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La tempête
Drago détestait tout ce qui avait un rapport avec Noël : les magasins bondés, les cantiques traditionnels, les illuminations trop fortes pour ses yeux fragiles, les obligations familiales et surtout – surtout – la commande de dernière minute d’un client qui le forçait à se perdre au fin fond de l’Écosse un vingt-quatre décembre.
Le village semblait ridiculement petit. Il avait transplané à distance et traversa l’unique rue qui desservait une dizaine de maisons sous une neige qui tombait dru. Il s’enfonça dans l’épais manteau blanc et la transpiration recouvrit rapidement sa peau à cause de l’effort que cela lui demandait.
L’apothicaire était tout au bout, ensuite il ne restait plus qu’une seule habitation. Heureusement pour lui, il trouva ce qu’il était venu chercher. Le vieil homme qui tenait l’échoppe mit un temps infini à préparer son paquet, mais Drago put tout de même récupérer les graines de feu, les crins de licorne et l’œuf d'Occamy. Il glissa le paquet mis sous stade dans la poche de sa cape en laine et ouvrit la porte.
Une vraie tempête déferlait sur le village. Le vent soufflait fort et poussait avec violence des flocons énormes sur Drago. Il faillit en tomber à la renverse. Il avança avec difficulté dans la rue en s’enfonçant à chaque pas dans la poudreuse fraîche. Il lui fallait seulement atteindre la sortie du hameau pour transplaner. Il marcha lentement en luttant contre les rafales qui l’empêchaient de respirer et la neige qui traversait sa cape et le trempait jusqu’aux os.
Quand il arriva devant la dernière maison, un peu isolée du reste du village, Drago accepta enfin qu’il ne pourrait ni continuer dans ces conditions ni transplaner en sécurité. Le vent s’était encore renforcé et il risquait d’être désartibulé. En désespoir de cause, il se traîna jusqu’à la porte et y cogna de toutes ses forces. Il y avait de la lumière à la fenêtre, il y avait forcément quelqu’un. Il espérait que ça ne serait pas un fou furieux ou une famille nombreuse et qu’on pourrait l’héberger le temps que la tempête se calme.
La porte s’ouvrit et la bouche de Drago béa de surprise en découvrant un visage qu’il connaissait, même s’il ne l’avait pas vu depuis dix ans.
— Malefoy ?
— Je… Heu… J’ai besoin de me mettre à l’abri de la tempête.
Harry le fixa pendant trop longtemps au goût de Drago. Puis il s’écarta et le laissa entrer. Drago se jeta presque dans la maison et Harry referma derrière lui. La chaleur ambiante le fit aussitôt frissonner. Merlin, comme c’était agréable !
— Comment tu m’as trouvé, Malefoy ?
— Je ne savais pas que tu habitais ici. Je suis venu chercher quelque chose chez l’apothicaire et je me suis retrouvé dans la tempête. J’ai juste frappé à la première maison sur mon chemin quand je me suis rendu compte que je ne pouvais plus rentrer chez moi.
— OK. Bon… J’allais pas te laisser là dehors. Tu peux accrocher tes vêtements mouillés ici. Il y a un feu dans le salon, pour te réchauffer.
— Merci, Potter.
Drago se débarrassa de sa cape et de ses bottes trempées. Il eut un instant honte de se retrouver en chaussettes, mais un simple coup d’œil lui permit de constater que Harry portait des pantoufles ridicules en forme de rennes de Noël et il se sentit un peu soulagé. Il le suivit jusque devant la cheminée et laissa le feu réchauffer ses os congelés.
— Tiens.
Drago se retourna. Harry lui tendait une tasse fumante dont les effluves de bergamote trahissaient son contenu. Il ne l’avait ni entendu quitter la pièce ni revenir. Il saisit le thé avec reconnaissance.
— Merci.
Harry haussa les épaules et s’assit sur son canapé. Il ouvrit un livre et leva le regard vers Drago un instant avant de se plonger dans la lecture.
