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Dettes (Debts)

Summary:

Plus tard, T’Challa s’en souviendrait comme dans un brouillard. Il ne savait pas s’il avait crié ou non, ni s’il avait fait un geste. Il se souvenait d’avoir couru, et de l’horrible constat que, malgré tous ses efforts, il n’arriverait pas à temps. L’impuissance qu’il ressentait, ce frisson, était quelque chose de choquant dans son obscurité, car malgré tout ce que T’Challa avait combattu, malgré toutes ses difficultés, malgré tout ce qu’il avait appris et malgré tout ce qu’il avait gagné, il était encore trop lent.
BOOM. Juste ça. Un boum tonitruant et le monde de T’Challa a basculé.
***
Dans lequel Tony sauve T’Chaka, T’Challa est reconnaissant, et ils s’en portent tous les deux mieux.

Notes:

  • A translation of [Restricted Work] by (Log in to access.)

Avertissement : je ne possède pas les films, leur scénario ou les personnages présents dans cette histoire. Tout appartient à MARVEL. Il s’agit d’une œuvre de fanfiction créée par d_aia en anglais qui a gracieusement accepté que je traduise sa fanfiction en français.
Avertissements : Mentions de dépendance / cancer / tumeur cérébrale…
Remerciements : Un grand merci à d_aia qui m’a donné l’opportunité de traduire ma première histoire. J’ai lu Debts des dizaines de fois et je l’aime toujours autant. Un grand merci à ceux qui l’ont aidé et soutenu pendant l’écriture de cette fiction.
Je ferai les mises à jour le jeudi sauf empêchement !

Chapter 1

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

*

*          *

*

 

Plus tard, T’Challa s’en souviendrait comme dans un brouillard. Il ne savait pas s’il avait crié ou non, ni s’il avait fait un geste. Il se souvenait d’avoir couru, et de l’horrible constat que, malgré tous ses efforts, il n’arriverait pas à temps. L’impuissance qu’il ressentait, ce frisson, était quelque chose de choquant dans son humilité, car malgré tout ce que T’Challa avait combattu, malgré toutes ses difficultés, malgré tout ce qu’il avait appris et malgré tout ce qu’il avait gagné, il était encore trop lent.

BOOM. Juste ça. Un boum tonitruant et le monde de T’Challa a basculé.

T’Challa fut projeté au hasard par l’explosion, dans la direction opposée à celle où il courait. Il ressentit une certaine insouciance, comme une réflexion après coup, ou du moins il le perçut comme tel que la Panthère Noire retomberait sur ses pieds, cela ne faisait aucun doute. Mais qu’en était-il de son père ? Son père. T’Challa eut froid.

Il se releva, désireux de voir par lui-même, et en même temps redoutant. Prenant une grande inspiration, se préparant au pire, incertain encore de sa capacité à le gérer, il cligna des yeux pour chasser la poussière et regarda. Il fronça les sourcils, sans comprendre. Là, à la place de son père, se tenait Iron Man.

Où était son père ? Il se souvenait clairement de l’avoir regardé sur le podium. Il pouvait décrire son expression exacte ; il pouvait répéter ses derniers mots. Son père n’avait pas le temps de s’enfuir. Iron Man avait-il quelque chose à voir avec l’explosion ? Que se passait-il ?

T’Challa fit un bond en avant vers le dernier endroit où il avait vu son père.

« Altesse », croassa une voix faible.

T’Challa n’avait pas le temps. Il se dirigea vers Iron Man. Il entendit vaguement des pleurs, des gémissements, de la toux et des cris. Mais il était trop sonné pour que cela s’enregistre pleinement.

« Attendez, il est peut-être blessé », dit la voix, et cette fois, T’Challa reconnut celle de Tony Stark, et il marqua une pause, perplexe. « La combinaison le protège pour l’instant, exerce une pression sur les lacérations et les fractures. Il vaut mieux attendre les secours. »

La voix de Stark, maintenant que les bourdonnements dans ses oreilles étaient devenus plus supportables, ne provenait pas du costume. Mais comment ? Et pourquoi ?

Le costume.

C’était une combinaison. Une combinaison métallique résistante. Une combinaison dans laquelle n’importe qui pouvait se retrouver enfermé. Même son… Osait-il espérer ?

