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“Comment vous avez fait le premier pas, avec Ziggy ?
Suite à cette question, Johnny manqua de s’étouffer dans la tasse qu’il tenait dans ses mains. Interloqué, il se tourna vers Sadia, qui se répéta.
- Comment est-ce que Ziggy et toi êtes devenus… Tu sais, ensemble ?
Il fallu de longues secondes pour que le zonard assimile la phrase, visiblement surpris que son amie soit aussi curieuse sur sa relation. Chose que Sadia pouvait comprendre, après tout, elle passait tant de temps à se chamailler avec Ziggy que la limite entre affection et rivalité était souvent floue. Mais elle avait besoin de réponses, alors elle continua à le fixer jusqu’à en obtenir une.
- Euh…, balbutia Johnny tout en posant sa tasse. Ben, c’était assez naturel je pense ? On s’est rapprochés, et puis un jour, ben, euh… On s’est… embrassés ?
À ce stade, son visage avait pris une teinte si écarlate que c’en était drôle. Sadia jubila mais préféra abréger ses souffrances.
- T’inquiète, je juge pas. C’est juste que… J’ai besoin de conseils, je crois.
- Attends, quoi ?
Il se redressa d’un coup sur le canapé sur lequel ils étaient assis. Autour d’eux, personne ne sembla remarquer l’hilarité de Johnny et ses yeux écarquillés.
- Toi, Sadia ? Tu veux… Des conseils !? La grande Sadia, la stratège, madame-je-sais-tout, tu veux-
- Oui oui, c’est bon, l’interrompit Sadia avec agacement. S’il te plaît, c’est important. Je suis pas douée en… En truc de couple.
Le jeune homme pencha la tête sur le côté, les sourcils froncés.
- Tu as toujours été douée pour la séduction, non ?
- Quand c’est passager, ou pour une mission ou juste pour m’amuser, peut-être… Mais là, c’est différent. J’ai rarement ressenti… Ce genre de choses. Et même si j’en ai pas honte, j’ai aucune idée de comment procéder.
Son meilleur ami repris son sérieux, regarda autour de lui avant de se pencher en avant pour demander en murmurant :
- Et… C’est qui cette personne ?”
Le plus discrètement possible, l’étudiante fit un signe de tête vers la jeune femme penchée sur le comptoir et prise dans une conversation avec plusieurs Étoiles Noires. Même si le geste était peu précis, elle vit qu’il compris lorsqu’un rictus apparut sur ses lèvres. Un léger regret s’installa en elle. Elle avait passé tant de temps à charrier Johnny sur ses sentiments pour son propre partenaire, il ne la raterait sans doute pas sur ce sujet…
Rencontrer Cristal avait été un sacré ascenseur émotionnel, à l’époque. D’abord éprise d’une certaine jalousie envers elle, elle s’était vue offrir l’amitié de l’ex-présentatrice. Bien que le but initial de sa venue était une vengeance mesquine sur Ziggy, elles avaient passé la nuit à discuter de tout et de rien. Cristal était… Si différente, et pourtant si semblable. Elle aussi avait grandi dans une famille aisée, bien que moins riche que la sienne, et avait passé sa vie à essayer de trouver sa voie pour s’évincer de ce milieu étouffant.
Son énergie, sa bonne humeur et sa détermination avaient rapidement convaincu les Étoiles Noires de l’accueillir parmi eux, et Johnny, Sadia et elle étaient devenus un trio puissant au sein du gang. Mais rapidement, les sentiments de Sadia à son égard avaient à nouveau changé. Non pas que c’était une découverte, elle n’avait jamais eu de véritable préférence pour les hommes ou les femmes, mais elle doutait de la réciprocité de ceux-ci. Cristal ne paraissait pas attirée par les femmes, et avait été tant élevée dans des normes hétérosexuelles qu’elle plaisantait souvent sur un potentiel partenaire masculin. Pourtant, il semblait à Sadia que, de temps en temps, elle l’observait, elle, avec des yeux rêveurs, ou qu’elle rougissait quand elle la séduisait un peu trop. Ce qui n’était pas véritablement révélateur…
Johnny ne se moqua (pas trop) de ses sentiments, et tenta de l’aider comme il pouvait, mais elle se rendit rapidement compte que son expérience était différente de la sienne. Pour Ziggy et Johnny, leurs sentiments l’un envers l’autre étaient assez évidents, mais ils se tournaient rarement autour. Sadia aimait flirter avec Cristal, pour l’amusement, mais impossible de savoir ce que son amie ressentait pour elle. De plus, les conseils de Johnny se prêtaient plus à Ziggy qu’à Cristal, qui n’aimerait pas forcément aller danser dans un bar bondé. Elle préférait encore suivre son instinct, si tant est qu’elle en avait un.
Pour fêter les cent jours de Cristal chez les Étoiles Noires, elle l’avait emmenée à bord de la Jaguar qu’ils avaient volée. Ce soir-là, elle était si belle sous la lumière des néons qu’elle s’était retenue de l’embrasser. Mais rien ne s’était passé. Pourtant, Sadia souhaitait vraiment que quelque chose change, ou du moins avouer ses sentiments.
Il était tard, désormais, et Johnny était parti depuis longtemps, sans doute pour une patrouille ou pour rejoindre Ziggy. Plusieurs clients habitués étaient toujours là, y compris Cristal, qui parlait toujours avec Marie-Jeanne en riant doucement. Sadia adorait ce rire, léger et aigu, ironiquement cristallin. Elle se leva avec effort du canapé dans lequel elle était avachie depuis tout à l’heure, et s’approcha pour poser une main sur l’épaule de son amie.