— Fais comme chez toi. La tempête n’est pas prête de s’arrêter.
C’était bien la veine de Drago. Coincé au milieu de nulle part alors qu’il avait une potion à préparer pour le soir même. Il aurait dû être plus attentif à ses stocks et surtout ne pas accepter cette commande de dernière minute. Il lança un discret tempus : il était dix heures. Avec un peu de chance, le vent cesserait de hurler d’ici la fin de la journée, il pourrait travailler tard dans la nuit et livrer la potion aux premières heures le lendemain. Son client serait peut-être conciliant. Il s’installa à l’autre bout du canapé et sirota lentement son thé. Cela acheva de réchauffer son corps transi.
Harry avait eu raison : la tempête n’avait pas faibli. Elle semblait même s’aggraver. Drago avait eu le temps de boire deux tasses de thé et Harry d'avancer dans sa lecture.
— Tu veux manger quelque chose ?
— Je ne veux pas te déranger, répondit Drago alors que son estomac grognait.
— Écoute… soupira Harry. J’ai accepté de t’héberger, je vais pas te laisser crever de faim.
— Merci.
Harry se leva après avoir posé son livre sur sa table basse encombrée.
— Par contre, tu peux m’aider.
— Oui, bien sûr.
Drago le suivit dans la cuisine. Elle était vaste et lumineuse. Des plantes grasses débordaient du dessus d’un des placards. Une grande table en bois clair trônait au centre.
— Ça te va des lasagnes ?
— Je ne suis pas difficile.
En tout cas, il n’allait pas l’être. Ce n’était pas le moment de parler de ses préférences gustatives. Il se lava les mains et attendit les instructions de Harry qui avait commencé à sortir les ingrédients.
La préparation se déroula dans une ambiance curieusement détendue. Le silence n’était pas dérangeant et ils évoluaient l’un autour de l’autre sans se gêner. Harry savait déléguer et Drago n’avait pas la moindre difficulté à suivre le rythme. Ils ne s’étaient pas vus depuis dix ans et pourtant, c’était comme si la dernière soirée du groupe avait été hier.
Après la huitième année, ils avaient tous continué à se fréquenter. Les Serpentard avaient fini par être pardonnés et acceptés par les autres – après avoir prouvé qu’ils étaient capables de changer – et ils étaient sortis une fois par mois. Parfois ils avaient été au Chaudron Baveur ou aux Trois Balais par nostalgie. Parfois ils avaient choisi un club moldu pour danser la moitié de la nuit. Parfois ils avaient joué au Quidditch derrière le Terrier. Parfois ils s’étaient donné rendez-vous chez l’un d’entre eux. Plus le temps était passé, moins ils avaient été côté sorcier, puis ils avaient complètement arrêté. Pourtant, cela n’avait pas suffi et Harry avait subitement disparu de la circulation au lendemain de ses vingt-deux ans. Ron et Hermione savaient où il était, mais n’avaient jamais vendu la mèche. Le groupe avait perdu sa dynamique après son départ et même s’ils continuaient à se voir, ça s’était espacé. De plus en plus, pour ne plus être qu’occasionnel. Le fait que certains aient désormais des enfants n’aidait pas à s’organiser.
— Pourquoi es-tu parti d’un coup sans prévenir ? demanda Drago une fois que Harry ait glissé le plat dans le four.
— Je supportais plus la pression médiatique, j’ai craqué.
Harry se passa une main dans les cheveux en fuyant le regard de Drago.
— Tu nous as manqué.
— Je suis pas si indispensable… Je sais que vous vous en sortez tous très bien sans moi. Ron et Hermione me donnent des nouvelles.
Drago se permit de le détailler du regard. Il avait peu changé en dix ans : les cheveux toujours en bataille – mais un peu plus longs, les mêmes lunettes rondes, le même sourire en coin gêné, un style vestimentaire d’adolescent – qui lui allait pourtant sacrément bien. Le revoir réveillait des émotions qu’il avait appris à ignorer depuis longtemps.
