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James et Sirius aiment enfreindre les règles. Délaisser les protocoles, les chemises à cols serrées, pouvoir s'asseoir sans en endurer chaque secondes : c’est vraiment le paradis, et bien sûr si cela peut déranger Walburge Black, c’est un plus non négligeable. Tous deux prendraient toutes opportunités se présentant à eux rien que pour le plaisir de voir l’air pincée de Lady Black lorsqu’elle sait que Sirius a disparu, Dieu seul sait où, mais qu’elle n’a aucune preuve pour le confronter; ou du moins pas tant que Lord Black serra dans les parages.
Il s’avère qu’avec le temps, et les années de pratique, James et Sirius connaissaient tous les rouages d’une telle entreprise qu’est de sortir sans se faire remarquer. Les vêtements à porter, les postures à adopter et les portes à emprunter sont maintenant devenues des quasi-automatismes. De plus, les deux meilleurs amis connaissent chaque recoins de la ville de Londres et profitent bien de tout ce qu’elle a à offrir. Les fruits interdits sont toujours des plus délicieux. Mais rien ne l’est plus que cette soirée du mois de mars de l’an de grâce 1827.
Ce soir-là, nos deux protagonistes sortaient, comme à leur habitude, par la porte des cuisines lorsque le souper était terminé et que les domestiques avaient fini leur service. James attendant déjà Sirius dans les jardins, près d’un buisson d’hortensia fort bien taillé d’où seules les fleurs osaient dépasser. A eux deux, il n’ont aucun mal à surveiller leurs arrière et leurs avant. Rappelons, si vous le permettez, que les deux jeunes hommes n’en sont pas à leur coup d’essai. Une fois sortis du domaine, ils firent leur bout de chemin vers les quartiers moins aisés de la capitale où l’ambiance régnait toujours à la faveur de la nuit.
Ils furent tous deux troublés lorsque arrivée devant leur taverne habituelle, ils trouvèrent la porte fermée et les lumières éteintes. Leur étonnement ne dura bien longtemps puisque seulement quelques minutes plus tard, ils aperçurent une affiche de mauvaise facture presque totalement arrachée par les intempéries du début de semaine collé au mur du bâtiment d’en face. En effet, il se trouve qu’un autre bar nommé Des lys et des soucis organisait une petite soirée événementielle pour célébrer les 50 ans de l’ouverture de l’établissement. Sans même avoir besoin de parler, seulement après un regard les voilà qui tous deux progressent vers le fameux Des lys et des soucis.
Il ne faut pas beaucoup de temps de marche aux jeunes hommes pour apercevoir à l’horizon une lumière orangé et une musique rythmée filtrée par un assortiment de fenêtres en bois foncés. Ils entrèrent et tout de suite furent plongés dans l’ambiance joviale de la taverne. Une jeune demoiselle toute en rondeur et à la chevelure rousse aussi vive que les flammes d’un feu, était derrière le bar à essuyer un verre, un torchon à la main. Elle chantait clairement et avec puissance une chanson qu’il se faisait légende dans les campagnes de ce pays : Soldat, Poète et Roi.
Pour l’accompagner, les claquement de bottes sur le plancher et les claquement de mains en guise de percussions mais surtout un ravissant air de violon. Un air avec plus de caractère que tout ce que Walburga Black avait tenté d’inculquer de force à Sirius. Un air de caractère joué par un homme à la peau couverte de tache de rousseur et de grains de beauté. Un homme grand, un peu chétif mais d’une beauté brute peu commune que Sirius n’a jamais ne serait ce qu'aperçu dans une salle de bal ou à une réception protocolaire tenue par sa mère.
C’est un vrai spectacle et nos deux protagonistes ne vont pas se priver pour un sous. Dans l’ignorance de l’autre, chacun observe sa moitié du duo avec attention et participe activement aux percussions. Aucun mouvement et tour de la rousse n’échappa à James. Ses yeux brillaient à la vue du sourire de la femme. N’importe quel idiot saurais instantanément les sentiment qu’elle évoquait à James juste en le regardant un bref instant. De son côté Sirius était dans une position similaire. Bien que plus composé, il était remarquable qu’il n’avait pas quitté le violoniste des yeux depuis leur entrée. Particulièrement, il observait intensément la cicatrice du dessus de la lèvres en se demandant si un creux se ressentait au contact.
« Oh lei, oh lai, oh lei, oh lai ; Oooh oh !»
Les applaudissements tonnèrent plus fort encore que les claquement d’accompagnement. On entendit même quelques sifflements devant une telle performance. Le volume baissa et les discussions éclatèrent. Une jeune serveuse à la carnation foncée les remarqua et vint à eux en quelques instants
« - Bonsoir, veuillez-nous excusez de l’attente. Je ne vous ai pas vue arriver en pleine performance. Les serveuses doivent faire participer le public. Mais assez de technicité. Que puis-je vous servir messieurs ?
