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J'ai tant rêvé de toi

Summary:

Béatrice est la seule et unique personne au monde à s'être réveillée un jour avec la capacité de se téléporter à travers l'espace.
Et depuis que la planète entière a appris la nouvelle, son existence a radicalement changé : elle est passée d'une vie d'anonyme timide et renfermée, à celle d'une célébrité, ou plutôt de LA personnalité la plus connue sur Terre. Des milliards de personnes savent désormais qui elle est, comment elle vit, ce qu'elle fait. Et des centaines de gouvernements et d'organisations tentent de la recruter, ou bien de la manipuler...
Un jour, un incident au cours d'une émission de télévision à laquelle elle est invitée lui fait croiser la route d'Ava, une jeune actrice venue faire la promotion d'un étrange film à propos de nonnes qui combattent des démons...

Notes:

Je m'excuse d'avance pour d'éventuelles fautes d'orthographes qui vous feraient saigner des yeux ...

Chapter Text

Béatrice se réveillait tous les matins en observant ses mains. Quelque chose avait définitivement changé dans la couleur des veines qui les parcouraient. Elle avait la sensation que tout son pouvoir récemment acquis était concentré là, à la pointe de ses dix doigts.
Après deux bonnes minutes de bug intense, la jeune femme referma ses mains et quitta le lit de la chambre d'hôtel où elle résidait depuis quelques jours.
Elle passa un peignoir sur son corps nu, et s'approcha de l'immense baie vitrée qui offrait une vue à 180 degrés sur Manhattan. Elle observa les buildings alentours, et s'interrogea sur le temps qui lui restait avant de cesser d'être impressionnée par le luxe qui lui était offert partout où elle allait.
Béatrice supposait qu'au bout d'un an, peut-être deux, cela deviendrait une habitude. Elle se demanda alors si son attitude vis à vis des gens qu'elle côtoyait changerait aussi vite. Elle était sûre que cela arriverait : à force d'être servie, traitée différemment, comme une VIP à surprotéger. A force d'être manipulée par des personnes qui lui disaient que signer tel ou tel accord était dans son meilleur intérêt, à force de ne plus savoir qui croire, qui écouter, elle deviendrait forcément quelqu'un de froid, distant, et méfiant de tout ce qui l'entoure.

Cette dernière pensée la déprima profondément. Elle se souvint alors qu'elle avait rendez-vous avec la psychologue qui la suivait, ou plutôt qu'elle voyait en visio chaque semaine, car impossible pour un professionnel de santé de suivre le rythme effréné des déplacements de Béatrice.
La jeune femme s'approcha du bureau installé au milieu de l'immense suite et ouvrit un macbook pro auquel était relié un boîtier sensé sécuriser la connexion. Après avoir tapé un code puis apposé son index sur le clavier pour scan de son empreinte digitale, elle ouvrit une page pour démarrer le visio avec sa psy basée en Angleterre.

- Bonjour Béatrice, j'espère que vous êtes bien reposée ce matin, commença par lui dire le docteur Salvius.
- Bonjour Docteur, répondit Béatrice, je vais bien je vous rem..

La conversation fut interrompue par le bruit de quelqu'un qui toquait à la porte de la chambre.

- Excusez-moi un instant.., continua la jeune femme

Béatrice se leva pour rejoindre la porte, vérifia d'abord qui avait frappé en regardant par le judas, puis, constatant la présence d'un jeune homme en uniforme d'employé de room service, ouvrit.

 

- Bonjour Madame, commença poliment le garçon qui ne devait pas avoir plus de dix neuf ans, je vous apporte votre café et vos fruits comme vous l'avez demandé hier. Nous nous excusons d'ailleurs pour l'erreur sur le contenu de votre petit déjeuner. La direction tient à vous dire que cela ne se reproduira pas.

- Bonjour, ne vous excusez pas, je vous remercie pour le café et les fruits, répondit machinalement Béatrice, manifestement habituée à ce genre de manières.

La jeune femme adressa un petit sourire poli à l'employé, signe qu'il pouvait disposer, et en refermant doucement la porte, elle aperçut le regard étrange du jeune homme, juste un instant, une seconde, avant qu'il ne se retourne. Ce regard là elle le connaissait bien, car il était sur les visages d'absolument tous les gens qui la rencontraient pour la première fois : un mélange subtil d'étonnement, d'admiration, et de crainte.

