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Sur le sable, six empreintes

Summary:

Fix-it fanfic !

Yuki vit, et tout change. La gibson rouge sert de lien ; les yeux bleus d'Uenoyama s'immiscent dans le duo, Mafuyu aime, oscille, les trois se perdent, se trouvent, s'emmêlent, en équilibre.
La fic est bancale, mais sincère : guérison, vulnérabilité et énormes couches de tendresse. Et aussi, un peu de sexe.

– Je lui dis oui ? demanda Yuki.
Ritsuka eut un sourire sauvage.
– C’est Mafuyu. Tu as cru que tu avais le choix ?

Notes:

**Les 15 chapitres sont déjà écrits, ils seront publiés un par jour depuis aujourd'hui 10 octobre, jusqu'au 25 octobre. La publication est programmée, donc pas de panique, ce ne sera pas interrompu.**

C’est une fanfic bancale, mais sincère.

La première fois que j’ai plongé dans Given, je n’ai pas eu besoin d’écrire de fanfic. En effet, j’écris généralement des fanfics de résilience sur les arcs d’attachement, autrement dit des fix-it. Et certes, Yuki manquait, mais Natzuki Kizu avait fait brillamment le travail de deuil et de résilience pour Mafuyu. Je n’avais pas besoin d’y revenir. S’il y avait un endroit où j’aurais pu écrire, c’était autour d’Ugetsu ; mais même si j’aimerais plus de clotures et de redémarrages pour lui, Kizu lui a mis des fils de résilience qui me suffisent (l’amitié avec Mafuyu, notamment).

Et puis Hiiragi mix est sorti au Japon (et pas chez nous). Niveau élevé de frustration, et la frustration en soit, c’est assez trigger, chez moi. Mais bon, ça allait encore, j’ai relu les scans et pris mon mal en patience. Puis Umi e (raaaah, toujours pas chez nous). En France, sans piratage, on n’a eu accès qu’aux chansons.

La première qui est paru (avec la traduction) est Yuigon, de Centimillimental, que vous pouvez retrouver ici si besoin : Yuigon avec paroles en anglais

Et là, je suis tombée, sévère. Lourd déclencheur de pensées suicidaires + de perte – que le manga en lui-même ne provoquait pas.
En suivant, on a eu Umi e, qui était davantage dans la ligne de traitement relationnel de Kizu, je trouve, et que vous pouvez voir ici : Umi e avec paroles en anglais

Du coup, bah, une fois tombée, j’ai le choix : je crée un visuel ou j’écris une fanfic.

J'ai écrit une fanfic.

Bonne lecture !
Si vous aimez, abonnez-vous (au compte, encore mieux qu'à la fic), et recommandez-là ! Merci !

(See the end of the work for more notes.)

Chapter 1: Supérette

Chapter Text

Le monde, généralement, s’arrêtait à ses piercings, ses cheveux courts et teints, et ses yeux aux pupilles étroites, pour conclure qu’il était, au mieux, une brute, et au pire, un délinquant. On lui prêtait naturellement une fréquentation intime de l’alcool, l’errance et la violence – et il fallait bien l’admettre, ce n’était pas tout à fait faux. De l’autre côté du regard que le monde posait sur lui, pourtant, Akihiko, lui, avait accumulé une expérience des âmes qui échappait totalement à celles et ceux qui s’arrêtaient à ses piercings. Et particulièrement, des âmes tendues par la douleur. Peut-être parce qu’il n’avait pas envie de se pencher sur ses propres abysses, ou peut-être parce que la vie lui avait offert moins de répits, il était convaincu d’avoir acquis cette perspicacité à force de côtoyer Ugetsu. Pourtant, si l’on avait consulté ce dernier, il aurait été plus que probable qu’il hurle de frustration devant l’aveuglement d’Akihiko sur sa propre sensibilité innée.

