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A pattes de velours

Summary:

Les hybrides sont une catégorie de la population dont personne ne se préoccupe vraiment. Les disparitions sont courantes et celles-ci ne sont jamais alarmantes pour les forces de l'ordre. Et il y en a beaucoup. Sunhi en fait partie. Dans des circonstances qu'elle n'a pas le temps de réaliser, elle se retrouve à errer dans Séoul dans le but de rentrer chez elle sans se faire repérer. Ce soir-là comme tous les autres depuis trop de temps, la faim lui tord l'estomac. Elle n'a pas le choix que de voler, mais elle ne peut pas s'y résoudre. L'angoisse de se faire attraper est trop forte. La chance lui sourit quand deux hommes l'invitent à partager leur repas. Si elle accepte ? Oui. Sauf qu'elle n'avait pas prévu de se retrouver au milieu d'un salon, entourée de plus de personnes que prévue. Et elle doit absolument restée cachée.

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Chapter 1

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Chapter Text

Il y avait encore beaucoup de monde dans les rues. Sunhi devrait passer inaperçue. Il n'y avait pas qu'elle qui s'était couvert la tête, et encore moins la seule qui portait un masque. Seulement, la plupart n'avait pas les mains plantées dans les poches d'une veste aussi large. Qui ne l'était pas tant pour quiconque la remarquerait, parce qu'ils ne la remarquerait pas; ce n'était qu'une veste basique. Elle croyait son inconfort visible, elle en était tellement persuadée qu'elle s'attendait à ce que quelqu'un ne l'arrête et l'accuse de vol. Mais si personne ne la regardait, alors personne ne remarquerait jamais rien. Et personne, effectivement, ne s'intéressait à elle. Qui poserait les yeux sur une citoyenne aussi lambda qu'elle ? S'ils savaient.

Elle bifurqua soudainement dans une ruelle, qu'elle traversa rapidement pour déboucher sur une autre rue aussi large que la précédente, et continua à remonter. Elle se faisait violence pour ne pas se retourner et regarder de chaque côté tous les cinq pas. Ne pas paraître plus suspecte qu'elle ne l'était déjà. Voilà son objectif. Et s'échapper de cette ville dangereuse. Surtout. Avant tout. Jusque là, tout allait bien. Étonnamment bien. Étrangement bien. Les sens exacerbés par sa méfiance, elle était à fleur de peau, et le danger n'en était que plus grand. Autant qu'elle souhait qu'on la regarde suffisamment pour être une des nombreuses personnes que l'on voit et oublie aussitôt, elle priait pour que personne ne lui adresse la parole. Parce qu'elle ignorait quelle serait sa réaction. Sûrement mauvaise et tellement révélatrice qu'arborer une cible lumineuse sur la poitrine serait plus discret.

Au carrefour sur lequel elle déboucha, la fuyarde continua tout droit, principalement parce que la rue était bien plus fréquentée que les autres. Peut-être qu'elle parviendrait plus facilement à se trouver de quoi manger, ce soir. Sinon, elle devrait se contenter d'un endroit sécurisé pour le reste de la nuit, mais elle avait encore un peu de temps devant elle. Seulement, il n'y avait que des restaurants et des fast food, qu'elle ne pouvait pas discrètement dérober. Les quelques supérettes sur son chemin lui semblaient trop exposées, trop dangereuses pour elle. Et pourtant, celle devant laquelle elle s'arrêta lui donnait vraiment envie. Une fille et un garçon finissaient des ramyeons à une table en riant. L'odeur que dégageait leur repas lui donnait encore plus faim. Peut-être qu'elle pourrait subtiliser un petit quelque chose, histoire de ne pas avoir à dormir le ventre vide ? Bon, elle pouvait essayer. Elle y était déjà arrivé, elle pouvait le refaire. Ça serait facile.

Elle s'avança jusqu'à la porte ouverte, sans parvenir à se fustiger sur la démarche étrange qu'elle devait avoir. Mais au moment où elle s'appétait à rentrer, deux personnes, des garçons en vue de leur stature, sortirent. Elle voulu faire faire volte-face pour les éviter et partir, mais elle trébucha sur le pied de la table mobile et tomba au sol sur les fesses. Elle gémit de douleur et regarda ses mains égratignées qu'elle essuya en douceur. Presque en même temps, une main se présenta, et une voix s'enquit :

— Vous allez bien ?

