ce dernier signe de respect aussi peu que ça valait maintenant.

« Vous ne devriez pas être là, » Guenièvre chuchota dans le silence de la pièce.

De longs doigts fins attrapèrent son menton et elle ne lutta pas bien longtemps avant de se tourner et de le regarder. Elle se perdit dans ses prunelles, cet océan noir et tumultueux auquel elle n’arrivait plus à résister.

« Vous portez mon enfant, » il murmura émerveillé. Ses yeux brillaient et la détaillaient comme si elle était le plus précieux cadeau du monde. Elle frissonna une nouvelle fois.

« Mon mari pourrait revenir d’une seconde à l’autre- »

« Votre mari est parti en mission diplomatique pour le mois. Enfin, parti…Disons que j’ai très fortement poussé au cul pour qu’il y aille. Mais au diable votre mari, je ne suis pas venu là pour parler de lui. C’est vous que je suis venu voir ma belle princesse. Vous, ma Guenièvre… »

« Je ne suis pas votre Guenièvre ! » La princesse s’emporta alors que ses joues s’empourpraient de colère.

Le roi s’en amusa. Il avait cette lueur joueuse dans les yeux, comme souvent lorsqu’il était avec elle. Son menton toujours entre les doigts, il fondit sur ses lèvres. Le roi embrassait comme un homme affamé, il prenait, dévorait et se rassasiait de ses lèvres. Elle avait peine à le suivre parfois, d’autant plus qu’elle était habituée aux baisers chastes et doux de Lancelot.

Si Lancelot était l’eau tranquille du ruisseau, Arthur était un feu de forêt incontrôlable, sauvage et destructeur.

Deux forces qui, si elles s’unissaient, pourraient faire flancher l’armée romaine elle-même ; mais Lancelot haïssait Arthur et comme de presque tout, Arthur s’en amusait. Il n’hésitait pas à faire subir au roi Ban et à son fils des humiliations injustifiées quand bon lui chantait. Lors de dîners protocolaires, il les assignait en bout de table malgré leur statut de roi et de prince, il n’hésitait pas à refuser Lancelot ou Ban lui-même la moindre requête quand il s’en sentait l’envie et il traitait des fois Lancelot (un prince et chevalier accompli) comme un vulgaire écuyer.

Il aurait tué Lancelot si Guenièvre ne l’avait pas supplié de l’épargner. Elle l’attendrissait la douceur de sa Guenièvre, son empathie et sa bonté. Il n’avait pas eu le cœur de lui retirer son époux malgré la jalousie qui lui léchait les entrailles, alors Arthur avait mis en place les règles de son jeu pervers.

Il prenait Guenièvre quand et où bon lui semblait, lors de visites officielles à Bénoïc, lors de bals, lors de sommets politiques, lors des assemblées de rois. Le roi Ban était toujours sommé d’apporter sa bru sans exception. Ni lui ni Lancelot ne criaient à l’affront ou ne demandaient réparation et en échange le roi ne revendiquait pas officiellement Guenièvre et ne suivait pas la loi. De toute façon Arthur ne convoitait plus Guenièvre depuis longtemps, il s’était complètement emparé d’elle.

Lancelot, le prodigieux héritier de Bénoïc, restait donc en vie et tout le monde jouait le jeu, même si le roi trichait un peu trop souvent à coup d’humiliations, d’insultes et d’affronts plus oiseux les uns que les autres.

Mais maintenant, tout le jeu avait été chamboulé. Les règles allaient changer.

Arthur relâcha finalement les lèvres de Guenièvre et elle prit quelques secondes pour revenir à la réalité, complètement enivré par son amant. Arthur l’examina de ses yeux sombres.

Il en avait connu des femmes, des romaines, des dodues, des timides, des ambitieuses, des séduisantes, des calculatrices, tout y était passé. Il en avait aimé certaines, désiré d’autres mais Guenièvre, elle l’avait fasciné. Elle et son innocence, sa naïveté, sa bonté, toutes ces choses qu’Arthur avait perdu trop tôt.

Elle s’accordait bien cette douce princesse avec son honorable prince le beau trouvé. Le mariage parfait. Arthur en avait eu la nausée.

La première fois qu’il avait eu la peau de Guenièvre sous les doigts, il avait à peine osé la toucher. Comment est-ce que quelqu’un comme lui, un homme brisé, misérable et ruiné pourrait toucher un joyau aussi brillant comme elle sans la pervertir ? Le moment où il allait la toucher, laisser sa salive sur sa peau, sa semence entre ses cuisses, sa lumière allait se ternir.

Il devait la préserver.

Alors, après l’avoir plaqué contre le mur d’une alcôve de la Tour de Ban à l’abri des regards, après avoir ignoré ses supplications, après avoir voulu la salir, il s’était enfui. Comme un lâche.

« J’ai parlé à vos suivantes. Vos affaires seront emmenées dans ma chambre dès ce soir. Père Blaise prépare déjà une missive adressée au Roi Ban pour le prévenir que vous allez demeurer à Kaamelott pour une durée indéterminée. »

« Indéterminée ? »

« Le temps de votre grossesse. »

« Et ensuite je retournerai à Bénoïc ? » Guenièvre demanda, sceptique.