— Tu m’as manqué, avoua Drago.
Les yeux verts de Harry trouvèrent les siens.
— Ah oui ?
— J’ai besoin d’un adversaire à la hauteur au Quidditch, Potter.
— Et je l’étais ?
— Tu l’as toujours été, tu le sais très bien.
— Tu l’avais jamais dit, ricana Harry. J’ai bien fait de partir si ça te fait avouer ce genre de choses.
Drago leva les yeux au ciel, mais les coins de sa bouche se retroussèrent d’eux-mêmes en un sourire. Harry le poussa de l’épaule, le sourire de Drago s’agrandit.
— Tu veux une bière ?
— Allez, pourquoi pas. Ce n’est pas comme si j’allais pouvoir transplaner bientôt de toute façon.
Harry bougea le rideau de la fenêtre de sa cuisine pour jeter un œil à l’extérieur.
— Pas avant demain, je pense.
— Merde !
— Je me doute que t’avais pas envie d’être coincé avec moi, mais c’est quand même vexant ! rétorqua Harry en lui tendant une bière.
— Mais non, ce n’est pas à cause de toi. J’ai une commande pour ce soir, je ne vais pas pouvoir l’honorer si je suis bloqué.
Harry entama sa boisson après l’avoir entrechoqué avec celle de Drago. Il lui jeta un regard exaspéré : il ne se ferait jamais à cette coutume.
— Je me demandais bien ce que tu fichais par ici la veille de Noël.
— L’un de mes fournisseurs est l’apothicaire de ce village, expliqua Drago entre deux gorgées. D’habitude je passe commande par hibou, mais j’étais pressé alors je suis venu directement. Je ne m’attendais pas à tomber au milieu du blizzard.
Harry émit un petit bruit d’assentiment et se baissa pour regarder dans son four. Ses fesses tendirent son jean et Drago sentit ses joues s’enflammer.
— Bientôt prêt. On va mettre la table. Tiens, tu peux attraper les assiettes, dans ce placard ?
Drago s’activa et ils furent rapidement attablés devant des lasagnes au fumet alléchant. Comme pendant la préparation, le déjeuner fut silencieux. Mais Drago ne trouvait pas cela désagréable. Au contraire, il avait tout le loisir d’observer Harry et profiter du délicieux repas. Il se doutait qu’ils ne se reverraient peut-être plus et il voulait engranger de nouveaux souvenirs de lui. Pansy allait encore se moquer de lui parce qu’il était incapable de passer au-delà de son vieux crush. Mais Drago n’y pouvait rien, dès qu’il avait appris à connaître Harry, les sentiments s’en étaient mêlés.
L’estomac plein, Harry l’invita à rejoindre dans le salon pendant qu’il nettoyait. Drago se sentait un peu inutile et voulait aider, mais Harry avait refusé. Il retourna donc devant la cheminée et prit le temps d’observer les clichés qui étaient posés sur le linteau. Ses parents, Ron et Hermione le jour de leur mariage, le groupe de la huitième année lors de la remise des diplômes, Rose quand elle était encore un bébé et Edward sur le quai 9¾. Son isolement lui avait fait rater une partie de ces évènements et Drago était tout de même heureux qu’il ait des photos. Il se doutait aussi qu’il continuait à voir ses filleuls malgré son retrait du monde magique. C’était surprenant qu’il soit seul chez lui une veille de Noël, n’était-il plus invité au Terrier ?
— Tu m’aides à décorer le sapin ?
Drago se tourna vers Harry. Deux cartons, qui semblaient avoir vécu une guerre, lévitaient à ses côtés.
— Je n’aime pas trop ça.
— T’aimes pas décorer les sapins de Noël ? s’étonna Harry en déposant les cartons au sol.
— Je n’aime pas cette période.
— Pourquoi ?
Drago soupira. Il n’avait pas prévu de s’ouvrir sur ce sujet délicat et encore moins avec quelqu’un qu’il n’avait pas vu depuis dix ans. Même s’ils avaient été amis avant son départ.
