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Le briquet de mon cœur gelé

Summary:

Lors d'un voyage à Azgeda, Lexa se confronte à son passé et à la personne qu'elle a tant aimé. Pour la première fois, elle est prête à raconter son histoire, et qui de mieux que son bouffon pour l'écouter ?

English version 'The lighter of my frozen heart'

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

Jules était foutue. Du moins, c'est ce qu'elle pensait en regardant Clarke déplacer la moitié de ses Ecuyers vers les Archers de la voleuse cachés dans la forêt. 

"- Bon, alors maintenant...  réfléchit le docteur à haute voix. J'achète quatre Ninjas et deux Mousquetaires pour 2 500 pièces et -

- Non, attends, t'as pas le droit de faire ça ! protesta Jules. 

- Pourquoi ? J'ai assez d'or et d'espace pour les invoquer maintenant que tes Archers sont morts. 

- Peut-être, mais les Ninjas sont des unités de la Dynastie, alors que les Mousquetaires sont des Vikings. Tu ne peux pas invoquer des unités de deux époques séparées par genre 500 ans pendant le meme tour.

- Je peux si j'ai une Machine à remonter le temps sur mon banc. 

- La Machine à remonter le temps que ma Reine Pirate a bousillée il y a deux tours. 

- Ce qui serait un problème si je n'avais pas invoqué un Seigneur du Temps avant le troisième tour, ce qui me permet de conserver les effets passifs de mes constructions. 

- Un Seigneur du Temps ? 

- Le pion bleu avec une sorte de fez sur la tête." 

Clarke désigna une figurine aux traits effacés.

"- Ce n'est pas un Seigneur du Temps, c'est un Maître du Temps. 

- Ce n'est pas la même chose ?

- Je ne sais pas trop, laisse-moi regarder les règles... Seigneur du Temps, Seigneur du Temps, Seigneur du Temps..."

Jules parcourut les pages à la recherche de l'information qui lui permettrait de déterminer si elle allait perdre ou non, mais elle arriva à la fin du livret sans trouver la moindre mention du Seigneur du Temps.

"- À quelle page est-ce qu'ils parlent du Seigneur du Temps déjà ? Je ne le trouve pas. 

- Je l'ai lu dans la traduction espagnole, je crois qu'il manque une page dans la version française. Regarde 'Señor del Tiempo'.

- Je ne parle pas espagnol.

- Moi non plus. 

- Comment est-ce que tu as compris comment fonctionnait le Seigneur du Temps alors ?

- Je... balbutia Clarke. Avec le contexte."

Elle se foutait de sa gueule...

"- Tu inventes les règles au fur et à mesure ?

- On ne comprend même pas les règles en français !" répondit Clarke pour sa défense.

À sa décharge, elle n'avait pas tort. Les deux jeunes femmes avaient implicitement décidé d'attendre la fin de la réunion de Lexa dans sa chambre, et après une heure de lecture ennuyeuse, la voleuse s'était approchée de son amie pour regarder son dessin par-dessus son épaule. Consciente que Jules n'allait pas la laisser tranquille, Clarke avait laissé tomber son fusain et proposé de jouer à l'un des jeux de société de sa fiancée. Elles avaient choisi une jolie boîte remplie de pions et de plateaux de jeu, espérant se détendre avec un jeu tranquille, avant de se rendre compte qu'il s'agissait du jeu le plus compliqué auquel elles avaient jamais joué. Et pourtant, elles étaient toutes les deux fans de jeux tactiques, Jules sur écran et Clarke sur plateau ! 

"- Je ne te croyais pas du genre à tricher, Griff..., se plaignit Jules d'un ton faussement contrarié.

- Je serais une bien mauvaise tricheuse vu que tu es en train de gagner ? 

- Ah bon ? 

- Oui, tu as plus... Et moins... Ok j'avoue, je n'en ai aucune idée. On laisse tomber ? 

- Oui. Je vais ranger, tu peux retourner à ton dessin, je ne te dérangerai pas."

Clarke n'eut pas besoin qu'on le lui répète deux fois, elle quitta la table, s'allongea sur le fauteuil et reprit son travail en cours, calant son carnet de croquis du mieux qu'elle pouvait sur son attelle. Le manque de mémoire à court terme de Jules - ou sa paresse, à vous de choisir - frappa à nouveau et elle abandonna le plateau et les pièces éparpillées sur la table, plus intéressée par la lumière chaude qui filtrait à travers les rideaux de Lexa. C'était une nuit calme à Polis, la première depuis des jours. 

Près de deux semaines s'étaient écoulées depuis la fin des jeux et les fiançailles secrètes de Clexa (et le plus ou moins plan à trois de Clexules – et bon, d'accord, ce nom de couple était aussi moche qu'un Limonde, Jules jura qu'elle ne l'utiliserait plus jamais), mais les festivités avaient battu leur plein pendant plus d'une semaine avant que Jules puisse enfin dormir toute une nuit sans être réveillée par des cris d'ivrognes. À sa grande joie, le bruit constant, qui augmentait de façon exponentielle avec la consommation d'alcool par habitant, avait considérablement diminué après le départ des visiteurs de Delfikru, les principaux fournisseurs d'alcool fort de la Coalition, quelques jours auparavant. La plupart des touristes avaient fait de même, et il ne restait à Polis plus que les locaux et quelques âmes perdues qui avaient décidé de prolonger leur séjour. 

Parmi eux se trouvait Doc, qui avait proposé de donner des cours de médecine aux soigneurs désireux d'apprendre les connaissances et les pratiques médicales célestes, tandis qu'elle-même en apprendrait davantage sur les techniques terrestres impliquant des plantes et des algues dont elle n'avait jamais entendu parler. Du moins, c'était la raison officielle, car toute la côte est savait qu'elle voulait rester dans la capitale jusqu'à ce qu'elle soit sûre que l'épaule de Clarke soit complètement guérie.

Mais cela n'avait pas vraiment d'importance, la princesse du ciel était heureuse de passer du temps avec sa - parfois - maman ours, Jules était heureuse de voir son amie heureuse et appréciait suffisamment Doc pour partager quelques verres et repas avec elle, et Lexa, bien que certainement heureuse elle aussi de voir sa fiancée heureuse, s'en moquait un peu car elle quittait la ville le lendemain matin pour ramener les Azgédiens chez eux, à la demande de leur chef. Avec Jules, entre autres, ce qui expliquait sa présence dans la chambre.

"- Tu crois qu'elle va rester là-dedans encore longtemps ? demanda-t-elle en désignant d'un signe de tête la salle du trône où Lexa et Roan étaient en train de discuter.

- Probablement, une expédition à Azgeda nécessite beaucoup de préparation pour éviter tout incident diplomatique ou hypothermie. Tu peux te joindre à eux, tu sais.

- Comme si les rejoindre allait m'aider à moins m'ennuyer, répondit Jules avant de porter à ses lèvres un morceau de gâteau au citron laissé sur une commode. 

- Tu peux aussi aller te coucher, puisque tu as décidé d'être inutile de toute façon, dit Clarke d'un ton sec.

- Hé, tu n'as pas besoin d'être amère juste parce que tu ne peux pas venir avec nous, ce n'est pas ma faute si tu t'es cassée l'épaule.

- Désolée, je suis... La princesse du ciel se gratta les cheveux et étira le haut de son corps. ... frustrée. Tu n'y es pour rien.