- Ne vous en faites pas eum… Dorcas ? Je prendrais une bière.
- C’est cela donc une bière pour monsieur et-
- James, je suis pas encore assez vieux pour qu’on m’appelle monsieur dans un pub.
- Comme vous voudrez. Donc une bière pour James, et pour vous ?
- Sirius, et je prendrais un whisky s’il vous plaît Dorcas, merci.
- C’est noté, on vous apporte ça sans plus tarder. »
Effectivement, ils n’eurent pas à attendre longtemps puisqu’après une conversation entre Dorcas et la demoiselle Rousse, deux minutes plus tard, et la voilà qui venait leur apporter leurs boissons, pour le plus grand plaisir de James.
« - Bonsoir, voici vos boissons avec les excuses de la maison.
- Comme j’ai dit à Dorcas, ce n’est rien. Votre performance en valait largement le coup.
- Je vous remercie James mais la flatterie ne vous mènera nulle part.
- Ouh Jamie… ça doit faire mal ça.
- Oh je t’en prie Sirius la ferme. Puis-je au moins avoir votre nom mademoiselle ?
Elle eut un temps d’arrêt et fixa James quelques instants avant de répondre. Les yeux brillant, un léger sourire en coin et un rire dans la voix.
- Lily.
- Ravissant.
- Si non, vous êtes pas du coin, je me trompe ?
- Eum… nous sommes des habitués de Boris.
- C’est pas ce que je voulais dire. Vous ne vivez pas dans le quartier.
- … cela se voit tant ?
- Et pas qu'un peu. Vous venez d'où au juste ?
- Oh euh-
- On vient de pas trop loin. Le village de l’autre côté de la rivière.
- Ah ouais ? Vous n’avez pas l'accent.
- On nous le dit souvent !
- Ouais. Il s'avère que les origines sont plus fortes.
- Uhm ?
- Nos parents à tous deux viennent d'ici. Même s'ils sont partis chercher du travail ailleurs. On a gardé l’accent et le vocabulaire des paternels malgré qu’on soit immergé dans la langue d’ici.
- Si vous le dites. »
Sur ce, elle repartit derrière le contoire. Elle discuta avec Dorcas, les clients assis sur les tabourets, donna un pichet de vins allongé à une serveuse blonde, la coupant dans sa discussion avec Dorcas, avant de s'asseoir à son tour. James cessa de la regarder bien avant tout cela, devant son refus plus que clair; il resta à sa place et se concentra sur une discussion sans intérêt avec Sirius. Sirius se prêta à sa tentative de distraction et plaina sans limites sur ses cours de piano sans fin.
(Il ne l'admettra jamais à voix haute mais remercie les dieux tous les jours que sa mère ait abandonné le violon et l’ait mis au piano. C’était bien plus facile et il aimait bien mieux le son de l’instrument. Il n’admettra jamais non plus à quel point cela le touche lorsque Walburga souligne qu’il a échoué là où, “merci au ciel” Regulus excelle.)
Le duo de jeune homme avait donc laissé tout leur intérêt se détourner du duo d’artiste et on donc manquer le lever de l’homme mais surtout la conversation qui précéda cela. Il s’avère que Lily, femme observatrice et intelligente qu’elle était, remarqua les tournures de phrase bien trop distingué pour des habitants de de l’autre coté du pond et de ce fait partagea ses craintes avec Remus, le violoniste.
A vrai dire, James et Sirius ne sauront jamais d'à quel point elle les trouvait louche jusqu’au moment où ils virent, pour le plus grand bonheur de Sirius, Remus approché à grande enjambée. Avec un sourire doux et une fermeté dans la voix il vira les deux hommes du pub sans plus de cérémonie. Il n’appréciait pas ceux qui ont une fâcheuse tendance à mentir mais par-dessus tout, il ne tolérait pas que les serveuses ou Lily soit mal à l’aise à cause d’homme. Qu’ils aient été publiquement indécents envers elle ou pas, ce n'est pas l’établissement de Lily qui privilégierait le bonheur répugnant d’un vieil homme bedonnant contre celui de ses amies et serveuses. Même si ici ce n’était pas ce qui se passait, le sentiment reste le même.
***
« - Je sais pas ce qu’on a fait. Et je sais pas si je dois être triste qu’il m’est viré ou si je dois être heureux qu’il m'ait adressé la parole, même si c’était justement pour me virer.
- Moi au moins j’ai eu un nom.
- La ferme James. »