— C’est… compliqué.
— Okay. Je vais le faire tout seul, pas de souci.
Drago s’installa sur le canapé et l’observa accrocher les lumières, puis les guirlandes, puis les boules dépareillées, puis des décorations visiblement fabriquées par des mains d’enfants. C’était un arc-en-ciel plutôt qu’un sapin.
— Pourquoi le faire si tard ?
— Oh. Hé bien, Rosie et Teddy seront là pour le Boxing Day, je voulais qu’il ait encore toutes ses aiguilles.
— Tu pouvais le faire pour toi.
— Je le fais plus pour eux que pour moi. Je suis tout seul, j’ai pas besoin d’un arbre décoré dans mon salon pour me sentir bien.
Harry se recula pour observer son œuvre, sa tête légèrement penchée sur le côté. Puis il la hocha et sourit.
— Ça ira. T’en penses quoi ?
Le sourire ravi de Harry fit palpiter le cœur de Drago. Il avait l’air si heureux.
— C’est très bien.
— Tu mens tellement mal ! répliqua Harry en explosant de rire.
Drago se renfrogna et croisa les bras sur son torse dans une attitude boudeuse.
— T’as jamais su mentir, Drago. En tout cas, j’ai toujours vu à travers. Le prends pas mal.
Drago grommela et continua à faire la moue. Harry s’affala à ses côtés et le bouscula doucement de l’épaule.
— Boude pas. Tu vas avoir des rides sinon.
— Hé ! On me dit tout le temps que je ne fais pas mon âge.
— J’en doute pas.
L’air taquin de Harry était adorable. Drago se détendit alors que son cœur menaçait de battre un record de vitesse.
— On regarde un film ?
— Je suppose qu’il faut bien s’occuper.
Harry s’activa sur sa télévision puis ramena du pop-corn qu’il tendit à Drago. Il le fixa d’un air circonspect : ils avaient fini de manger une heure avant seulement. Mais comme il ne voulait pas être impoli, il garda le bol sur ses genoux.
Le film s’appelait The Holiday, une romance de Noël somme toute assez banale, mais moins ennuyante qu’il avait cru au premier abord. Il ne pouvait pas dire qu’il avait aimé, mais il n’avait pas détesté non plus. Ce qu’il avait préféré, c’était Harry, blotti tout près de lui, qui piochait dans le bol de pop-corn toutes les cinq minutes en frôlant ses mains au passage. Merlin, il était un puits sans fond. Cela ne fit que rappeler à Drago tous les repas qu’il avait partagés avec Harry avant qu’il disparaisse. Une vague de nostalgie et de tendresse le traversa. Il lui avait vraiment manqué et il n’en prenait réellement conscience que maintenant. Il l’avait su, il s’était souvent fait la réflexion ces dix dernières années, mais il avait aussi appris à vivre sans lui, puisqu’il n’avait pas eu le choix. Et désormais, il ne voulait plus revenir à cette absence dans sa vie.
Le générique de fin vit s’étirer Harry dont le bras passa derrière les épaules de Drago. Sa main effleura son crâne et le cœur de Drago fit un petit bond. Il se faisait des idées, ça ne pouvait pas être intentionnel.
— Bon… T’en as pensé quoi ?
— Hum… Un peu trop hétéro pour moi, mais il était pas mal quand même.
— Ouais, je vois ce que tu veux dire. Mais c’est un des meilleurs du genre. Peut-être qu’un jour on aura droit à nos romances queers de Noël ?
— Ne rêve pas trop, Harry.
Il haussa les épaules en souriant.
— J’ai quelques cadeaux à mettre sous le sapin, excuse moi un instant.
Harry ne s’absenta pas longtemps et bientôt un tas de paquets bariolés s’empila au pied de l’arbre décoré.
— Je vais préparer le dîner. Tu m’aides ?