T’Challa parcourut la pièce du regard, cherchant désespérément la silhouette familière de Tony Stark, afin d’obtenir des réponses. Le fait que T’Challa ait dû chercher M. Stark et ne puisse pas simplement suivre sa voix en révélait beaucoup sur son état. Déterminé à mieux se concentrer, T’Challa le trouva enfin. Il avait une entaille sanglante au-dessus de l’œil, son costume coûteux était froissé et il s’appuyait précautionneusement sur un mur proche, mais son regard était vif et alerte. Il tournait sa montre avant de la regarder.

« Que savez-vous de son état, si vous savez quelque chose ? » demanda brusquement T’Challa.

« Fry, à voix haute, s’il te plaît », dit Stark avec un petit sourire compréhensif.

« Sa Majesté est en bonne santé », dit une voix féminine. T’Challa expira, presque nauséeux de soulagement. La femme – Fry ? – poursuivit : « Il est vivant, et aucun de ses organes vitaux n’a été endommagé. Son cubitus est fracturé, ainsi que son tibia à deux endroits. Il présente plusieurs petites lacérations aux bras et aux jambes. » T’Challa prit une profonde inspiration tremblante et continua d’écouter. « Les dégâts se sont produits lors de l’explosion, lorsque la priorité programmée de protéger son torse et sa tête de la combinaison a rendu impossible la couverture de ces zones à temps. Il est actuellement conscient, bien que souffrant énormément. Voulez-vous que j’ouvre la visière ? »

« Oui », ordonna T’Challa, même s’il réalisait vaguement qu’il n’était pas en position d’ordonner quoi que ce soit à Stark. L’homme qui avait sauvé son père. Était-ce possible ? T’Challa avait besoin de le voir pour le croire.

« Tu l’as entendu », dit Stark, un petit sourire rassurant à la place.

Que le Dieu Panthère en soit témoin, si ce qui avait été dit était vrai, T’Challa avait une énorme dette envers Stark.

La visière s’ouvrit et le visage de son père apparut. T’Chaka était calme comme d’habitude ; quelques gouttes de sueur trahissaient la douleur évoquée par Fry. Le connaissant, il la gardait à distance par la méditation. T’Challa devait le laisser s’y remettre. Et il le ferait, dans une minute.

« Père », dit T’Challa, et sa voix n’avait jamais autant résonné comme une prière en prononçant ce mot. Il parla lentement dans sa langue maternelle, exprimant son immense joie et son soulagement de revoir son père vivant. « Je suis heureux que tu sois encore parmi nous », conclut-il, le dernier mot wakandais tremblant dans l’air, avant de s’estomper.

« Moi aussi, je suis content », dit son père en souriant avant de passer à l’anglais. « Et je suis reconnaissant et redevable à M. Stark pour la rapidité de sa réponse. »

« Nous le sommes tous », approuva T’Challa, et il se retourna.

Stark n’était plus là. T’Challa fronça les sourcils et scruta la pièce. Soudain, il réalisa qu’il y avait d’autres victimes. Les cris de douleur et d’horreur lui parvinrent à nouveau. Et avec eux, la compréhension qu’ils avaient été attaqués et que des personnes avaient besoin d’aide. C’était ce que Stark – M. Stark – faisait. Une vague de honte, mais pas de regret, submergea T’Challa. Il regarda son père, qui le regardait avec bienveillance, et lui demanda la permission. T’Challa la reçut d’un hochement de tête tacite, et, après un dernier regard prolongé sur le père qu’il avait failli perdre, il se dirigea vers M. Stark.

T’Challa atteignit M. Stark à temps pour empêcher la femme qu’il aidait de tomber.

« Il semble que vous aviez raison, Monsieur Stark », dit la femme en soupirant. Elle avait des lambeaux de la chemise de M. Stark en guise de pansements pour une blessure à la tête. Le sang coulait lentement. « Je n’étais pas encore prête à me lever. » Elle tapota le bras de T’Challa. « Merci, Votre Altesse. »

« Tout ira bien, Dr Fonce », assura M. Stark, et il l’aida à s’asseoir, appuyée contre un mur.

Le Dr Fonce leva les yeux au ciel. Elle s’arrêta à mi-chemin et grimaça. « C’était il y a longtemps, Dr Stark. » Elle sourit. « Je suis représentante maintenant. J’ai rarement le temps de m’essayer à la biochimie, et encore moins de réfléchir à de nouvelles idées. »

Docteur Stark ?! T’Challa fut surpris, mais pas complètement déconcerté. Bien sûr, M. Stark était un génie, mais il n’aimait visiblement pas qu’on lui rappelle son doctorat – ou ses doctorats ? – lorsqu’on s’adressait à lui. Soit par modestie, soit parce qu’il n’y accordait pas beaucoup d’importance, soit parce qu’il voulait être sous-estimé, une chose était sûre : M. Stark était bien plus qu’il n’y paraissait. 