Elle leva la tête vers la personne, dont elle ne vit que ses yeux, son nez et sa bouche étant cachés derrière un masque noir. Elle toisa la main qui lui était tendue, mais ne la saisit pas. Jamais elle ne le ferait. Elle se releva seule, s'éloigna d'un pas et s'inclina. Elle entendit des rires discrets, qui provenaient des deux personnes assises non loin. Elle se mordit les lèvres, se força à prononcer des excuses qui se révélèrent à peines audibles, et elle fit volte face en enfonçant sa tête dans sa capuche. Elle devait partir. Vite. Il ne fallait pas qu'ils remarquent quoi que ce soit. Mais le fumet absolument délectable qui enveloppait le garçon... Ne pas y penser ! Elle ne pouvait pas rester ! Elle pouvait juste se cacher et revenir une fois qu'ils seraient partis. Elle avait encore un peu de temps. Mais après, elle devrait trouver un endroit sécurisé pour dormir.

Dès qu'elle le pu, elle s'enfonça dans une ruelle et se plaqua au mur. Il lui fallait juste attendre, sans paraître louche. Il n'y avait personne, et pas d'illumination. Elle serait tranquille. Dans peu de temps, elle pourrait chaparder quelque chose. Pas du poulet, évidemment, même si l'odeur qu'elle sentait encore la faisait presque saliver. Elle n'en avait pas mangé depuis si longtemps... Quand elle rentrerait, elle se ferait un plaisir d'en déguster.

Jugeant qu'elle avait suffisamment patienté, elle se risqua à jeter un coup d'œil. La panique irradia dans ses veines aussi rapidement que le frisson qui descendit le long de sa colonne vertébrale. Ils la regardaient. Comme une bête étrange. Comme un sujet de test. Leurs yeux perçaient ses vêtements, sa peau, ses os. Ils voyaient tout d'elle, toute sa vie, tous ses secrets, toutes ses peurs. Elle n'avait rien fait, elle n'était pas différente, il n'y avait pas que cela qui comptait. Il n'y avait...

— Tu veux venir t'asseoir ?

Comme pour appuyer sa proposition, il s'assit. Les pensées de la fuyarde se turent pour ne laisser que l'incompréhension. Était-ce à elle qu'il parlait ? Elle regarda aux alentours, mais personne ne leur prêtait attention. Les deux autres amis s'éloignaient dans la direction opposée à la sienne sans se retourner. Si ce n'était pas eux qu'ils parlaient, alors à qui ?

Et soudain, l'illumination.

Elle se pointa finalement du doigt, circonspecte. Un ricanement amusé puis un hochement de tête lui répondirent. Est-ce qu'il se moquait d'elle ? Pourquoi l'inviter, alors ? Pour l'humilier encore plus ? Mais dans ce cas, comment faisait-il pour cacher son animosité ? Elle les voyait à peine, mais pourquoi ne lisait-elle pas le moindre mépris dans ses yeux ? Rien dans sa posture décontractée n'indiquait qu'il se tenait prêt à bousculer sa chaise ou physiquement l'attaquer. Alors pourquoi avait-il rit ? Était-ce une nouvelle tactique ? Avait-il la capacité de cacher ses intentions ? Et son camarade ? Son camarade... était assis, lui aussi, les avant-bras croisés, et ses mains accrochées à ses manches. Lui non plus, ne semblait pas se préparer à lui faire quoi que ce soit. Peut-être que lui aussi savait dissimuler ? Impossible. L'un de des deux allait sûrement se trahir.

Mais peut-être qu'ils ne voulaient rien d'elle ? Peut-être voulaient-ils seulement... seulement s'asseoir, et discuter ?