- Pas grave. Tu sais, je doute que tu rates quoi que ce soit de passionnant, il n'y aura rien d'autre que de la neige, de la glace, du froid, du blanc, 'La reine Nia n'aurait jamais permis cela, tu es une honte Roan !', des cicatrices et encore plus de froid."

Clarke fronça les sourcils, comme si elle ne comprenait pas ce que Jules voulait dire, avant que son cerveau ne dissipe le malentendu.

"- Ce n'est pas à propos du voyage, honnêtement, je suis contente d'avoir une excuse pour ne pas y aller. C'est le dessin." 

Jules s'approcha de l'artiste et jeta un œil au croquis. Un magnifique oiseau au fusain, fait d'engrenages et de fils électriques, remplissait toute la feuille.

"- Quel est le problème ? Je sais que je n'ai pas ton œil pour le dessin, mais c'est un dessin super cool ! Pas ton style habituel, cela dit."

Le corbeau stylisé n'avait rien à voir avec les portraits, les paysages et les cartes détaillées que Clarke aimait immortaliser.

"- J'expérimente. Raven a parlé de se faire un tatouage la semaine dernière, j'ai pensé qu'elle aimerait peut-être ce genre de dessin.

- Ça lui irait très bien. Tu vas lui montrer quand elle reviendra d'Arkadia ?"

Si Raven avait décidé de rester à Polis pendant un certain temps, Jules était persuadée qu'elle préférerait perdre ses deux jambes plutôt que de rester les bras croisés. Et comme le projet de 'retour dans l'espace à des fins touristiques' n'était pour l'instant qu'un rêve lointain, la mécanicienne avait décidé qu'en attendant, elle allait équiper toutes les grandes villes qui le souhaitaient en eau courante et en électricité, à commencer par la capitale. Avec la bénédiction de Lexa et du Chancelier, elle était partie pour Arkadia quelques jours plus tôt, afin de récupérer des panneaux solaires et d'autres composants inutiles de l'Arche, puisque la station n'avait plus besoin d'autant d'équipement maintenant qu'elle n'était plus en orbite. Le voyage avait également pour but de recruter des mécaniciens et des ingénieurs à la recherche de trucs à construire afin de lancer le projet, tandis que Raven et Sinclair superviseraient et formeraient les personnes désireuses d'apprendre.

Lorsque Lexa eut expliqué le plan aux habitants de Polis, afin de solliciter leur aide et surtout de les rassurer sur le fait qu'ils n'avaient rien à craindre de l'arrivée de dizaines de Skaikru armés de perceuses et de soudeuses, un nombre important de Natifs avaient exprimé leur désir de rejoindre les cours des deux mécanos puis de prêter main forte, tandis que d'autres s'étaient mis en tête de construire tout un quartier supplémentaire à Polis pour les Skaikru. Un groupe de Natifs plus âgés avait même proposé d'enseigner les coutumes et traditions de leur culture aux gens du ciel. Bien sûr, Lexa, dont l'objectif principal depuis la chute de la montagne était de voir tous les peuples s'entendre, avait applaudi cette initiative et demandé à transformer la troisième trésorerie en école afin de réunir tous ces enseignants en herbe.

Selon le Chancelier, maintenant que la paix était rétablie, les habitants du ciel avaient désespérément besoin de s'occuper et de plus en plus d'Arkadiens demandaient des accréditations pour découvrir tout ce que la Terre avait à offrir. Ce projet était une aubaine pour tout le monde. Une fois Raven revenue, Clarke savait qu'en tant qu'ambassadrice, elle allait être submergée de travail pendant un bon moment. C'est pourquoi elle profitait du peu de temps libre qui lui restait pour se consacrer à sa passion.

"- Si je suis satisfaite du résultat, oui, je lui montrerai. Le mot clé étant 'si'.

- Qu'est-ce qui ne va pas *tousse tousse* ?"

Jules s'étouffa avec sa deuxième part de gâteau.

"- Il manque de détails et de finesse. Je sais que je peux faire beaucoup mieux que ça, mais mon épaule me fait trop mal quand j'essaie d'être plus précise.

- Même si tu utilises ta main gauche ?

- Oui, probablement parce que j'ai une mauvaise position ou quelque chose comme ça.

- C'est ton expertise médicale ? Une mauvaise position ou quelque chose comme ça ?

- Tu es vraiment sûre de ne pas vouloir aller dormir ? la taquina Clarke avec un sourire.

- Je dois passer par la salle du trône pour aller dans ma chambre.

- Depuis quand ça te gène d'interrompre ?

- C'est tellement gênant quand il s'agit de réunions politiques, ils me regardent tous en silence... On ne pourrait pas construire un escalier supplémentaire pour accéder à nos chambres depuis l'étage inférieur ?"

La proximité des quartiers de Lexa avec le trône n'avait jamais posé de problème lorsqu'elle était la seule à vivre là, mais maintenant qu'il y avait plus de monde, certains ajustements pourraient peut-être être pertinents.

"- Tu devras demander à Lexa.

- C'est aussi ta chambre, Griff.

- Officiellement, ma chambre est toujours deux étages plus bas.

- Et officieusement, vous êtes fiancées, on peut supposer que tu vis ici aussi.

- Elle ne m'a pas vraiment demandé, j'ai juste... dormi ici une fois et je n'ai jamais arrêté.

- Arceus, vous êtes vraiment inutiles tous les deux..."

Le reste de sa phrase se perdit dans un bâillement.

"- Sérieusement, si tu es fatiguée, tu peux dormir ici.

- Tu te soucies vraiment beaucoup de mon bien-être.

"- Je m'inquiète pour le bien-être de ma fiancée, tu es grincheuse quand tu n'as pas tes huit heures de sommeil.

- Ça va aller, je vais continuer à lire sur le canapé.

- Tu peux prendre le lit si tu veux, on n'est plus à ça près après... tu sais, rougit Clarke.

- Oh, je sais très bien, ce n'est pas le problème. Le fait est que tu prends toujours le côté droit du lit. 

- Oui, et alors ? 

- Quand Lexa ira se coucher, elle voudra s'allonger entre nous, et comme elle ne voudra pas te réveiller, elle m'écrasera sans aucun regard pour mon sommeil. Bref, le canapé me convient très bien, et je suis sûre que Lexa sera bientôt là."


Pas assez tôt, apparemment, car Jules s'endormit sept minutes plus tard. Elle ouvrit les yeux pendant une demi-seconde lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir et que Lexa la couvrit d'une couverture chaude. Elle ne marmonna qu'à peine lorsqu'une parade de serviteurs entra pour remplir une baignoire d'eau chaude. Et elle ne fit que cacher son visage plus profondément dans son oreiller lorsque les deux leaders sortirent de la baignoire pour souffler les bougies avant d'aller se coucher. 

Ce qui la réveilla, cependant, fut la désagréable sensation d'être observée. La nuit était sombre lorsqu'elle s'assit, ses yeux s'habituant à la lumière des deux bougies. Lexa dormait, ses épaules bougeant au rythme de sa respiration profonde. Jules ne vit Clarke que lorsqu'elle se retourna. L'artiste était assise dans le même fauteuil qu'auparavant, son carnet de croquis sur les genoux. Soit elle était satisfaite, soit elle avait abandonné son dessin précédent, car la voleuse reconnut une version détaillée de leur champ de bataille inachevé. L'ambassadrice se leva et l'invita silencieusement à la suivre hors de la chambre. Elle semblait... troublée. 