“Tu veux aller faire un tour ?
La jeune femme eut un sourire surpris, tandis que Marie-Jeanne leur tournait le dos pour ranger un verre.
- Il est presque 3 heures du matin ?
- On peut se balader pendant qu’il fait encore nuit, et dormir la journée.”
La proposition sembla lui plaire, et bien que déconcertée, Cristal se redressa, rayonnante de joie comme à son habitude. Toutes deux souhaitèrent une bonne fin de nuit à la serveuse avant de sortir du café et se diriger lentement, comme toujours, vers le parc artificiel de Monopolis, Outside Project. Sadia haïssait ce parc et tout ce qu’il représentait, mais elle savait que Cristal et Johnny appréciaient s’y faufiler lors des fermetures nocturnes.
Bien que le parc soit fermé la nuit, une ambiance nocturne y était instaurée, chose que Sadia ne comprendrait jamais. La plupart des visiteurs étaient des familles riches, complètement responsables de la disparition de la nature dans la capitale. Cependant, il fallait l’admettre, le travail de son et lumière était impressionnant. Les deux amies escaladèrent le grillage à l’endroit accoutumé, et se promenèrent silencieusement dans les allées entre les plantes artificielles. Au bout de plusieurs minutes, à un tournant, Cristal eut un hoquet de joie et quitta Sadia pour courir vers un chemin. Elle s’arrêta et se retourna, un sourire émerveillé collé au visage.
“Tu as vu ?? Ils ont ajouté une nouvelle mare !
Incorrigible , pensa la zonarde en la rejoignant à pas lents. Et pourtant, l’enthousiasme de son amie était contagieux, et elle sourit à son tour en apercevant le point d’eau au tournant de l’allée. Elle se crispa en sentant Cristal lui prendre la main et l’entraîner vers un faux tapis de mousse, au bord de l’eau. Elle s’assit et se pencha vers la surface avec concentration.
- Tu crois qu’il y a des poissons ? Des très gros !! Comme… Comme des carpes !
- J’en doute, répondit doucement Sadia tout en s’installant à ses côtés. Je ne crois pas qu’ils pourraient survivre ici.
À nouveau, un silence confortable s’installa tandis que Cristal se rasseyait et observa la mare. Sadia avait l’habitude de ses silences, et elle était souvent fière de pouvoir passer du temps avec Cristal et se comprendre sans avoir à parler, mais cette fois-ci, il devenait trop pesant. Il fallait qu’elle parle, quitte à gâcher leur relation à tout jamais, mais elle ne pouvait pas mentir à un visage aussi beau. Elle prit une inspiration et brisa le calme en posant délicatement sa main sur celle de la jeune femme.
- Écoute, il faut que je te parle… C’est important, et je peux pas le contenir plus longtemps. Pas face à toi.
Immédiatement, son amie prit une mine inquiète et serra sa main.
- Il y a un problème ? Tu vas bien ?
- Oui oui, rassura l’étudiante, c’est juste que… J’ai vraiment besoin de te le dire, mais je sais que ça peut tout changer entre nous… Et je…
C’était bien la première fois qu’elle était à court de mots ! Elle se gifla mentalement d’avoir commencé sa déclaration de cette manière, mais il serait difficile de faire demi-tour. Elle était amoureuse de Cristal, et elle était capable de l’assumer, mais… Le dire à voix haute lui paraissait si dur, comme quand elle devait s’excuser ou admettre des torts. Elle finit par prendre sur elle-même et parvint à continuer avec hésitation :
- Écoute, j’crois que je ressens plus que de l’amitié envers toi. Et je sais que c’est malaisant comme situation, mais il fallait que je-
D’un coup, elle fut coupée, incapable de parler plus. Il lui fallut plusieurs secondes pour réaliser que les lèvres de Cristal étaient plaquées contre les siennes, et que sa main était toujours dans la sienne. Incapable d’assimiler la situation, elle finit par fermer les yeux et se laisser aller, et put enfin l’embrasser en retour. Elle osa entourer ses bras autour de la taille de la jeune femme, et le baiser prit plus d’ampleur. Ce ne fut qu’au bout de plusieurs minutes qu’elles se séparèrent, haletantes. Le visage de Cristal s’était empourpré, mais son sourire était doux et affectueux. Sadia connaissait ce sourire, car elle l’avait souvent vu dirigé vers elle, pourtant cette fois-ci, elle sentit des papillons s’agiter dans son ventre, et eut un rire nerveux. Elle osa poser une main sur la joue de la jeune femme, et celle-ci souffla, moqueuse :
- Tu en as mis, du temps… J’attends ça depuis une éternité.
- Attends, tu veux dire que tu..?, hoqueta Sadia en prenant conscience de ce qui se déroulait devant ses yeux.
Comme seule réponse, Cristal la prit dans ses bras et l’entraîna dans un câlin.
- Je suis vraiment, vraiment amoureuse de toi, souffla celle-ci dans son oreille. Et je suis vraiment heureuse que toi aussi, parce que j’ai très envie de t’embrasser à nouveau.”
Et le cœur de Sadia sembla exploser de joie quand elle posa à nouveau sa bouche sur celle de Cristal, toutes deux ivres de bonheur, sur le bord de la mare.
