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Language:
Français
Stats:
Published:
2026-02-27
Words:
1,420
Chapters:
1/1
Kudos:
1
Hits:
84

Faim

Summary:

Aramis n’avait rien à faire, à part penser à son estomac désespérément vide. Et il avait beaucoup d’idées de plats qu’il imaginerait manger. Cela l’occupait, mais cela le ramenait toujours à son principal problème : si ses amis ne venaient pas rapidement, il allait bientôt se transformer en cadavre, et il aurait préféré une autre manière de mourir. Peut-être plus spectaculaire. Et certainement pas seul dans une cellule sombre et glaciale

Notes:

C'est ma première (et sans doute ma dernière) participatio au Febuwhump, mais il fallait absolument que vous offre ce nouvel hurt Aramis. Donc le voilà.

Trigger warning : privation de nourriture, hallucinations, alimentation forcée (non décrite).

Oui, c'est toujours sympathique, ce que j'écris (en même temps, c'est pour le Febuwhump, faut pas s'attendre à quelque chose d'autre)

Work Text:

Allait-il sérieusement le laisser mourir de faim ?

Si c’était leur but, ils partaient bien : après deux (ou trois ?) jours sans manger, il se sentait prêt à défaillir au moindre geste. Il aurait presque préféré un interrogatoire en règle, mais ses ravisseurs devaient être des gens de principe, car ils s’étaient contentés de l’abandonner dans une cellule et de venir vérifier, de temps en temps, s’il était encore vivant, et lui apporter un peu d’eau quand il se sentait d'humeur généreuse. Sans ça, Aramis aurait été bien plus affaibli.

En attendant, il avait eu le temps d’inspecter une petite dizaine de fois sa cellule, et le terme “inspecter” était un grand mot puisqu’il n’y avait rien à voir. La fenêtre (pouvait-on réellement appeler ça une fenêtre ?) était bien trop haute, il avait déjà tenté d’escalader, en vain). La seule autre issue était la porte, mais il n’était pas assez stupide pour essayer de la défoncer. Ses ravisseurs s'étaient montrés globalement courtois, et Aramis préférait qu’il le reste jusqu’à ce que ses amis viennent le chercher.

En gros, il n’avait rien à faire, à part penser à son estomac désespérément vide. Et il avait beaucoup d’idées de plats qu’il imaginerait manger. Cela l’occupait, mais cela le ramenait toujours à son principal problème : si ses amis ne venaient pas rapidement, il allait bientôt se transformer en cadavre, et il aurait préféré une autre manière de mourir. Peut-être plus spectaculaire. Et certainement pas seul dans une cellule sombre et glaciale.

Il fut distrait de ses problèmes alimentaires quand la porte de la cellule s’ouvrit, et qu’un des mercenaires entra. Cette fois, il ne lui apporta pas d’eau.

Aramis préféra l’ignorer, depuis le coin où il était assis par terre.

“Toujours vivant ?

— A votre avis”

Plus d’énergie pour inventer une réplique cinglante. Il préférait appuyer sur son estomac et l’empêcher de protester contre le jeune forcé.

Le garde finit par repartir, laissant Aramis seul.

 

Parfois, il avait l’impression que son estomac allait imploser faute de nourriture solide à l’intérieur. Cela faisait longtemps que personne n’était venu le voir.

Quelque part dehors, ses amis devaient être en train de retourner la ville pour le retrouver, et l’idée le réconfortait un peu. Il aurait néanmoins préféré qu’ils arrivent plus vite. Etait-il si difficile à trouver ? Il n’avait pas l’impression que ses ravisseurs prenaient beaucoup de précautions pour le cacher.

 

Les périodes qu’Aramis préférait étaient quand il se réveillait et qu’il s’apercevait qu’il ne ressentait plus rien. Plus rien du tout. Comme si son estomac en avait eu assez de réclamer de la nourriture et qu’il était parti pour en chercher lui-même. Il savait que ce n’était pas normal —son estomac était toujours aussi vide, et toujours à la même place, mais cela lui plaisait de pouvoir penser à autre chose qu’à manger.

Au moins un petit peu, car ça ne durait pas longtemps : son estomac finissait invariablement par lui rappeler qu’il existait, et qu’il était vide.

 

Était-ce une hallucination, ou quelque chose avait bougé, de l’autre côté de la cellule ? C’était sûrement une hallucination. Il était seul dans la cellule, il l’avait déjà oublié ?

Néanmoins, il était persuadé de voir du mouvement sur la pierre juste en face de lui. Une araignée ? Non, impossible. Une araignée ne ferait pas ce genre de mouvement. On aurait dit une mini cuisse de poulet qui dansait.

Une mini cuisse de poulet qui dansait ? C’était définitivement une hallucination, causée par la faim, l’épuisement ou un truc du genre.

Mais quand même, s’il y avait réellement quelque chose à manger dans cette cellule, ce serait dommage qu’Aramis n’en profite pas. Cela ne lui coûtait rien de vérifier, non ?

Il tenta trois fois de se remettre debout avant d’abandonner. Il dut ramper à travers toute la cellule, se promettant que cela valait le coup pour protéger le peu de fierté qui lui restait.