"- Tout va bien ? murmura Jules une fois qu'elles furent dans le couloir. 

- Je suis désolée de t'avoir réveillée.

- Ce n'est pas une réponse. Tu n'avais pas besoin de m'accompagner, je connais le chemin jusqu'à ma chambre.

- Tu peux me promettre quelque chose ? demanda Clarke derrière la porte fermée.

- Non. 

- Jules, je suis sérieuse. 

- C'est ce qui m'inquiète. Quoi que tu sois sur le point de me demander, ce ne sera pas un autre faux rencard d'anniversaire, et tu ne veux clairement pas que Lexa le sache. Donc non, je ne te promettrai rien tant que tu ne m'en diras pas plus. 

- Très bien, soupira Clarke, vaincue. Mais tu ne peux poser aucune question.

- Je vais voir ce que je peux faire.

- Au cours de votre voyage, à un moment donné, Lexa va vous demander à tous de rester derrière afin qu'elle puisse aller quelque part seule. Je ne peux pas te dire pourquoi, je ne peux pas te dire quand, je ne peux pas te dire où, mais quand cela arrivera, sois la fille qui n'a pas accepté de 'Non' quand tu lui as demandé d'être ton amie.

- Griff, tu sais que je ne suis pas très fan d'outrepasser les limites, pour des raisons évidentes... Une fois que j'ai arrêté de la suivre, je ne suis pas allée plus loin que d'installer une tente au pied de la tour. C'est elle qui venait me parler tous les matins en attendant ses gardes du corps."

Même si Lexa aimait prétendre que c'était l'inverse, le Commandant avait une réputation à défendre.

"- Jules, s'il te plaît. Elle ne peut pas affronter ça toute seule.

- Écoute, tu ne veux pas me dire ce qu'est 'ça'..." 

Jules mima des guillemets avec ses doigts. 

" ... et je ne veux pas le savoir, car cela ne me regarde manifestement pas. Mais comme cela ne me regarde pas, je refuse de m'impliquer dans quelque chose dont je ne sais rien. Si tu es absolument certaine qu'elle ne peut pas gérer ça seule, parle-lui.

- Elle ne m'en parlera pas.

- Alors je doute fort qu'elle m'en parle à moi.

- Non, tu ne comprends pas. Elle ne m'en parlera pas à MOI." 

Clarke mit l'emphase sur le 'moi'. 

"- Tu es sa fiancée, elle -

- Je suis la dernière personne à qui elle en parlerait, surtout parce que je suis sa fiancée."

La supplication de Clarke permit à Jules de relier les pièces du puzzle. Le changement d'humeur soudain de l'ambassadrice ne pouvait provenir que de quelque chose dont elle et Lexa avaient discuté après la rencontre du Commandant avec le roi d'Azgeda, qui n'était plus sur le trône mais allait bientôt y revenir. Roan avait sans aucun doute une idée précise en tête lorsqu'il avait demandé à son Heda de l'escorter.

"- Très bien, concéda-t-elle. Je promets d'essayer, mais si elle me dit explicitement de foutre le camp, je ne dépasserai pas les limites. Tu ne peux pas me demander de faire ça.

- Je sais. Je suis désolée de l'avoir fait. Et merci.

- De rien. Bonne nuit, Griff.

- Toi aussi. Fais attention.

- Lexa peut prendre soin d'elle-même.

- Je sais, je parlais de toi."


Même sans les avertissements de Clarke, il était évident que Lexa avait quelque chose en tête. Leur groupe avait quitté Polis deux jours plus tôt, et elle avait prononcé moins de phrases qu'il n'y avait de dirigeants compétents à Arkadia. Elle n'était pas désagréable en soi et était toujours aussi charmante, mais elle était terriblement silencieuse. Dans des circonstances normales, Jules lui aurait demandé quelles sombres pensées assombrissaient son bel esprit, mais comme elle allait inévitablement devoir la confronter à un moment ou à un autre, elle lui laissa un peu d'espace et passa le voyage à discuter avec les gens de la glace, heureux de satisfaire la soif de connaissances de la voleuse avec leurs anecdotes et un aperçu de la vie quotidienne à Azgeda.

Elle s'était surtout liée d'amitié avec Azillis, une guérisseuse d'une vingtaine d'années qui avait grandi à Towa, la ville habitée la plus au nord d'Azgeda, et qui l'avait enchantée avec des histoires d'enfance se déroulant dans une ville faite de neige et de glace. Jules avait presque été déçue lorsque Lexa avait annoncé, après s'être enfermée avec Roan dans une maison délabrée au centre du village où ils avaient passé la nuit pendant une demi-heure, que le groupe de Polis n'irait pas plus loin. Ils étaient immédiatement repartis pour la capitale, dans l'espoir d'atteindre leur prochaine destination avant la nuit. Et maintenant, alors qu'ils se frayaient un chemin dans la neige vers un village qu'ils n'avaient pas croisé à l'aller, Jules jeta un coup d'œil à son amie. Quelque chose avait changé, et elle ne parlait pas seulement de l'écharpe rouge qui étranglait le cou de Lexa sans faire fondre les traces de larmes gelées qui tatouaient ses joues...


Ils arrivèrent au village avant la tombée de la nuit. C'était leur dernière étape avant d'atteindre Polis, et Jules sentait que c'était le moment où Lexa allait les abandonner. Elle sourit tristement à sa clairvoyance alors qu'elle suivait discrètement son amie et son seul garde du corps aux portes du village. Ils avancèrent dans la neige pendant environ un kilomètre, dans la lueur du soleil couchant, et Jules se demanda si elle était condamnée à faire l'idiot dans les bois après l'heure du dîner pour le reste de sa vie. Ils s'arrêtèrent enfin, la voleuse se cacha derrière un rocher. 

"- Mochof Kuzoc, hod op gon ai hir. 

- Sha, Heda."

Le garde obéit et resta immobile alors que Lexa continuait à gravir la colline, tandis que Jules regardait les sapins gelés, évaluant lesquels pourraient dissimuler son corps pour lui permettre de -

"- Ne t'épuise pas en vain, Jules, je sais que tu m'as suivie. 

... ou elle pouvait simplement sortir de sa cachette.

"- Oh, allez, je pensais que je m'en sortais bien ! J'ai même porté des vêtements plus sombres et caché mes cheveux sous ma capuche cette fois-ci ! se plaignit Jules en s'approchant du garde qui lui offrit un sourire désolé.

- En fait, tes cheveux bl- blonds platine... se corrigea Lexa. ... t'auraient aidée à te fondre dans la neige, tout comme des vêtements plus clairs. Et marcher dans la neige fait du bruit.

- Ouais, eh ben, tu n'aurais pas dû me laisser tomber si tu ne voulais pas que je te suive !

- Est-ce que cela t'aurait arrêtée si je t'avais interdit de me suivre ?"

Oui, mais Lexa semblait accepter – ou du moins se résigner – à la présence de son amie, alors Jules garda cette information pour elle. 

"- Où allons-nous ? demanda-t-elle à la place.

- Dans un endroit où je ne suis pas allée depuis des années. 

- Tu pourrais être encore moins claire ?"

Lexa resta silencieuse jusqu'à ce qu'elle atteigne le sommet de la colline avec une aisance que le bouffon rampant dans la neige lui enviait.