Était-ce seulement possible ? Personne encore n'avait semblé si... inoffensif, avec elle. Pouvait-elle vraiment baisser sa garde ? Était-ce vraiment prudent ? Elle n'en était pas sûre, mais elle en avait de plus en plus envie. Elle hésitait. Elle hésitait vraiment. Elle considérait de plus en plus d'accepter. S'ils lui avaient voulu du mal, ils ne lui proposeraient pas de s'asseoir avec eux. Ils ne savaient rien. Ils n'étaient pas un danger. Pas encore. Alors peut-être que juste cette fois, seulement cette fois, elle pouvait faire confiance à quelqu'un. S'autoriser une petite pause. Peut-être qu'elle pourrait cesser de fuir l'espace de quelques instants. Manger un bout pour reprendre des forces.

Alors, bien que toujours méfiante, et sans les quitter des yeux, elle s'approcha, puis vint s'asseoir en face de celui qui lui avait adressé la parole. L'autre était à sa droite; il ne pourrait pas entraver son chemin si elle décidait de s'enfuir. Mais tout allait bien se passer, elle n'aurait pas besoin de partir. Bien sûr qu'elle n'aurait pas besoin de partir.

— Tu as faim ?
— Huh ?

Elle pinça les lèvres. Elle n'avait pas pu s'en empêcher. Elle n'avait pas prévu d'ouvrir la bouche. Ils ne l'avaient probablement pas entendues, à cause de son masque. Mais la demande l'avait vraiment surprise. Oui, elle avait faim. Elle mourrait de faim, même. Mais elle ne pouvait pas se le permettre. C'était trop louche. Personne ne partageait sa nourriture avec des inconnus, et encore moins celle qu'ils venaient tout juste d'acheter avec une personne tout juste rencontrée.

Pourtant, il poussa une des boîtes à l'exquise odeur vers elle. Elle loucha dessus aussitôt, avant de se forcer à détourner les yeux. Son ventre grommela furieusement, lui faisant baisser honteusement la tête.

— Sers toi, l'encouragea l'autre.
— Vous êtes sûr ? osa-t-elle enfin demander.
— Mais oui ! Allez, ça se voit que tu en as envie.

Elle voulut répliquer qu'elle n'était pas si désespérée que ça, mais en vérité, si, elle l'était. Et en plus de ne pas vouloir risquer qu'ils changent d'avis, ce ne serait pas très correcte de se montrer butée alors qu'ils faisaient preuve de gentillesse. Elle les remercia donc et sans vraiment les quitter des yeux, elle ouvrit la boîte et plongea sa main à l'intérieur. Elle en tira un petit pilon de poulet qui avait l'air si bien pané, si croustillant et si savoureux qu'elle y croyait à peine. Elle l'engloutit plus vite qu'elle ne l'aurait voulu, mais les saveurs qui explosèrent dans sa bouche la firent presque pleurer. Elle n'avait rien mangé d'aussi bon depuis une éternité.

Elle ne remarqua pas le regard que les deux hommes échangèrent. Ils abaissèrent leur masque, et celui qui s'était installé en face de la demoiselle rejeta sa capuche pour recoiffer quelques mèches brunes.

— Comment tu t'appelles ?

Elle releva vivement les yeux, resta immobile quelques secondes avant d'avaler ce qu'elle avait dans la bouche. Elle sentit la panique revenir, et la méfiance se répandre dans ses veines comme du poison. Pourquoi voulaient-ils le savoir ? Pour la rapporter aux autorité ? Attends. Ne serait-il justement pas plus prudent de le leur dire ? N'y aurait-il pas plus davantage à paraître confiante pour endormir tout soupçon ?

— Moi c'est Seungmin, continua le brun.
— Han Jisung, fit à son tour l'autre en détournant le regard.

Elle plissa les paupières.

Ses joues avaient l'air vraiment moelleuses.

— Sunhi... Wang Sunhi, répondit-elle enfin.

Ses épaules se relâchèrent d'elles-mêmes. Elle ne pensait pas que dire simplement son nom lui ferait un tel effet. C'était comme si elle... existait à nouveau? Wow, vraiment bizarre, ça. Elle n'allait tout de même pas pleurer ?

— Et qu'est-ce que tu fais dehors à cette heure ? s'enquit Jisung.

Il n'était pas si tard. Il y avait beaucoup de personnes encore dans les rues. Son comportement n'était pas du tout suspect.