Béatrice n'y pensa pas plus de quelques secondes, et retourna au bureau, le petit plateau du room service à la main. Elle s'excusa de nouveau auprès de sa psychologue, et avala une gorgée de café en l'écoutant démarrer la séance.

- Très bien Béatrice, commença le docteur Salvius, la dernière fois vous m'avez parlé de cauchemars récurrents et nous l'avons relié au stress provoqué par l'effort intense des exercices de téléportation du projet avec le gouvernement américain. Ou en êtes vous avec ces cauchemars ?
- Ils se sont beaucoup calmés, répondit distraitement Béatrice, nous avons fait une pause dans le programme, mon équipe a eu une discussion sérieuse avec la leur au sujet de ma santé...

Sur la vignette du visio, la psychologue afficha un visage plein d'empathie et d'inquiétude.

- Comment vous sentez vous, reprit-elle, après une expérience si intense ?
- Pour être tout à fait sincère docteur, répondit Béatrice, je me sens distante de la réalité. J'ai du mal à ressentir une quelconque émotion, même quand je suis sollicitée par les gens qui réussissent à m'approcher, cela ne me fait plus peur comme avant, cela ne me fait plus...rien.
- C'est tout à fait compréhensible, répondit Salvius, cela fait maintenant 6 mois que le monde sait pour vos capacités surnaturelles, vous vivez une célébrité à un stade que personne d'autre n'a jamais connu. Cela suppose une grande distanciation pour le supporter.

Béatrice acquiesça et participa vaguement au reste de la séance, par politesse, mais le cœur n'y était pas. Elle consulta ensuite l'agenda sur son téléphone, et constata sans surprise que chaque minute de sa vie était occupée par un événement que quelqu'un d'autre avait programmé pour elle.
Béatrice prit une profonde inspiration, une recommandation miraculeuse de sa psy pour lutter contre l'anxiété, et entreprit de s'habiller en tenue de sport pour commencer la journée par son entraînement quotidien (préconisation du gouvernement américain durant leur collaboration).
L'hôtel avait mis à disposition une salle de sport privative pour la jeune femme à l'horaire de son choix, afin d'être sûre qu'elle ne croise personne, et pour lui éviter la fatigue d'une téléportation dans une salle de son habitude.
Courir lui faisait du bien, elle pouvait déjà sentir une partie de la tension qui l'habitait en permanence quitter peu à peu son corps.

***

Après un heure d'exercice, elle remonta dans sa chambre pour une douche rapide. Béatrice constata alors que Lilith, son assistante personnelle et amie proche l'attendait déjà devant sa porte.

- Mieux dormi ? Lui lança-t-elle sans autre introduction.
- Une partie de la nuit, oui..., répondit Béatrice, le regard fuyant.
- Et l'autre partie ? Enchaîna Lilith, croyant déjà connaître la réponse.
- Un peu d'insomnie... Marmonna Béatrice. Alors, au lieu de me retourner sans fin dans mon lit, j'ai bougé un peu...
- Ben voyons, répondit Lilith visiblement agacée, et tentant en vain de cacher l'inquiétude dans sa voix. Tu t'es encore téléportée dans cet endroit... Tu sais que tu ne peux pas faire ça en pleine nuit Béatrice, qui plus est sans escorte ! Je crois que tu n'imagines pas la difficulté des négociations avec le gouvernement pour qu'ils acceptent de te retirer ta puce géolocalisée pendant cette pause dans le programme. S'ils apprennent que tu te mets en danger sans que ton équipe soit au courant, le deal pourrait être sérieusement compromis...

Béatrice lança à la jeune femme un regard coupable mais ne répondit rien. Elle entreprit de passer la porte, mais Lilith l'arrêta en posant sa main sur son épaule et en la fixant intensément :

- S'il te plait Béatrice, promets moi que tu vas interrompre ces téléportations nocturnes non planifiées. Tu connais le danger. Le ton de Lilith était implorant. J'ai besoin que tu te tiennes sage jusqu'à la reprise du programme. S'ils n'ont rien à nous reprocher, nous pourrons imposer nos conditions.