"- Allez, si je me transforme en Darumacho de Galar, j'aimerais savoir p- Wouah..."

Derrière la colline se trouvaient plusieurs maisons abandonnées. Personne ne vivait ici, c'était certain, le village était trop calme. Mais en regardant les restes des sculptures de glace, Jules ressentit exactement la même chose que dans la grotte deux semaines auparavant : cet endroit n'était pas vide, il était habité par ses esprits. Entouré d'arbres et de collines, le village fantôme était invisible pour quiconque ne savait pas déjà où il se trouvait. Ces bâtiments dégageaient une aura mystérieuse et onirique, figée dans le temps et l'espace.

"- Quel est cet endroit... ?" demanda Jules, aussi effrayée que fascinée.

Lexa baissa les yeux et posa sa main sur son écharpe, serrant le tissu ainsi que sa gorge.

"- C'est ici que Kostia et moi nous sommes rencontrées."


"- En tant qu'Ouskejon Kru, Draynok ne s'intéressait guère à la guerre entre Azgeda et Trikru.  Évidemment, la Coalition n'existait pas lorsqu'il était Heda et il avait des préoccupations plus urgentes, telles que les Hommes des Montagnes, mais le hasard a fait que parmi les neuf novices, quatre d'entre nous étaient Trikru et aucun n'était Azgeda. Il y avait de fortes chances que l'esprit du Commandant choisisse un Trikru, ce qui, comme tu peux l'imaginer, aurait causé encore plus de problèmes avec la Nation de Glace. Quand j'avais dix ans, il a organisé une rencontre entre le chef des Trikru, l'ambassadeur et la Reine des Glaces. Il a également exigé que nous quatre soyons présents avec nos mentors. Draynok croyait que la haine et la guerre provenaient de l'ignorance, il pensait que si le futur Commandant potentiel connaissait la Nation de Glace, la paix serait à portée de main. En signe de bonne foi, nous avons rencontré la reine des Glaces sur ses terres.

- Je suppose que ça s'est passé - Ah ! Foutue neige !"

Jules glissa sur une plaque de verglas et dévala la colline. Heureusement, Lexa la rattrapa avant que son crâne ne heurte le mur d'une cabane vide.

"- Merci... Je suppose que ça s'est passé moyen avec la salope des glaces ?

- Mieux qu'anticipé, en fait.

- Comment ça ? 

- Elle n'a pas essayé de nous massacrer.

- Génial. Tu as quelque chose pour allumer la torche ? Il commence à faire nuit."

Lexa lui tendit le briquet qu'elle avait accepté de transporter après avoir finalement admis que cet outil était plus pratique que des allumettes ou des bâtons de bois. Le reflet de la lumière chaude dansait sur les figures de glace.

"- Quel est le rapport avec cet endroit ? demanda Jules en entrant dans la cabane la plus proche.

- Une tempête de neige nous a surpris alors que nous retournions à Polis. Le temps était censé être clément à cette période de l'année, nous n'étions donc pas préparés. La neige était si épaisse que je ne voyais même pas mes propres bottes. Anya et moi avons été séparées du groupe, et moins d'une minute plus tard, j'ai été séparée d'Anya. Je me souviens avoir suffoqué à cause du froid brûlant. Je ne pouvais ni crier ni voir, alors j'ai fait la seule chose que je pouvais faire : j'ai continué à avancer. J'ai gravi la même colline que celle que nous venons de gravir, dans l'espoir de trouver un endroit qui pourrait me protéger du froid jusqu'à la fin de la tempête.

- Et tu as eu la chance de trouver cet abri."

Jules jeta un coup d'œil aux ruines, qui ne comptaient pas plus d'une demi-douzaine de cabanes. Un seul bâtiment tenait encore debout, au centre du village. Cet endroit semblait bien plus vieux que dix ans.

"- Ce n'était pas un abri, corrigea Lexa. Peu de gens à Azgeda vivent en dehors des grandes villes. Vivre seul signifie mourir seul. Cet endroit était une exception, les collines et les arbres le protégeaient du vent et du froid."

Jules avait effectivement plus chaud qu'avant, et maintenant qu'elle y pensait, ce n'était pas grâce à la torche.

"- Pourquoi les gens ont-ils quitté cet endroit alors ? demanda-t-elle.

- Ils ne l'ont pas quitté, ils sont morts ici. Il y a vingt-quatre ans, l'hiver a apporté une vague de froid sans précédent partout, pas seulement à Azgeda. Même mon frère s'en souvient, et il n'avait que deux ans à l'époque.

- Je suppose que même - Tu as dit ton frère ?!"

Si Jules avait bu, un filet de glace serait sorti de sa bouche.

"- Tu as un frère ?!

- Deux, en fait, et une sœur. 

- Pourquoi je ne l'apprends que maintenant ?!

- Je ne voulais pas te les cacher. Moins il y a de gens qui connaissent leur existence, plus ils sont en sécurité. Surtout après ce qui est arrivé à Kostia."

Être Commandant, c'est être seul. Tolus avait plutôt bien réussi à faire en sorte que sa voix hante l'esprit de Lexa.

"- Tu as dit que vous vous étiez rencontrées ici... comprit-elle soudainement. Elle aussi s'était perdue dans la tempête ?

- Kostia est née dans la neige, c'était sa maison.

- Attends... Elle était d'Azgeda ?"

Jules avait toujours supposé que Costia venait de Trikru, ou du moins qu'elle n'était pas sujet de la même reine qui avait ordonné sa mort. Mais Lexa parlait rarement de son passé, et encore moins de sa défunte amante.

"- Oui."

Ce ne pouvait pas être une coïncidence si elle était là en même temps que Lexa.

"- C'est la Salope de Glace qui l'a envoyée ?"

En tant qu'espionne ou assassin... resta tacite.

"- Non, je ne serais pas en vie si c'était le cas. Je suis tombée et me suis cognée la tête en essayant d'atteindre les cabanes, et je suis restée inconsciente pendant un certain temps. Elle avait largement le temps et l'occasion de me capturer ou de me tuer."

Pas étonnant que Lexa ait été si rapide à l'attraper quand Jules avait glissé plus tôt. Elle s'assit sur le sol de la cabane, à côté d'une statue de glace à l'aspect inquiétant, et attendit que Lexa reprenne son récit.

"- Quand je me suis réveillée, la tempête était terminée. J'ai essayé de me lever, mais ma jambe était cassée. Je savais que même si Anya me cherchait, elle ne me trouverait jamais ici. J'ai rampé jusqu'à la cabane la plus proche, dans l'espoir de trouver un abri ou quelque chose pour fabriquer une attelle. Tout ce que j'ai trouvé, c'était de vieux meubles, des armes rouillées et..."

Le Commandant alluma son briquet pour éclairer la sculpture.

"- ... des corps gelés."

Pas étonnant que Jules ne se sentait pas à l'aise entourée de statues. Ce n'étaient pas des statues. La sculpture de glace à côté d'elle ne représentait pas une personne recroquevillée sur elle-même pour se réchauffer, mais les derniers instants de quelqu'un mourant de froid, piégé à jamais dans une glace qui ne fondrait jamais.

"- Ce n'est pas un refuge... 

- C'est un cimetière, comprit Jules. Que faisait Costia ici ?