Drago se leva et suivit de nouveau Harry dans la cuisine. Comme pour le déjeuner, il respecta ses instructions à la lettre. Cette fois, ils discutèrent pendant la préparation du fondant au chocolat, du poulet farci et des pommes de terre. Harry lui posa des questions sur sa vie et Drago fut ravi d’y répondre. Oui, l’entreprise marchait bien. Oui, ça avait mis du temps à démarrer. Non, il n’avait pas de petit-ami. Non, son père ne lui manquait pas.
Harry répondit aussi aux siennes. Drago était curieux de savoir comment il avait occupé son temps. Il semblait qu’il avait appris à cultiver son petit bout de jardin, qu’il avait des poules et deux chats timides que Drago n’avait pas encore vus, qu’il courait tous les matins, qu’il faisait toutes ses emplettes à pied dans les villages des environs, qu’il s’était mis au dessin et au tricot.
— Le monde magique ne te manque pas du tout ?
— Non.
Drago sentit son cœur se serrer. C’était une vérité difficile à accepter de ne pas avoir manqué à quelqu’un. Mais ce n’était pas comme s’il pouvait y faire quelque chose.
— Je suis désolé d’être parti sans rien vous dire.
Drago cessa de touiller le chocolat en train de fondre pour fixer Harry qui pesait la farine et la levure.
— J’aurais dû tous vous mettre dans la confidence, mais… Je sais pas… Au moment de partir, ça me semblait insurmontable de revenir même pour nos soirées. J’ai eu tort. Et après j’avais honte et j’osais plus. Et plus le temps passait, plus je trouvais ça idiot et… Bref…
Ses épaules s’avachirent un peu. Drago y posa une main qu'il espérait réconfortante.
— J’aurais préféré savoir, mais je suis content d’être tombé sur toi par hasard aujourd’hui.
— Hé ! Remue le chocolat, ça va brûler !
Drago reporta son attention sur sa tâche et tourna de plus belle. Son cœur s’était allégé.
Ils enfournèrent le dessert et attendirent que tout soit cuit en buvant un thé. Le vent hurlait contre les fenêtres et les murs de la maison et Drago eut peur un instant que le toit s’envole. Ils discutèrent encore : de leurs amis, d’Edward – Harry se moqua de lui parce qu’il ne l’appelait pas Teddy, de Quidditch, de cinéma et de littérature. La bibliothèque de Harry s’était considérablement élargie en dix ans et Drago appréciait de pouvoir échanger sur ce sujet avec lui, alors qu’ils ne l’avaient jamais fait avant.
Les sentiments que Drago avait fini par enfouir remontaient à la surface et il se sentait de plus en plus triste de devoir quitter Harry dès que la tempête serait terminée. Une sorte de panique s’infiltra en lui à l’idée de ne plus jamais le revoir. Il dut s’excuser et s’enfermer dans les toilettes pour reprendre contenance. Il ne pouvait pas craquer maintenant, cela ne donnerait rien de bon. Harry n’avait pas demandé à le voir, à l’héberger et encore moins à supporter ses états d’âme.
Quand Drago revint, Harry avait mis le couvert et des petites lucioles décoraient le plafond.
— Je sais que t’aimes pas trop Noël, mais ça faisait vraiment triste sans rien.
— Ça ira. Je suis presque soulagé de ne pas devoir me rendre au Manoir en vérité.
— La tempête est bien tombée alors !
Drago ne put s’empêcher de pouffer.
— Si on veut. Mère va s’inquiéter cependant.
— Ma cheminée n’est pas reliée au réseau et aucun hibou ne pourra voler par ce temps, mais tu peux envoyer un patronus.
Drago se sentit rougir et détourna le regard.
— Je ne sais pas faire de patronus corporel.
— Je peux le faire pour toi, si tu veux.
Drago releva la tête vers Harry. Ses yeux verts souriaient. Une plaisante sensation de chaleur s’épanouit dans la poitrine de Drago et la honte s’estompa.
— Je veux bien, merci.