Le regard de Béatrice se posa sur le visage inquiet de Lilith pour la première fois depuis le début de la conversation. Elle promit à contrecoeur, et s'empressa d'aller se doucher.

L'eau qui coulait sur son corps lui évoqua la sensation d'une cascade qu'elle avait visité le premier mois de la découverte de son pouvoir de téléportation. Une fois passée la terreur des premiers voyages involontaires, et le nuits blanches à se demander à qui en parler, elle connut une période de boulimie d'exploration. Et un jour, au hasard d'une photo dans un magazine, elle dompta le mécanisme qui déclenchait son pouvoir, et réussit à choisir l'endroit où elle atterrirait. Béatrice se retrouva alors au pied d'une cascade sur un île volcanique. La chaleur de l'eau qui coulait sur ses épaules lui évoqua ce moment solitaire passé au milieu des bananiers et des chants d'oiseaux, et le bonheur intense qu'elle avait ressenti pour la première fois. Elle ignorait alors que ce sentiment serait de si courte durée.

Béatrice secoua ses cheveux trempés dans l'espoir de revenir à la réalité. Elle s'habilla sobrement comme à son habitude, puis rejoignit Lilith dans la partie living de la suite.
Celle-ci la dévisagea, l'air perplexe.

- Pas moyen que tu mettes ça aujourd'hui, commença-t-elle en levant les yeux au ciel, qu'est-ce-qu'il s'est passé avec la tenue que je t'ai fait livrer ? Tu as ton premier direct télévisé depuis des mois cet après-midi, et je ne te laisserai pas y aller déguisée en mémé antisociale !

Béatrice baissa les yeux et contempla son cardigan bleu en laine.

- Ah oui l'émission de télévision... Répondit-elle comme si elle se parlait à elle même. Je l'ai pourtant vu dans mon agenda aujourd'hui, mais ça m'est sorti de la tête...

Lilith ne l'écoutait pas et fouillait déjà dans l'armoire principale de la suite, elle en sortit une combinaison bleu foncé et la tendit à Béatrice, qui paraissait être sur une autre planète.

La bonne nouvelle dans le grand mix de son pouvoir surnaturel et de son immense célébrité, c'était que Béatrice n'avait pas à subir les entrées et sorties de bâtiments poursuivie par des paparazzis. Elle s'épargnait également les transports calculés pour éviter la foule, même si elle ne pouvait évidemment pas s'autoriser une balade dans la rue ou le luxe de rester trop longtemps sans bouger dans un espace public. Les recommandations des gouvernements des pays qu'elle visitait étaient presque toujours les mêmes : il lui était principalement demandé de ne pas utiliser son pouvoir en public sans que cela n'ai été programmé. D'une part pour ne pas traumatiser la population, mais aussi car les conséquences d'un contact involontaire avec un autre humain pendant un voyage étaient encore méconnues.

***

Afin se rendre au studio dans lequel se tournerait l'émission en direct, Béatrice attendait l'appel de Lilith depuis sa chambre d'hôtel.
Elle avait troqué sa tenue de la matinée pour la combinaison bleue, et avait attaché ses cheveux en un chignon serré. La jeune femme patientait, assise sur son lit, seule, en silence.
C'était dans ces moments là, juste avant une téléportation programmée, que Béatrice se sentait la plus seule. Le contraste entre l'attente solitaire, puis l'arrivée sur le lieu, avec un comité d'accueil, des gens qui voyaient une téléportation pour la première fois, leurs visages sidérés, ce contraste là lui fichait le cafard.
Son téléphone bipa pour signaler un texto envoyé par Lilith : « Tout est prêt ». Il s'accompagnait d'une photo d'une grande loge de studio. On y voyait une zone vide clairement délimitée par des rubalises, et une croix rouge était tracée au sol avec du scotch. En dehors de cette zone, à l'abri, on pouvait également reconnaître des visages impatients d'employés du studio ainsi que quelques personnalités du milieu de la télévision et du cinéma, curieuses d'assister à l'évènement.
Béatrice fixa la photo pendant une dizaine de secondes. Elle répondit un simple « OK » à Lilith, puis verrouilla son téléphone, le glissa dans sa poche, et ferma les yeux.