- Elle veillait à sa sécurité. Elle venait ici une fois par semaine pour s'assurer que personne ne profanerait les tombes. Ces gens ont préféré mourir de froid ici plutôt que de partir ; c'est à ce point que cet endroit était important pour eux. Notre devoir, en tant que vivants, est de protéger ces tombes. Du moins, c'est ce que disait Kostia.

- Tu ne penses pas la même chose ?

- Je pense qu'ils sont restés parce qu'ils n'avaient nulle part où aller. Mais j'aimais sa vision. Je l'aime toujours. Cet endroit... C'est l'une des rares choses que j'ai réussi à négocier avec la Reine des Glaces avant qu'elle ne rejoigne la Coalition. Kostia et moi sommes les seuls à avoir le droit de venir ici. Étions. C'était mon dernier cadeau pour elle avant sa mort.

- Tu es sûre qu'elle ne vivait pas ici quand tu l'as rencontrée ? En tant que vagabonde, je veux dire.

- Je ne sais pas, peut-être. Elle ne l'a jamais dit, mais c'était quelqu'un de discret. Elle parlait beaucoup, mais rarement de choses importantes."

Lexa, et Clarke dans une moindre mesure, étaient tout le contraire. 

"- Tu as l'air perplexe, remarqua Lexa.

- Je ne t'imaginais pas avec une pipelette, c'est tout. 

- Tu es une pipelette. 

- Mais tu ne sors pas avec moi. 

- Elle pouvait être silencieuse quand elle le voulait."

Moi aussi.

"- Nous n'avons même pas parlé ce jour-là , dit Lexa, faisant référence à leur première rencontre. Je me souviens m'être allongée exactement là où tu es et m'être endormie. Quand je me suis réveillée pour la deuxième fois, j'ai trouvé une écharpe autour de mon cou et de mon visage. 

- Cette même écharpe, je suppose. 

- Oui. Kostia la portait quand elle... 

- Est morte."

Jules rendit la pareille à Lexa pour ce qu'elle avait fait lorsqu'elles avaient parlé de sa mère. Les mots étaient plus durs dans l'esprit qu'ils ne l'étaient en réalité. 

"- Roan me l'a rendue tout à l'heure.

- C'est pour ça qu'il voulait que tu viennes ici.

- En signe de gratitude pour lui avoir permis d'accéder prématurément au trône, il a cherché les effets personnels de Kostia pour me les rendre. C'est tout ce qu'il a trouvé.

- La tête de la personne qui l'a tuée aurait été un plus beau cadeau... 

- Je l'ai déjà. Nia n'a peut-être pas coupé la tête de Kostia, mais c'est elle qui m'a transpercé le cœur. J'ai pris ma revanche le jour où je lui ai rendu la pareille. Le rouge de cette écharpe honore davantage sa mémoire que le rouge du sang de quiconque. Même celui de celle qui a versé le sien." 

Lexa marqua une brève pause.

La gentillesse de Costia comptait plus pour Lexa que la vengeance. Elle avait raison, c'était le plus beau cadeau que Roan pouvait lui offrir. 

Jules se leva, les doigts et les pieds engourdis par le froid. Elle se rendit dans une autre cabane, plus grande et mieux équipée. Il n'y avait qu'une seule pièce, mais une table ronde trônait au centre, entourée de quelques chaises. Deux lits simples étaient alignés contre le mur du fond, sur lesquels leurs occupants précédents dormaient pour toujours.

"- Et donc, tu t'es réveillée enveloppée dans une écharpe qui n'était pas la tienne, et ensuite ? Jules éleva la voix pour que Lexa puisse l'entendre. 

- J'ai cherché son propriétaire, évidemment. En vain. J'ai attaché un pic de glace à ma jambe grâce à l'écharpe et j'ai boité jusqu'à l'extérieur de la cabane, sans plus de succès. Je n'ai vu qu'une silhouette floue au sommet de la colline. Une heure plus tard, Anya m'a trouvée. Elle avait suivi une traînée de pierres, pensant que j'en étais à l'origine. 

- Laisse-moi deviner, ce n'était pas le cas ? Costia l'a conduite jusqu'à toi. 

- Elle ne l'a ni confirmé ni infirmé. Je n'y ai pas réfléchi davantage. Anya m'a ramenée au groupe et, à cause de la tempête, nous avons dû emprunter un chemin plus long. Nous avons passé trois jours supplémentaires à Azgeda, et pendant ces trois jours, je ne pouvais m'empêcher de me sentir... observée. J'avais toujours cette ombre dans le coin de l'œil, qui n'a disparu qu'une fois arrivés à Polis.

- Elle t'a suivie jusqu'à la capitale ? C'est dingue, Anya ou n'importe qui d'autre aurait pu la voir, pourquoi aurait-elle pris un tel risque pour une fille à qui elle n'avait même pas parlé ?

- Pourquoi l'as-tu fait ?

- Ce n'est... pas la même chose."

C'était la même chose.

"- Elle trouvait ça amusant. Chaque fois que je quittais Polis, elle était là. Elle aimait me regarder la chercher. C'est ce qu'elle m'a dit quand elle m'a finalement laissée l'attraper, un an plus tard. 

- Pourquoi a-t-elle arrêté ? 

- Je suis devenue Heda. 

- Et c'était trop dangereux de continuer à jouer, supposa Jules.

- C'était déjà dangereux avant. Elle a vu à quel point j'étais seule cette nuit-là. Les amis que je considérais comme mes frères et sœurs la veille étaient morts, ou... Peu importe. Mon mentor, autrefois si impitoyable, s'est inclinée devant moi. Des foules entières qui, auparavant, remarquaient à peine ma présence, regardaient désormais une enfant qu'elles vénéraient. Tout a changé en un clin d'œil, je n'étais pas prête pour ça. Douze ans, c'est jeune pour devenir Commandant, même selon nos critères. Kostia m'a offert un sentiment de familiarité, elle m'a donné l'occasion d'être un enfant une dernière fois. Elle m'a laissé la poursuivre dans la forêt, courir entre les rochers et les ruisseaux jusqu'à en avoir les poumons en feu et grimper aux arbres jusqu'à abandonner. Elle m'a laissé être faible et échouer. Son sourire lorsqu'elle est finalement apparue était la plus belle des récompenses. Elle s'est assise à côté de moi, nous n'avons pas vraiment discuté. Mais elle a beaucoup parlé, de tout ce qui lui passait par la tête. Elle était si intelligente, drôle et gentille. Je voulais tatouer son sourire sur mes paupières, enregistrer son rire dans mes tympans. Je me suis endormie en écoutant l'une de ses histoires. Quand je me suis réveillée, elle était partie. Elle m'a offert le meilleur et le pire des cadeaux, elle m'a fait me sentir comme une enfant stupide amoureuse. Tout ce que je n'avais pas le droit d'être. Je n'aurais jamais pensé la revoir, je ne pouvais pas la revoir."

- Mais tu l'as fait quand même. 

- Je n'ai jamais été douée pour suivre les ordres. Six mois plus tard, je suis retournée à Azgeda. Inutile de dire que Titus n'était pas content. 

- Ce type a perdu au moins vingt ans de sa vie à cause de toi...

- Je me suis arrêtée dans ce village, elle m'attendait déjà. Elle m'avait suivie pendant les deux derniers jours. Nous ne nous sommes pas dit un mot, nous nous sommes juste lancées des boules de neige pendant des heures jusqu'à ce que je doive partir. Je suis revenue deux mois plus tard, en secret. Puis une nouvelle fois au début de l'été..."