Un cerf d’argent s’envola bientôt et Drago fut rassuré de savoir que sa mère ne l’attendrait pas en vain en s’imaginant les pires scénarios sur son absence. Il détestait retourner au Manoir et fêter Noël, mais il aimait sa mère et ne voulait pas lui causer de la peine. Elle n’était déjà pas en excellente santé, elle n’avait pas besoin de ça.
Après le dîner, Harry l’envoya de nouveau dans le salon pendant qu’il rangeait et préparait du lait de poule. Drago s’installa sur le canapé en observant une fois de plus les lieux. Le sapin arc-en-ciel était approprié à cette maison et à Harry, et il s’aperçut que cette façon de fêter Noël ne le dérangeait pas. Il n’y avait pas cette angoisse qui serrait sa gorge quand il passait les grilles du Manoir, ni ce poids dans son estomac quand il embrassait sa mère pâle et épuisée, ni cette glace qui gelait ses entrailles quand il s’attablait dans la salle à manger où Voldemort avait présidé. Ici, tout était chaud, lumineux et coloré. Il trouvait ce sapin hideux et ces paquets mal emballés curieusement réconfortants.
Harry vint le retrouver avec deux tasses et des vêtements qu’il lui tendit.
— Je fais toujours la soirée du réveillon en pyjama avec un livre et du lait de poule. T’es obligé de faire pareil.
Drago éclata de rire, mais consentit à aller se changer. Il revint vêtu d’un pantalon couvert de vifs d’or un peu trop court, d’un t-shirt rouge avec une tête de lutin et d’une paire de chaussettes en laine visiblement tricotées à la main. Quand il rejoignit le salon, Harry aussi s’était changé et il était adorable dans son ensemble aux couleurs de Gryffondor usé jusqu’à la corde.
Sans lui demander son avis, Harry le fit se rasseoir sur le canapé et jeta un plaid sur ses genoux. Il lui tendit une tasse ainsi qu'un livre. Drago reconnut aussitôt le dernier tome de A la croisée des mondes.
— Je l’ai déjà lu.
— Moi aussi, répondit Harry, mais je le relis régulièrement et il ne me reste que trente pages.
Une vague de tendresse et de chaleur traversa Drago alors que Harry se collait à lui, les couvrait du plaid et ouvrait le livre entre eux.
Ils lurent la fin du Miroir d’ambre en sirotant le lait de poule et Drago se sentit submergé par l’émotion alors que Lyra rejoignait son monde, sans Will. Il vit Harry essuyer une larme au coin de son œil et ne put résister à passer son bras autour de lui pour le serrer. Harry posa sa tête sur son épaule et soupira. Il restait encore quelques pages, mais le livre semblait être oublié.
— Comment se fait-il que tu sois seul pour le réveillon, Harry ?
— Ron et Hermione sont dans leurs familles et je ne supporte plus les grosses réunions du Terrier depuis longtemps. Ils viennent toujours pour le Boxing Day et j’irai voir Molly et Arthur avant le Nouvel An.
— Tu ne te sens pas trop seul ? Je croyais que tu voulais une grande famille.
— J’ai changé d’avis, soupira de nouveau Harry. Les séquelles de la guerre n’ont jamais vraiment guéri et il n’y a qu’ici que je me sens bien. La plupart des gens ne comprennent pas ce que j’ai vécu.
Une pointe traversa le cœur de Drago.
— Je suis désolé, Harry.
— Le sois pas. Je suis heureux ici et dans ma vie, maintenant. Enfin… il manque pas grand-chose pour que ce soit parfait.
— Que te manque-t-il ?
— Quelqu’un pour partager ma vie. Mais personne ne voudrait s’enterrer dans ce coin paumé avec moi.
Drago se rendit compte qu’il vivait presque tout aussi isolé que Harry. Son entreprise fonctionnait par correspondance, sa petite maison était en dehors d’Oxford et il voyait de moins en moins de monde.
— Moi ça ne me dérangerait pas, murmura-t-il en espérant à moitié que Harry ne l’entendrait pas.