Elle se concentra sur la photo qu'elle venait de voir, en retraça les contours dans son esprit, essaya de s'y projeter, d'imaginer la lumière du lieu, les odeurs, le bruit qui y régnait.
Elle sentait une chaleur familière au bout de ses doigts, signe que ses cellules se mettaient en mouvement. La chaleur remonta ensuite dans ses mains, ses bras, et bientôt son corps entier s'embrasa. C'était une expérience mystique, à chaque fois, jusqu'au rush de la téléportation. Suivant la distance parcourue, ce rush pouvait durer d'une à plusieurs secondes. C'était d'une intensité indescriptible, une expérience probablement plus forte que n'importe quelle drogue existante, bien que Béatrice ne puisse en attester par manque d'expérience dans ce domaine.
Dans un laps de temps équivalent à un clignement de paupière, la jeune femme se retrouva dans le studio. Quand elle ouvrit les yeux, elle constata sans surprise qu'elle était observée par une vingtaine de personnes, bouches bées.

C'est alors que démarra l'habituel cirque : saluer, répondre aux questions des gens les plus VIP, se faire introduire auprès de tout le monde comme un général qui rencontre son bataillon, puis continuer le small talk jusqu'à ce que Lilith vienne la délivrer avec sa phrase magique : « Excusez-nous, mais Béatrice a besoin de se reposer après ce genre de performance, nous allons rejoindre sa loge si vous le voulez bien ».

***

Et c'est ainsi que Béatrice se retrouva plongée dans l'observation de ses mains, assise sur le canapé de sa loge privative, et dominée par un profond sentiment d'absence.
Lilith était partie faire son boulot d'attachée de presse/assistante personnelle, et cette dernière n'était pas témoin du comportement étrange de son amie... enfin, disons plus étrange que d'habitude.

Béatrice aurait pu rester des heures plongée dans ses pensées en spirale si un rire n'avait finit par attirer son attention. Il provenait de la pièce d'à côté, celle où elle avait atterrit une demie heure plus tôt. La jeune femme se leva machinalement et se dirigea vers l'entrée de la loge. Elle ouvrit la porte pour découvrir un espace très animé, plein de vie, rien à voir avec le lieu solennel où elle avait débarqué. Il s'agissait pourtant de la même pièce, mais les gens y semblaient plus détendus. Quelques employés du studio se racontaient leur week-end, certains invités partageaient un verre près d'un petit open bar. Et dans le fond la pièce, près de la porte d'entrée utilisée par tout le monde à part Béatrice, se trouvait la jeune femme qui avait rit. Elle le savait car cette dernière arborait un magnifique sourire, et Béatrice était sûre de l'association avec le rire qu'elle avait entendu.
Sans même y penser, elle fit quelques pas pour s'approcher de la personne à l'origine du son qui lui avait fait du bien, mais elle fut rapidement interrompue par un membre du staff qui se mit en travers de sa route, probablement pour lui transmettre une information, sans se présenter.

A cet instant, et pour la première fois depuis très longtemps, Béatrice agit impulsivement, sans réfléchir aux conséquences de ses actes. Elle voulu être égoïste, ne pas être interrompue, sentir qu'elle avait encore du contrôle sur un aspect de sa vie. La jeune femme se téléporta en un quart de seconde afin de disparaître de la vue du membre du staff alors que celui-ci commençait à lui parler. Elle atterrit juste derrière lui, et continua à marcher en direction de la jeune inconnue.
C'est alors que Béatrice sentit un grand malaise. La jeune femme ne riait plus, et la regardait avec de grands yeux ronds. Elle se rendit compte que cette dernière n'avait pas dû assister à sa performance, et que c'était peut-être la première fois qu'elle était témoin d'une téléportation.
Béatrice se retourna pour jeter un regard au reste de la pièce et sentit une autre énergie : celle de la déception. Les gens se murmuraient des choses à l'oreille, et la jeune femme parvint à entendre une réflexion plus haute que les autres : « Pfff, ces stars, elles sont toutes pareilles en fait, toujours à se croire au dessus de tout le monde... ».
Béatrice jeta un dernier regard à la jeune femme au sourire parfait, celle-ci l'observait maintenant avec une expression intriguée. Prise de remords, elle ne put soutenir son regard plus longtemps et repartit se cacher dans sa loge jusqu'au début de l'émission.