— Tu as l'air perdue, précisa Seungmin, alors on se demandait si c'était juste nous ou...
— Je ne suis pas perdue ! Je... Je suis partie. Je me suis enfuie.

Pourquoi ? Pourquoi chercher autre chose alors qu'il lui avait donné un mensonge tout prêt et parfaitement crédible. Autant être la plus sincère, maintenant qu'elle était si bien partie.

— Mes... tuteurs sont violents, alors je suis partie. Je ne sais pas exactement par où je vais, mais je m'éloigne le plus possible. Je ne veux pas y retourner.
— Tu as un endroit où dormir ? De l'argent ?! s'écria Han en s'avançant brusquement. Tu veux venir dormir à la maison ? Juste pour que tu sois en sécu...
— Ji !

Sunhi recula et manqua de basculer en arrière. Elle regardait le jeune homme avec des yeux écarquillés. Elle n'était même plus méfiante, mais abasourdie. Elle en était presque sûre, ils ne lui voulaient aucun mal. Ils ne savaient rien. Sa proposition n'était pas là pour lui tendre un piège. Ils étaient vraiment concernés. Vraiment curieux.

— ... tu peux pas proposer ça comme ça ! Qu'est-ce que les autres vont dire ?! Et t'as pensé aux conséquences que ça pourrait avoir ? Et...
— C-C'est pas grave, vous savez... Je peux trouver quelque chose d'autre..., balbutia la demoiselle.
— Mais c'est pas la ques...
— C'est totalement la question ! Alors boucle là Min, l'interrompit Han en posant sa main sur sa bouche. Est-ce que tu as quelque part où aller ?

Elle secoua négativement la tête.

— Et tu n'as pas d'argent ?

Nouvel hochement.

— Bon. Les autres ne seront pas très contents, mais on ne peut pas te laisser comme ça, ni t'envoyer je ne sais où.
— Vous pouvez toujours me prêter un peu d'argent et je vous rembourserai...
— Et te laisser toute seule errer en ville ? Non. Tu viens dormir à la maison, et demain matin, on te dépose où tu veux. Sauf si vraiment ça te dérange. On est plutôt nombreux.

Elle avait cent raisons de refuser. Elle pouvait en inventer cent, plus exactement. Mais elle mourait d'envie d'accepter. Au diable la prudence et la méfiance. Il lui proposait un toit, la fin d'un repas, et une bonne nuit de repos. Elle serait folle de refuser. Et peut-être encore plus d'accepter. Mais elle était fatiguée de courir, de subir, de ne jamais récupérer suffisamment de ses nuits angoissées, et de recommencer le lendemain.

— S'il vous plaît, juste cette nuit.

Sunhi se leva de sa chaise et s'inclina profondément. Elle ne le vit pas, mais Jisung adressa un regard suppliant à son cadet. Seungmin ne pouvait pas refuser, et encore moins en connaissant la situation de celle qu'ils s'apprêtaient à aider.

— Ok, mais tu fais la vaisselle à ma place le reste de la semaine !
— Eh, ça se fait pas ! C'est même pas un service que je te demande !
— Tu me demandes mon avis, je te le donne, avec une contrepartie.
— T'es un escroc.

Sunhi s'était redressée depuis la première phrase et avait chipé une aile de poulet qu'elle dégustait en les regardant se chamailler. C'était déjà la deuxième fois en à peine cinq minutes. C'était amusant à voir.

Seungmin finit par mettre un terme à leur discussion inutile et se leva.

— Bon ! On y va ?

Notes:

Voici le début de la fin. Dans quoi je me suis engagée, sérieusement ;;
Non, vraiment, je suis contente d'avoir commencé ce projet qui me hante depuis loooooongtemps. Et ça fait vraiment un très long moment que je suis dessus et que je n'avance pas tant que ça parce que eh, vous savez, les projets, l'incapacité à écrire... Ouais, bon, j'ai pas d'excuse. J'espère que vous apprécierez cette histoire, et aussi Sunhi ! Je l'aime beaucoup et j'ai préparé beaucoup de choses pour elle ! J'ai très très hâte maintenant !