Il ne répondit pas, mais sa main chercha la sienne sous le plaid et il entrelaça leurs doigts. Alors Drago resta silencieux lui aussi et profita de la chaleur de Harry, du crépitement du feu dans la cheminée et du calme – relatif, puisque le vent soufflait toujours.
Drago se réveilla en sursaut. La lumière lui fit plisser les paupières, son cou était douloureux, Harry était toujours collé à lui. Ils s’étaient endormis sans s’en rendre compte. Il le secoua un peu et Harry ouvrit les yeux en bâillant.
— Qu’esse qui s’passe ?
— On s’est endormi sur ton canapé.
— Oh.
Harry se redressa et lança un tempus. L’horloge de fumée flotta quelques instants dans les airs : trois heures. Harry se tourna vers lui, il lui sourit mollement, les yeux encore plein de sommeil, les cheveux dans un désordre indescriptible.
— Joyeux Noël, Drago.
— Joyeux Noël, Harry.
— Je pense qu’on serait mieux dans un lit…
Drago hocha la tête et Harry sourit de nouveau. Il était adorable.
— J’ai pas vraiment l’énergie de faire la chambre d’ami, ça te dérange de dormir avec moi ?
— Non, affirma Drago, surpris par sa réponse.
Harry se leva, le tira par la main dans les escaliers et le poussa presque dans un lit qui n’était pas fait. Épuisé, Drago s’y glissa et se rendormit presque aussitôt.
Quand il se réveilla de nouveau, tout était silencieux. Le vent ne soufflait plus. Il faisait encore nuit dehors, mais il n’était plus fatigué. L’horloge interne de Drago le réveillait toujours aux aurores. Pourtant, il aimait paresser au lit longtemps après avoir ouvert les yeux. Comme Harry semblait endormi, Drago attendit tranquillement, les paupières fermées, et écouta sa respiration profonde. Il n’avait jamais partagé la chambre de Harry à Poudlard, même en huitième année. Et lors des soirées trop arrosées, Drago n’en avait jamais eu l’occasion. C’était toujours Neville ou Luna qui finissait dans son lit.
C’était agréable de partager le lit de quelqu’un. Ça ne lui arrivait pas si souvent. Ses histoires ne duraient jamais bien longtemps et il n’aimait pas rester après les coups d’un soir.
Harry se réveilla une heure plus tard en s’étirant. Le soleil s’était levé et ses rayons froids éclairaient à peine la chambre. Un sourire endormi était plaqué sur ses lèvres. Drago aimait ça. Il ne souriait pas autant avant. Sa nouvelle vie le rendait visiblement plus heureux.
— Petit dej ?
— Un tour à la salle de bain ne serait pas de refus, si ça ne te dérange pas.
— Pas du tout. Je te montre.
Drago prit une douche et hésita à enfiler ses habits de la veille ou à garder le pyjama. La tempête semblait terminée et il n’avait plus vraiment d’excuse pour rester. Pourtant, il en crevait d’envie. Des coups à la porte le tirèrent de ses réflexions.
— Tu veux des vêtements propres ?
Drago entoura sa taille de la serviette et entrouvrit la porte. Il croisa le regard de Harry un instant avant que celui-ci s’abaisse au niveau de sa poitrine. Une rougeur couvrit aussitôt ses joues.
— Je…
— Ne dis pas que tu es désolé. Ça fait plus de quinze ans et j’ai appris à vivre avec.
— C’est… C’est pas ce que j’allais dire.
— Oh. D’accord. Et donc ?
Les joues de Harry devinrent cramoisies.
— Je t’imaginais pas aussi canon.
Ce fut au tour des joues de Drago de s'enflammer, mais un sourire narquois fleurit sur ses lèvres.
— Ah oui ?
— Hm hm. Et je pense que tu le sais parfaitement.
— Peut-être, taquina Drago avec un immense sourire. Tu me passes tes vêtements ou je dois prendre le petit-déjeuner dans cette tenue ?
Harry cacha quelque chose derrière lui et fit un pas en arrière.