A son arrivée, la mini cuisse de poulet avait disparu, ou alors elle n’avait jamais existé. Frustré, il se retourna.

La mini cuisse de poulet continuait de danser, de l’autre côté de la pièce, là où il était il y a deux minutes. Depuis quand les minis cuisses de poulet se téléportaient d’un bout à l’autre de la pièce. Et depuis quand elles dansaient, tant qu’on y était ?

Mais Aramis avait faim, et une mini cuisse de poulet lui faisait de l'œil. Il entreprit donc de traverser la cellule pour la deuxième fois. La mini cuisse de poulet finirait par s’épuiser, et il la mangerait. Du moins, s’il ne s’épuisait pas avant elle.

Il passa une éternité à poursuivre sa mini cuisse de poulet. Celle-ci était aussi tenace que lui, et ne cessait de frétiller pour l’attirer à un autre endroit. De temps en temps, elle laissait tomber un peu de jus, et Aramis léchait le sol pour l’absorber. Mais cela ne suffisait pas, bien sûr que cela ne suffisait pas. Ce n’était qu’une minuscule goutte, et il n’avait rien mangé depuis des jours. Ce qu’il lui fallait, c’était la mini cuisse de poulet. Dans son cerveau enfiévré, la manger suffirait pour régler tous ses problèmes. Il ne fallait que l’attraper, et il continuait ses tentatives avec un zèle remarquable.

 

Les Mousquetaires avaient eu beaucoup de mal à mener leur enquête. Peu d’indices, et des témoins ayant une étonnante capacité à se suicider de n’importe quelle manière plutôt que de parler. Mais, finalement, ils obtinrent une adresse dans la Cour des Miracles.

Sauf que la Cour des Miracles étaient sûrement l’endroit le plus dangereux pour un Mousquetaire du Roi : un soldat ne pouvait y faire un pas sans y être repéré par les dizaines de voleurs et autres brigands qui s’y terraient. La Cour était le seul endroit à Paris où on pouvait faire ce que l’on voulait, pourvu que cela plaise au roi des mendiants.

Ils mirent deux jours à trouver un moyen d’entrer, et dix minutes pour trouver l’emplacement exact de la cellule d’Aramis.

Celle-ci était gardée par un mercenaire que Porthos poignarda sans se poser beaucoup de questions.

Aramis était au fond de la cellule, recroquevillé sur lui-même. Il tremblait légèrement, et semblait fasciné par quelque chose d’invisible pour tout le monde sauf lui sur le mur opposé. Il était si concentré qu’il ne remarqua même pas que ses amis étaient finalement venus pour le délivrer.

“Ils l’ont laissé tout ce temps ici” s’insurgea d’Artagnan.

Il ne semblait pas blessé, du moins pas physiquement.

Porthos préféra s’approcher doucement et l’appela pour attirer son attention.

Aucune réaction. Pas plus quand son meilleur ami agita sa main devant ses yeux, ou qu’il lui pressa l’épaule. Au bout d’un moment, il se dégagea et tenta de ramper vers l’autre mur de la pièce, peut-être pour aller voir ce qui le fascinait tant. Porthos le souleva sans le moindre effort —Aramis pesait à peu près autant qu’un nouveau-né, et décida qu’il chercherait à comprendre quand ils seraient tous en sécurité.

Sortir de la Cour des Miracles ne fut, miraculeusement, pas compliqué : ils suivirent le même chemin qu’à l’aller sans croiser personne et arrivèrent sans truc compliqué [d’accord, je fatigue un peu, trouvez une expression mieux que “truc compliqué” à ma place] à la garnison.

Aramis s’était endormi en chemin, et ils eurent du mal à le réveiller pour l’alimenter. Mais, d’après leur enquête, il n’avait rien mangé depuis sa capture, et il était grand temps qu’il le fasse. Ce ne fut pas quelque chose d’agréable, puisqu’Aramis refusa toute nourriture et qu’ils durent le nourrir de force, espérant sans conviction qu’il ne vomisse pas tout.

Il vomit tout moins de dix minutes plus tard.

Ce ne fut qu’à la troisième tentative qu’il garda un peu de bouillon dans son estomac, et il mit encore deux jours à reprendre complètement ses esprits.

La première chose qu’il demanda (après des retrouvailles mignonnes que j’ai pas le temps d’écrire, donc imaginez à ma place), fut les raisons de sa capture.

“Le Roi de la Cour des Miracles veut faire des expériences, par exemple le temps qu’un homme à qui on donne de l’eau met pour mourir de faim. Il a donc testé ça… sur toi, résuma d’Artagnan.

— Je pourrais me venger ? demanda Aramis avec espoir.

— Cela déclencherait une guerre civile, lâcha Athos, et tu aurais tout ce que Paris compte de voleurs, d’assassins et de mendiants qui voudraient te voir mort”

Aramis n’était tout de même pas assez idiot pour risquer de tuer le Roi des Mendiants, n’est-ce pas ?

 

Ah si, en fait.

Et c’est ainsi qu’Aramis plongea la capitale française dans la guerre civile.