Le récit de Lexa sur toutes ces années était si vivace que Jules pouvait presque le visualiser. Deux adolescentes grimpant sur les toits, sautant de l'un à l'autre. Construisant un bonhomme de neige alors que la neige tombait. Jouant à cache-cache au milieu des corps de glace. Patinant sur ce qui était autrefois un étang. Partageant leur premier baiser alors qu'elles trébuchaient sur la glace. Piochant des cartes à jouer en attendant dans une cabane que la tempête passe. S'endormant dans les bras l'une de l'autre. Parlant pendant des heures de futilités. Explorant le corps de l'autre, rougissant de leur inexpérience, bégayeant de leur timidité.

Jusqu'au dix-septième anniversaire de Lexa et l'annonce de son plus grand projet. Une alliance entre tous les clans pour lutter contre les Hommes des Montagnes, une coalition. La fierté de sa vie, et la raison pour laquelle celle-ci pourrait être considérablement raccourcie. Les clans n'étaient pas d'accord. Son peuple n'était pas d'accord. Elle leur expliqua, mais ils ne comprirent pas. Elle n'abandonna pas, elle continua de se battre jusqu'à ce que les gens commencent à comprendre, à se joindre à elle, à l'aider. Tous les clans sauf un, celui qu'elle craignait et désirait le plus. Ils étaient en guerre depuis aussi longtemps qu'elle se souvienne. C'est pourquoi elle n'avait jamais parlé de Costia à personne. Si Trikru et Ageda étaient enfin en paix, Costia pourrait être entièrement à elle. Mais elle ne lui avait jamais dit cela non plus. Parce qu'elles ne discutaient pas. Parce qu'avec elle, elle n'était encore qu'une gamine amoureuse et naïve.

Un jour, quelqu'un les vit. Lexa craignit pour sa vie, pour leur vie, alors elle ramena Costia à Polis. Elle ne lui dit pas pourquoi, Costia ne posa pas de questions. Comme elle était intelligente, drôle et gentille, les gens l'appréciaient dans la capitale. Ils ne savaient pas qu'elle était Azgeda, mais ils savaient qu'elle était à Lexa. Ce n'était pas difficile à deviner. Heda continua d'expliquer, de négocier, de se battre, ne se permettant d'être Lexa que dans l'ombre de la chambre de Costia. 

Titus l'avertit. Anya l'avertit. Même Costia l'avertit. Elle n'était pas en sécurité ici. Son gardien de la flamme et ancienne mentor craignait les menaces extérieures, sa petite amie craignait les menaces dans sa propre tête. Elle n'était pas faite pour vivre entre quatre murs. Elle cessa de sourire, cessa de rire. Cela fit plus mal au Commandant que n'importe quelle épée n'aurait pu le faire. La lame que Costia utilisa sur son propre poignet fit saigner le cœur de Lexa autant que les veines de l'Azgedienne. Elle faillit mourir dans ses bras cette nuit-là. Une partie de Lexa aurait souhaité qu'elle meure, elle n'aurait pas eu à vivre ce qui suivit. 

Une mission à Azgeda. Une mission facile, qui ne durerait que quelques jours. Costia serait en sécurité, pensait Lexa, entourée d'une douzaine de gardes du corps. Et surtout, dans la neige qu'elle aimait tant, Costia serait à l'abri d'elle-même. Elle prit l'écharpe qu'elle avait offerte à sa petite amie des années auparavant et l'embrassa sur les lèvres avant de quitter la tour. Lexa la regarda à peine, occupée à lire un énième traité. Elle aurait dû l'embrasser de toutes ses forces. Elle aurait dû l'empêcher de partir. Elle aurait dû regarder ses beaux yeux, brillants de joie et d'excitation à l'idée de rentrer chez elle. Car lorsqu'elle les revit, l'étincelle avait disparu à jamais. 


"- Dans ton lit ? C'est tellement tordu, même selon les standards de la Salope de Glace...

- Le message était clair. Elle ne reculerait devant rien pour obtenir ce qu'elle voulait, surtout pas devant la torture et le meurtre. Un soir, je suis allée me coucher et j'ai trouvé la boîte par terre, et en un clin d'œil, Costia était partie. Pour rien."

Parce qu'elles ne discutaient pas. Costia ne savait rien, elle ne pouvait même pas mettre fin à la torture. Un goût amer de bile envahit la bouche de Jules. Lexa alluma le briquet et se réchauffa les doigts en les passant à travers la flamme.

"- Comment as-tu pu les accepter dans ton alliance après ça... ?

- Je suis capable de séparer mon devoir de mes sentiments personnels. Mais ce serait mentir que de prétendre que je n'ai pas rêvé de plonger ma dague dans ses poumons et de la regarder se noyer dans son sang.

- ... Ça va ?

- Non."

C'était une question stupide, bien sûr que Lexa n'allait pas bien. Ce n'était pas ce qu'elle voulait savoir.

"- Pourquoi on est là, Lex' ? 

- Parce que je me sens coupable. 

- Tu te sens coupable depuis le jour où elle est morte. Ou peut-être même depuis plus longtemps que ça. Pourquoi on est là aujourd'hui ?

- La culpabilité est différente. 

- Comment ça ?"

Elle laissa échapper le briquet de ses mains, la lumière dans ses yeux émeraude s'éteignit avec la flamme étouffée par la couverture de neige.

"- Je l'aimais, Jules. 

- Je sais. 

- Et une partie de moi ne cessera jamais de l'aimer. 

- Je sais. 

- Mais j'aime Klark davantage." 

Elle enfouit son visage dans ses mains. 

"- Et ça me fait me sentir misérable."

Jules ne savait pas quoi dire. Cela devait être horrible à ressentir, monstrueux à admettre. Elle avait vu Lexa droguée et effrayée, rire et pleurer, elle avait vu son corps nu trembler sous les caresses de son amante et son visage fondre dans un orgasme libérateur. Et pourtant, assise dans la neige par une froide nuit d'été, elle ne l'avait jamais vue aussi vulnérable qu'à cet instant. Le cœur de Jules se brisa en mille morceaux.

"- J'ai aimé Costia de tout mon cœur, pendant des années. Elle était la meilleure partie de moi-même, et je donnerais tout pour la ramener. Mais la semaine dernière, je me suis réveillée au milieu de la nuit et j'ai regardé Klark dormir. Et à ce moment-là, j'ai compris. Cette pensée n'aurait jamais dû m'effleurer l'esprit, mais je savais. Si Kostia était encore en vie, je ne serais pas capable de l'aimer comme j'aime Klark. Je n'arrête pas d'y penser, même si je ne le veux pas, et je ne peux pas imaginer un monde où je ne choisirais pas Klark. Et je ne sais pas comment vivre avec cette certitude."

Parce que comment quelqu'un pourrait-il accepter une telle chose ? Jules n'en avait aucune idée. On ne vous apprenait pas cela à l'école. Clarke avait raison, probablement plus qu'elle ne le pensait. Lexa ne pouvait pas rester seule dans cette situation. Mais Jules ne pouvait pas l'aider non plus. Elle fit donc ce que son amie avait fait pour elle tant de fois. Elle resta là, en silence. Elle lui offrit une épaule pour pleurer et lui tint la main, jusqu'à ce qu'elle n'ait plus de larmes à verser. 


