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On fait rien d'mal, tsé...

Summary:

Pourquoi font-elles en cachette, en tant que vieilles filles, ce que font les autres couples ouvertement grâce aux liens sacrés du mariage?

Work Text:

« On fait rien d’mal, tsé… » justifie Rhéauna, tandis qu’elle glisse tendrement et lentement sa main sous la robe de nuit d’Angeline.

Fidèles à leur routine, elles sont alitées côtes-à-côtes, et au moment d’éteindre les lumières respectives sur leurs tables de chevet, elles s’autorisent un rapprochement. Cette proximité dans la noirceur fait appel à leur créativité, ou plutôt, à leurs penchants les plus refoulés.

Et rapidement, les caresses deviennent empressées; les baisers superficiels se transforment en embrassades passionnées; les positions statiques deviennent des cadences qui accélèrent en rythme; la pudeur fait place à la passion; la sécheresse des peaux cède à la transpiration parfumée; le silence honteux progresse en gémissements familiers et harmonieux.

« Ah, ‘Géline, parsonne d’autre pourrait t’faire c’que j’te fais » se ravie Rhéauna, alors qu’elle murmure à l’oreille de son amoureuse en appliquant des baisers contre son cou humide, complètement allongée par-dessus elle, nues, tandis qu’elles se pressent l’une contre l’autre.

« Rhéauna, t’es trop bonne pour moé, » affirme Angeline, essoufflée et euphorique, aux yeux fermés, tentant de savourer chaque parcelle de ce plaisir interdit.

S’il n’y a rien de mal, pourquoi alors ne pas pouvoir crier sur tous les toits qu’elles s’aiment? Pourquoi ne pas pouvoir poser des gestes d’affection en public? Pourquoi ne pas se tenir la main alors qu’elles prennent leurs longues marches vers l’épicerie ou vers la station de métro?

Pourquoi font-elles en cachette, en tant que vieilles filles, ce que font les autres couples ouvertement grâce aux liens sacrés du mariage?

S’il n’y a rien de mal, pourquoi ce pincement avilissant dans le ventre? Pourquoi cette boule dans la gorge? Pourquoi ce sentiment d’effroi, cette crainte d’être surveillée et punie? Pourquoi les larmes qui glissent sur les joues roses de honte, rougies par le poids de ce qui est défendu? Pourquoi se serrer l’une contre l’autre avec une détresse face à la menace et avec un amour qui pourrait disparaître face à la morale?

Après avoir renié ce qu’elles ont fait, ce qu’elles veulent faire et ce qu’elles vont faire à nouveau, encore et encore, Angeline et Rhéauna enfilent leurs jaquettes qu’elles avaient délaissé quelque part sur le lit et elles replacent leurs cheveux sous leur bonnet de nuit, avant de reprendre leurs positions initiales, chacune de leur côté du matelas, s’assurant que leurs corps se touchent à peine, si jamais…