— Viens les chercher.
Drago ouvrit la porte de la salle de bain en grand et s’avança vers Harry. Ce dernier recula encore puis lui tourna le dos et dévala les escaliers à toute vitesse. Drago se précipita à sa suite et le rattrapa dans la cuisine. L’air taquin, Harry tenait les vêtements loin au-dessus de sa tête en reculant vers la table — qui était mise. Drago le poussa contre le meuble et tendit le bras. Il referma sa main sur celle de Harry sans aucun mal et la tira vers le bas. Harry se laissa faire. Ils étaient presque collés l’un à l’autre et la chaleur de Harry fit frissonner Drago.
— Je suis plus grand que toi, tu le sais, souffla Drago à quelques centimètres du visage de Harry.
— Je sais.
Ses grands yeux verts le fixaient derrière ses lunettes. Ils étaient brillants et souriants. Ils se dirigèrent vers le bas, pendant un instant, avant de revenir capter les iris gris de Drago. Puis il l’embrassa. Drago lâcha la main de Harry et enfouit ses doigts dans sa tignasse folle en répondant au baiser.
Les vêtements firent pouf en rejoignant le sol et Harry plaqua ses mains sur le dos nu de Drago. Elles volèrent sur sa peau, de ses épaules à ses fossettes de Vénus. Ses doigts chauds étaient délicieux et Drago voulait qu’ils le touchent partout. Il n’y avait qu’une serviette à retirer après tout.
— On est obligés de manger maintenant ? murmura Drago en s’éloignant quelques instants des lèvres de Harry.
— Du tout. On peut retourner dans ma chambre, si tu veux. Mais… je croyais que tu avais une commande en retard.
— Tant pis, décida Drago. C’est Noël après tout.
Harry se mit à rire et Drago l’embrassa de nouveau. Il picora ses lèvres, sa mâchoire, son cou, tira sur le col pour lécher ses clavicules.
— Chambre alors, grogna Harry d’une voix légèrement haletante.
Il fallut bien plus de temps pour remonter qu’ils en avaient eu besoin pour descendre, trop occupés à s’embrasser à chaque marche. Leurs mains ne semblaient pouvoir se détacher de l’autre.
Le lit n’était toujours pas fait, mais Drago s’en moquait. Il recula en tirant Harry avec lui, dénoua sa serviette et rampa en arrière pour s’allonger sur les oreillers. Le regard de Harry pétilla et parcourut ostensiblement son corps.
— Tu es beaucoup trop habillé, fit remarquer Drago.
Harry retira son pyjama en quelques gestes et le rejoignit à quatre pattes, félin. Le ventre de Drago se contracta, son sexe se gorgea de sang. Les doigts de Harry l’effleurèrent au passage et Drago papillonna des yeux en se tendant vers le contact. Alors qu’il imaginait que Harry allait jouer avec lui et le torturer, sa main se referma sur son érection et commença à bouger.
Drago empauma la nuque de Harry pour l’embrasser de nouveau. Sa langue s’infiltra sa bouche alors qu’il réfrénait les gémissements qui voulaient s’échapper de sa gorge. Les gestes de Harry ne ralentissaient pas et Drago se sentit déjà dangereusement proche de la jouissance. Ses doigts caressèrent le torse de Harry, puis son ventre et s’enroulèrent enfin autour de son sexe. Il ne s’attarda pas et suivit le rythme imposé par Harry.
La chambre ne fut bientôt plus remplie que de respirations courtes et gémissements. Au grand désespoir de Drago, il ne tint pas bien longtemps et se déversa trop vite entre les doigts de Harry. Il chercha sa bouche et l’embrassa jusqu’à ce qu’il perde pied à son tour. Puis, enfin, ils se regardèrent en récupérant leur souffle. Leurs sourires parlaient pour eux.
— Je devrais remercier cette tempête.
— Tu devrais, confirma Harry en l’embrassant. Tu restes ?
— Je reste. Autant de temps que tu voudras.