Quoiqu’il en soit, en ce soir d’hiver sur Tokyo, malgré sa sensibilité dissimulée derrière sa lèvre percée et son regard dur, Akihiko savait.
Il savait, un, que la violence née du désespoir a une saveur particulière, distincte de celle qui nait de la colère, de l’humiliation ou de l’écrasement. Elle est plus sourde, plus écrasante. Deux : qu’elle n’interdit pas la coexistence avec la lumière – et notamment avec celle qui se glissait dans le fredonnement que le client tardif avait sur les lèvres, alors qu’il titubait entre les rayons de la supérette. Trois : que les êtres qui font coexister l’abysse avec la lumière prennent le thé avec l’idée de la mort un peu trop souvent. Par-dessus tout, il savait reconnaitre cette violence dans le regard d’un autre.

Peut-être était le fredonnement, justement, qui avait attiré son attention sur l’ivrogne. Trop jeune pour être dans un tel état, trop flamboyant pour l’éviter, évidemment, songeait-il en détaillant l’inconnu. Cheveux décolorés, fous, trois piercings à l’oreille et la musique aux lèvres même salement bourré : l’étui à guitare à son épaule faisait sens. Un lycéen cuité, shooté aux harmoniques, dans une supérette à une heure où les gens bien élevés dorment depuis longtemps ? Pas bon signe. Ceux qui s’enivraient après un concert le faisaient à plusieurs, pas solo, et pas dans ce quartier. Et ce regard… Ah. Il était perdu au rayon des bières.

– Oy ! Toi ! T’as assez bu, non ? Les mineurs ne peuvent pas acheter d’alcool, ici, tu le sais ?

Au moins, Akihiko était content d’avoir réexpédié Uenoyama dans ses pénates, malgré les éclairs que lui avaient lancés les yeux bleus : « l’ouverture de nuit du samedi, c’est pas pour les lycéens, Uecchi ! Tu te feras de la thune un autre jour. »
Le type aux cheveux blond cendré leva sur lui un regard innocent accompagné d’une moue, avant de se fendre d’un sourire de racaille qu’Akihiko ne connaissait que trop bien. Il leva les yeux au ciel – si le gamin avait plus de seize ans, il voulait bien retenter un concours de violon.

– Pas les bières… Ramen. J’veux des raaaaaamens ! Mafuyu… l'aime pas la musique, mais les ramens, ça va.

Il avait la voix pâteuse et butait sur les mots. Puis il se mit à déblatérer, à moitié cohérent, sur ce Mafuyu, qui était une tête de mule tout court, mais particulièrement quand on en venait à la musique, mais quand même quand ils baisaient c’était bien. Et puis il l’aimait. Et il préférait les ramens crevettes, alors que lui, Yuki, curry. On nageait en plein drama d’adolescents en crise existentielle. Avec une moue, Akihiko lui indiqua la direction du rayon des ramens, mais l’autre ne bougea pas d’un poil. Après six répétitions, il laissa échapper un long soupir et se décida à le pousser d’une main aussi ferme que désabusée jusqu’à la section des ramens, tout en insultant son patron, les lycéens de nos jours et le tarif de la location du studio présentement responsable de sa bien trop grande proximité avec la vie sexuelle et affective de Yuki, guitariste de seize ans, homo, amoureux et paumé, amateur de ramens curry et bavard sous l’effet de l’alcool.

Arrivé dans le rayon, l’adolescent attrapa une boite de ramens crevettes, puis, au lieu de se diriger vers la caisse, s’assit au milieu de l’allée, baissa la tête et se mit à marmonner des phrases incompréhensibles, à moitié en anglais. Akihiko soupira lourdement et s’accroupit à côté de lui. S’il n’avait pas été le seul employé pour cet horaire de service nocturne, il ne faisait guère de doute qu’un appel à la police locale aurait déjà été passé pour tenter de retrouver les tuteurs de ce bambin.
Il aurait pu se contenter de l’ignorer aussi. Ou des apparences, lui aussi, pour une fois. Un ado ivre, assis par terre, conversant avec un paquet de ramens : aussi mal vu cela fut-il, le monde en avait vu bien d’autres. Il aurait dû se contenter, peut-être, d’espérer que l’estomac probablement au bord des lèvres du musicien éclaté ne se vide pas sur le sol de la supérette. Mais il choisit de soulever une mèche des cheveux cendrés. La noirceur du nuage qui s’était soudainement abattu sur le musicien tapageur le fit déglutir. Combien de fois l’avait-il vu s’abattre sur Ugetsu, ce nuage ? Ah, les génies torturés de la musique…