Arthur retint un rire incrédule à la question.

« Ne soyez pas idiote. Ça ne vous va pas. »

« Alors ne soyez pas condescendant ! Arrêtez de parler à demi-mots et dites-moi clairement ce que vous prévoyez faire de moi. »

Le roi fit mine de réfléchir quelques secondes, tapotant théâtralement son menton du doigt alors que ses yeux regardaient sur le côté. Guenièvre souffla bruyamment et il ne put retenir son rictus.

« Je sais pas…Reine de Bretagne, si ça vous tente. »

« Mais…mais…mais vous êtes complètement fou ! Je suis mariée, mes enfants sont censés être les descendants du Roi Ban et les héritiers de Bénoïc- »

« Je vous ai dis d’arrêter de faire l’idiote !» Arthur ne souriait plus, toute trace d’amusement avait quitté son visage. Il ne jouait plus. « Vous portez mon unique héritier, Guenièvre. Vous croyez que je vais vous laisser vous barrer sur le continent avec mon enfant ? »

« …Et Lancelot ? » Elle demanda d’une toute petite voix.

« Ah, Lancelot… » soupira longuement le roi. Il en avait fait des pieds et des mains pour le garder en vie celui-là. Il l’avait nommé Chevalier de la Table Ronde (avant tout pour que lui et Guenièvre résident à Kaamelott pendant une grande partie de l’année certes), il n’avait jamais officiellement fait Guenièvre sienne et il l’avait même fait ministre. Ministre de l’agriculture ce qui encore une fois était une sérieuse insulte à son statut, mais tout de même.

Oh de voir le fier et noble chevalier blanc se muer au fil des années en un prince amer et humilié, Arthur s’en était délecté. Il avait pris un malin plaisir à voir Lancelot se recroqueviller, se putréfier pour ne devenir que l’ombre du grand chevalier qu’il était.

Quant à la femme du chevalier blanc Arthur avait eu tort. Il l’avait sous-estimé sa princesse, rien ne pourrait entacher sa belle lumière, pas même lui. Il le réalisait maintenant. Elle pouvait le prendre, elle était probablement la seule femme du monde à pouvoir le prendre et l’accepter avec son vice, sa violence et ses perversions. Elle faisait même mieux que l’accepter, elle l’honorait.

Elle portait en elle une partie de lui.

Et pour la première fois, l’idée de la pervertir, de la rendre un peu plus comme lui avait un goût autre que l’amertume.

« Je pourrai le faire arrêter pour trahison, je trouverai bien quelques motifs, et je pourrai le faire torturer jusqu’à ce qu’il succombe malencontreusement à ses blessures »

« Mais vous…vous déclencheriez une guerre avec Bénoïc.  »

« Il n’y aura pas de guerre avec Bénoïc si il n’y a plus de Bénoïc. Ça fait tellement longtemps que Gaunes zyeute ce territoire, peut-être serait-il temps de le leur accorder… »

« Ne me dites pas que vous êtes sérieux ! »

« …Ou je pourrai faire cramer leur patelin pourri, c’est une idée qui plairait bien à votre père tiens. »

Ses paroles horripilaient Guenièvre et son calme lui glaçait le sang, pourtant Arthur se contenta de lui sourire comme si il se cachait derrière ses mots une plaisanterie dont lui seul avait le secret. Qu’est-ce qu’il y avait de si amusant à imaginer des terres calcinées, des cadavres les jonchant et des rêves abandonnés au dieu de la mort et du sang ?

La vie humaine avait-elle réellement aussi peu de valeur à ses yeux ?

Un roi aux multiples facettes, comme Guenièvre avait souvent entendu les bardes chanter à son sujet. La Bretagne n’avait jamais connu d’époque aussi prospère que sous son règne. Le royaume connaissait un véritable essor économique et une renaissance militaire inégalée; pourtant une peur sourde régnait sur Logres depuis des années parce que son roi était tout bonnement imprévisible.

 Ils l’appelaient Arthur l’Instable.

Capable de promettre clémence à ses prisonniers de guerre un jour et laisser leurs cadavres embrochés pourrir sur les remparts du château le lendemain. Un roi qui riait de voir ses victimes lui demander miséricorde mais qui punissait brutalement l’esclavage d’enfants.

Seulement, avec Guenièvre dans les bras et le sourire abominablement tendre qui lui étirait le visage, personne n’aurait pu se douter de sa nature meurtrière. Arthur laissa glisser sa main contre son bas-ventre, il était encore plat mais le souverain imaginait déjà les coups qu’il sentirait sous ses doigts d’ici quelques mois.              

« Vous êtes mienne maintenant, incontestablement et irrévocablement mienne. C’est la seule chose que vous avez besoin de savoir. »

Il y avait dans la voix du roi quelque chose de sombre et dangereux. Une possessivité nouvelle et effrayante. La main de Guenièvre descendit tout même rejoindre celle d’Arthur contre son ventre. Une larme roula sur sa joue.

Dément, sadique ou vicieux, il restait le père de son enfant. Il restait l’homme qui la protégerait. Il restait l’homme qu’elle n’arrivait plus à quitter.

Elle n’avait plus le choix maintenant.

Notes:

Venez papoter avec moi sur tumblr ♡ : @elcoco005

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