Les lèvres scellées et l'esprit en ébullition, réfléchissant ensemble dans un silence assourdissant à des questions existentielles sur la vie, la mort, l'amour et la haine, allongées sur une épaisse couverture blanche dont la froideur ne pouvait geler la chaleur humaine qui les unissait, aurait été une façon très poétique et philosophique de terminer la nuit. Mais le vent était fort et la neige était froide, et dix minutes plus tard, elles convinrent de retourner au village avant que le Commandant et son bouffon ne rejoignent la galerie des statues gelées. 

Jules n'avait pas protesté lorsque son amie s'était levée pour enlever la neige de son manteau, non pas parce qu'elle ne sentait plus ses pieds et ses mains, mais simplement parce qu'elle ne savait absolument pas quoi dire à Lexa. Le Commandant était douée avec les mots, Jules était douée avec... Elle ne savait pas vraiment quoi, en fait. Elle était drôle, parfois. Au moins, elle faisait sourire Lexa, et même rire dans les bons jours.

Mais à ce moment-là, elle ne pouvait pas penser à une blague qui ne serait pas scandaleusement inappropriée. Et même si une blague de bon goût existait dans cette situation, son esprit n'était pas en état de la trouver. Pour être honnête, son esprit n'était pas en état de faire autre chose que de répéter sans cesse la même question. Et elle savait qu'elle ne devait pas y penser, que ce moment concernait Lexa et sa culpabilité auto-induite, mais la jeune femme ne pouvait penser à rien d'autre. 

"- Tu es étrangement silencieuse. D'habitude, c'est moi qui passe des heures perdue dans mes pensées", tenta de plaisanter Lexa.

Jules gloussa. Ce n'était pas très drôle.

"- Tu peux parler, tu sais."

S'il te plaît, parle, lut Jules derrière ses mots. Elle ne pouvait pas le demander. Elle n'était pas si égoïste.

"- Jules, il est évident que quelque chose te préoccupe, tu -

- Tu ne m'as pas tuée parce que tu penses que je suis la réincarnation de Costia ?"

Elle était aussi égoïste que ça. 

"- Tu ne m'as jamais dit la vraie raison pour laquelle tu ne m'as pas tuée ou arrêtée le jour où nous nous sommes rencontrées, développa Jules. Est-ce parce que tu penses que je suis la réincarnation de Costia ? 

- Je ne t'ai pas tuée parce que je voulais que tu sois la réincarnation de Kostia."

Cela faisait mal. Plus que la mort de Charlie, plus que les caresses de sa mère, plus que l'inaction de son père, plus que le Mont Weather, plus que les poings de Pike. Plus que les paroles de Charlie. Cela faisait mal comme Jules n'aurait jamais cru que quelque chose puisse faire mal. Parce qu'il n'y avait rien de pire que de réaliser que vous ne signifiez rien pour la personne qui a donné un sens à votre vie. Elle s'était battue si fort pour survivre la première fois. Cette fois-ci, cela faisait tellement mal qu'elle voulait s'allonger et geler son cœur.

"- Merci pour ton honnêteté."

Et même après cela, elle l'aimait trop pour lui en vouloir.

"- Et je t'ai ignorée pendant des jours parce que tu n'es pas elle. Je voulais que tu sois elle, tu ne peux pas imaginer à quel point. Je voulais croire qu'elle était revenue vers moi. J'ai essayé si fort de voir son âme dans tes yeux. Mais je n'y suis jamais parvenue, et je t'ai détestée pour cela. 

- Tu... m'as détestée ? 

- Oui. Pour ne pas être elle. 

- Mais je pensais... Je veux dire... Pourquoi je suis ici, alors ? 

- Parce qu'une fois que j'ai arrêté de chercher quelqu'un qui n'était pas là, j'ai découvert la personne qui l'était.

- Et ? 

Je te l'ai déjà dit. J'ai aimé la personne que j'ai vue à l'époque. Et j'aime la personne que je vois aujourd'hui. 

- Mais je t'ai demandé de signer une écharpe rouge. Nous avons joué à cache-cache avant de nous rencontrer. En quelque sorte. Je suis ton bouffon, mon travail consiste à te divertir. À te distraire. À jouer avec toi, à te faire retomber en enfance. Je veux dire, je sais que c'est... insignifiant, ou que ça pourrait être une coïncidence ou autre chose, et peut-être que j'y accorde trop d'importance ou je ne sais pas ! cria Jules, sans se soucier que quelqu'un puisse l'entendre. Mais... je t'ai demandé de signer une écharpe rouge.

- Tu te concentres tellement sur les similitudes que tu ne vois pas les différences.

- S'il te plaît, éclaire-moi.

- Tu ne me fais pas me sentir comme une enfant. Kostia me faisait me sentir comme une personne que j'aimais, comme quelqu'un que je voulais être, mais que je n'étais pas. Et que je n'ai jamais été. Elle m'a aidée à échapper à une réalité que je n'étais pas prête à affronter, et je lui serai éternellement reconnaissante pour ces moments qu'elle m'a offerts. Je chéris ces souvenirs. Mais c'était un fantasme que je suis autorisée à vivre. Ce n'était pas une vraie version de moi-même qui émergeait, c'était moi qui fuyais mes problèmes et mes responsabilités."

Jules pouvait s'identifier à cela. Du moins, une version plus jeune d'elle-même. Une version d'elle-même qui ne souhaitait rien d'autre que fuir l'obscurité de son foyer. Une version d'elle-même qui aurait fait et prétendu n'importe quoi pour briller aux yeux d'un homme qui ne la considérait que comme un passe-temps pendant les heures ennuyeuses de surveillance. Au moins, l'affection de Lexa pour Costia était réciproque. Ou peut-être pas. De toute façon, cela n'avait plus d'importance désormais.

Soudain, le Commandant, qui menait la marche depuis leur départ du village, se retourna et fit face à son bouffon.

"- Tu ne me fais pas me sentir comme la personne que je veux être, tu me fais me sentir comme la personne que je devrais être. Tu dégeles mon cœur pour que je puisse me sentir comme une meilleure personne. Comme le leader que mon peuple mérite, comme la femme que Clarke mérite. 

- Tu n'es... pas encore mariée.e

Ce n'était pas la question. Lexa sourit.

"- Je ne sais pas comment tu fais ça. Mais tu le fais, alors merci.

- De rien.

- Et pour répondre clairement à ta question initiale : je n'ai jamais pensé que tu étais la réincarnation de Kostia. Je suis désolée de t'avoir donné cette impression.

- C'est... un soulagement."

Un flocon de neige froid fondit sur le nez de Jules. Elle regarda le ciel sombre, illuminé par des étincelles blanches. Elle se sentait aussi légère que ces minuscules boules de coton duveteuses. C'était vraiment un soulagement. 

"- Lexa ? appela-t-elle.

- Oui ? 

- Je pense que j'aimais Charlie parce qu'il me donnait l'impression d'être une personne différente. Une version que je ne détestais pas, mais qui n'était pas moi. Et je pense que j'aime qui je suis quand je suis avec toi. Non, en fait... J'en suis sûre. 

- Je suis contente que tu ressentes ça. 

- Je sais ce que je vais faire de sa lettre. 

- Es-tu prête à la lire ? 

- Non, parce que rien de ce qui y est écrit ne me fera me sentir mieux. Alors je vais la brûler. 