– Oy… reste pas là, gamin. T’aimes la musique et t’es amoureux – si ton mec te dit qu’il la déteste, c’est que t’es passé à côté de quelque chose. Et ce qui est sûr, c’est que tu vas pas trouver la réponse le cul par terre au milieu de la nuit dans ma supérette. Allez bouge !

L’autre lui jeta un regard noir, sans lever le petit orteil. Akihiko soupira.

– J’dois choisir ? Hein ? demanda l’adolescent avec un sourire dont le sarcasme se brisa soudain sur l’amertume de son ivresse.

Il eut un haut-le-cœur et contempla le rayon d’un air étonné.

– Pourquoi elles tournent comme ça, les boites ? J’peux pas choisir. J’peux pas choisir ! C’est pas possible, tu vois ?
– Ah.

Akihiko ne savait plus bien si l’inconnu parlait des boites de nouilles que sa nausée faisait tanguer ou de son dilemme musical, mais il eut un élan de compassion ; si elle concernait la musique, cette question-là ne tolérait pas de réponse extérieure, il était bien placé pour le savoir.

– J’l’aime, mais ça suffit pas, hein ? Hein ? ça suffit pas… Il m’a dit « Tu te tuerais pour moi ? » ! Comme ça, t’imagines ? – il se mit à rire. Il est con Mafuyu. L’est con. Mais je l’aime. Ramens crevettes pour mon prince, ahaha ! curry c’est meilleur. Mais pourquoi pas ? Hein, pourquoi pas ? Je me tue, et après, je lui écris une chanson. LA chanson. La chanson parfaite, tu vois ? La sienne. Celle que je lis dans ses yeux quand y regarde l’océan ou quand y jouit. Ahaha ! J’te choque ? T’as d’jà baisé un mec ? Il est beau quand il jouit, tu me crois ? Et après, il la chanterait, ma chanson, nan ? Hein, le percé, t’en penses quoi ? T’es musicien aussi, nan ? Et pédé…

Akihiko imagina deux secondes avec un certain bonheur lui coller son poing sur le nez pour lui remettre les idées en place, mais se retint avec une modération qu’Haruki aurait certainement applaudie. Il claqua simplement la langue et se releva.

– T’as vraiment trop bu, toi.

Il tendit la main au jeune et le remit sur pieds.

– Allez, prends tes ramens, rentre chez toi, mange et dors, ça ira mieux demain. Et vois ton copain. Parle-lui ! Je t’attends en caisse.

Il regagna le comptoir d’accueil. Le blondinet prit encore quelques minutes, mais finit par le rejoindre avec pas moins de douze paquets de ramens dans les bras en se cognant trois fois contre des bords d’étagères sur son chemin. Il paya avec une grimace, en se frottant le bras endolori. Akihiko eut un sourire : les douze emballages affichaient « crevette », en gros. Il les lui rangea dans un sac en commentant, sarcastique :

– Et ben… L’inspi par les ramens crevettes, j’y avais pas pensé… Je sais pas pour ta chanson, Yuki, mais tu vas pas manquer de nouilles, au moins.
– D’main, indiqua l’adolescent en plaçant dramatiquement sa main sur son cœur, avec un hoquet qui fit redouter à Akihiko qu’il ne dégueule tout son alcool sur le tapis de caisse. J’me pends d’abord, demain j’finis c’te p’tain de chanson. T’verras, ça sera du bon !

Et il se mit à fredonner. Akihiko le regarda se manger la porte en verre en se trompant de montant, reculer en lorgnant le détecteur d’un air revanchard, puis s’éloigner dans la nuit.