- ... Tu as besoin d'un briquet ?"


Scène bonus : 'À la croisée des mondes : Les Royaumes du Nord', un sandwich au sanglier effiloché et une tasse de thé noir bien chaud.

 

"- Jules ? Tu dors ?

- Depuis que tu m'as fait courir dans la neige il y a moins d'une demi-heure, pas vraiment, non.

- Je suis dés-

- Ne t'embête pas, la nourriture vaut mieux que les mots pour s'excuser.

- Un sandwich et une tasse de thé, ça te va ?

- Du sucre ?

- Deux. Et pas de lait.

- Je te pardonne. 'Les Royaumes du Nord', le premier tome de 'À la croisée des mondes'. Ça correspondait à la thématique, oui, je l'aime bien et oui, tu peux me l'emprunter.

- ... Je ne comprends pas.

- N'est-ce pas comme ça que ça se passe d'habitude ? Tu me nourris, puis tu me demandes si j'aime mon livre et pourquoi je le lis, c'est notre vendredi soir habituel.

- Mais on est mercredi.

- Tu as compris. Au fait, le sandwich est très bon. C'est quoi ?

- Du sanglier effiloché. Tu devras remercier Huan, le fils du chef du village. Il n'était pas ravi de devoir rallumer les fourneaux au milieu de la nuit.

- Mais comme tu es Heda, il n'avait pas vraiment le choix.

- Il l'avait. Je lui ai juste demandé poliment.

- Ou tu peux faire ça. Tu n'arrives pas à dormir ? 

- Je ne me suis pas encore couchée ; je voulais m'assurer que tu allais bien. 

- Ce n'est pas moi qui ai pleuré toutes les larmes de mon corps dans la neige au milieu d'un cimetière. 

- Ce n'est pas moi qui ai brûlé la dernière lettre de mon ancien meilleur ami. 

- Il ne pouvait pas être mon meilleur ami si ce n'était pas réciproque. De toute façon, cette lettre n'aurait rien donné de bon. Dans le meilleur des cas, il aurait réalisé trop tard que j'étais la meilleure amie qu'il ait jamais eu et aurait pleuré son âme dans une lettre déchirante, et je me serais senti encore plus mal de l'avoir perdu. Et il est peu probable qu'il ait écrit ça.

- Peut-être que -

- Il ne s'agit pas de moi. Ou ça a cessé de me concerner quand tu m'as dit que tu n'avais jamais pensé que j'étais la réincarnation de Costia. Arrête de tergiverser, Lex'. Si tu veux en parler, je suis là. Sinon, on va se coucher pour ne pas s'endormir sur nos chevaux dans quatre heures.

- As-tu une idée de ce qui pourrait apaiser ma culpabilité ?

- Si ce que tu dis est vrai, pas la moindre.

- Ça m'aide...

- Mais je pense que tu as tort, donc ce n'est pas un problème.

- Tu penses que j'ai tort ?

- Eh bien, je peux me tromper. C'est même très probable, en fait, tu sais mieux que moi ce que tu ressens. Mais oui, je pense que tu as tort. Tu compares ce qui n'est pas comparable.

- Je sais que je ne devrais pas, mais je le fais, c'est tout le problème.

- Je ne parle pas de Clarke et Costia, je parle de toi. Je ne pense pas que tu aimes Clarke plus que tu n'aimais Costia, car il n'y a aucune version de toi qui ne l'ait pas perdue. Écoute... À mon avis, quand quelqu'un meurt, tu perds plus que cette personne, tu perds aussi la personne que tu étais quand elle était encore en vie. C'est pourquoi les gens disent qu'il y a un avant et un après quand quelqu'un qu'ils aiment décède. Et c'est peut-être égoïste, mais je pense que cette partie de toi te manque encore plus que la personne elle-même. Quand Costia est morte, tu as perdu une partie de toi-même, une partie de ton innocence, de ton insouciance, de ton enfance, peu importe. Le fait est que tu n'es plus la personne que tu étais avant sa mort, alors comment peux-tu savoir que la Lexa du passé aimerait Clarke ? Ou que la Lexa du présent aimerait Costia si tu ne la rencontrais qu'aujourd'hui ? Je veux dire... peut-être que c'est juste quelque chose que je me dis pour me sentir mieux vis-à-vis de la mort, mais je sais que je ne suis plus la même personne qu'avant d'avoir tué ma mère. Ou avant la mort de Charlie. Cela m'a changée, ni en bien ni en mal, je suis juste... différente. Si ça a un sens.

- Oui, ça a du sens. 

- Comment tu te sens ?

- Je... ne sais pas. Je ne vais pas bien, mais... mieux, je crois. Merci pour ton aide.

- Cool ! Tu devras aussi remercier ta fiancée, c'est elle qui m'a dit de -

- - me suivre même si j'avais explicitement demandé à être seule, je sais.

- Mais comment ?! Je sais que tu es une surfemme, mais tu n'as pas pu nous entendre à travers deux portes fermées et la salle du trône ! 

- Tu m'as laissée perdue dans mes pensées pendant tout le trajet. Normalement, tu n'aurais pas attendu que nous sortions de la forêt pour m'attaquer à grand renfort de questions.

- ... Pas faux. Cela aurait été plus efficace que mes archers... 

- Hum ?

- Oh, rien, j'essayais de faire un parallèle avec le jeu auquel on a joué avec Clarke, mais comme je n'y comprenais rien, ça n'a aucun sens.

- Ah bon ? Pourtant, tu étais en train de gagner.

- Attends, vraiment ? Elle me caressait pas dans le sens du poil ?

- Avec la Machine à remonter le temps, tu n'as plus qu'à acheter plus de Ninjas et de Mousquetaires pour...

- Clarke avait la Machine à remonter le temps.

- Oh, alors tu étais foutue.

- C'est ce que je pensais... Tu sais quoi, puisque on ne dort pas de toute façon, tu vas m'apprendre à jouer à ce jeu de mort pour que je puisse lui botter le cul la prochaine fois !

- C'est facile, tu -

- Je t'arrête tout de suite, rien n'est facile dans ce jeu.

- Tais-toi et écoute, tout ce que tu dois savoir, c'est qu'il faut rassembler suffisamment de ressources et d'or pour construire un Palais Impérial. Pour cela, tu dois te concentrer sur les Nageurs -

- Les unités ?

- La ressource. Les Nageurs et le Bois pour -

- La ressource ? 

- Les unités. 

- La nuit va être longue."

À en juger par les cernes sous leurs yeux quelques heures plus tard, Jules avait raison.

Notes:

Je crois fermement à la théorie selon laquelle Echo a tué Costia sous les ordres de Nia, donc ça va être canon pour cette histoire. Cela dit, ça n'aura pas beaucoup d'importance, je présume que Lexa se ficherait de qui a vraiment tué Costia, la reine des Glaces est seule coupable à ses yeux.
Aussi, précision Ô combien indispensable, les 'C' dans les prénoms ont tendance à se transformer en 'K' en Trigedasleng (Klark, Okteivia, Linkon..), d'où le changement d'orthographe de Costia quand Lexa parle.

Pokédex:
Limonde : un Pokémon particulièrement laid
Darumacho de Galar : un Pokémon glace ressemblant à un hybride entre un yéti et un bonhomme de neige

Merci d'avoir lu, j'espère que ça vous a plu, n'hésitez pas à laisser un commentaire :) A la prochaine !