Le visage de M. Stark s’illumina. « Si vous arrivez à dire tout ça sans bégayer, tout ira bien. » Il fit un clin d’œil. « Comment va votre fille ? » 

Avant que Fonce puisse répondre, deux médecins portant l’insigne de l’ONU et dix agents de sécurité arrivèrent. Le temps que le premier les atteigne, d’autres étaient en route. M. Stark se redressa en titubant et fit un signe de tête à l’agent de sécurité.

« Allez par ici, monsieur », dit calmement Gruber, du moins selon son uniforme.

« Bien sûr, tout de suite », acquiesça M. Stark. « Si cela peut aider, d’après les plans publics du bâtiment, et compte tenu de la vitesse et de la puissance approximatives de l’explosion, celle-ci n’aurait pas dû causer de dommages importants à l’intégrité structurelle du bâtiment, donc tout le monde devrait être en sécurité. Au moins jusqu’à ce que tout le monde soit évacué. Soyez prudents quand même. »  

« Merci, monsieur », dit Gruber. « Nous serons prudents. »

« Fry », dit M. Stark, et soudain, la combinaison s’éleva. Elle suivit M. Stark dans le couloir, glissant doucement.

Avec Gruber soutenant le Dr Fonce, T’Challa marchait aux côtés de M. Stark. T’Challa hésitait à proposer son aide. Il savait que les moeurs étaient différentes d’une personne à l’autre, et T’Challa ne voulait pas offenser M. Stark, mais il s’approcha. Lorsque M. Stark le regarda d’un air interrogateur, T’Challa lui offrit son bras. M. Stark rit et le prit.

« Merci », commença T’Challa. « Le Wakanda vous est redevable d’avoir sauvé son roi, le roi T’Chaka vous est redevable d’avoir sauvé sa vie, et je vous suis personnellement redevable d’avoir sauvé mon roi et mon père alors que je n’en étais pas capable. »

« Waouh ! », s’esclaffa M. Stark. « Tu ne me dois rien. En fait, personne ne me doit rien, surtout pas toi. » Il se tourna vers T’Challa, les yeux marron pétillants, lui lançant un regard enjoué. « Au moment de l’explosion, mon regard était posé sur un très bel homme. Vois-tu, je suis connu pour être facilement distrait quand je dois écouter des discours ; sans vouloir offenser ton estimé père, il avait l’air sincère, mais d’habitude, je fais plus d’une chose à la fois. Et ce type était une bombe. Absolument magnifique. » M. Stark lança un sourire narquois à T’Challa, dissipant tout doute quant à la personne dont il parlait. « Quand cet homme a semblé avoir peur pour son père, j’ai appelé le costume pour le protéger. » 

T’Challa fut un peu surpris par la déclaration de M. Stark, peu de gens admettraient même la moitié de cela, et il lui fallut quelques secondes pour dire : « Peu importe. »

« Hors de question », dit M. Stark en ricanant. « Ce n’est pas moi qui ai sauvé ton père, c’est toi. Le Wakanda te doit quelque chose. Ton roi et père te doit quelque chose. Toi, personnellement, tu te dois quelque chose. Inutile de me mettre au milieu. Assume la responsabilité de tes actes. » M. Stark lui donna une légère tape sur l’épaule et s’avança, le dos droit, sans aucune aide.

Pendant leur discussion, ils avaient presque atteint les portes donnant sur le bâtiment, où la presse s’était déjà rassemblée. T’Challa cligna des yeux. Il était conscient de son environnement, bien sûr, mais pour lui, les journalistes n’étaient pas aussi importants qu’un sniper, des individus suspects ou un autre signe d’attaque. Cependant, la présence des médias était clairement pertinente pour M. Stark. T’Challa se demanda s’il s’agissait d’une excentricité de M. Stark, ou si T’Challa lui-même se comporterait ainsi dans plusieurs années après l’ouverture du Wakanda au monde.

Néanmoins, T’Challa ne se laissait pas tromper. Il ignorait pourquoi M. Stark rechignait à accepter sa gratitude, car il ne semblait pas du genre à se laisser facilement submerger, mais il ne voulait visiblement pas qu’on lui rappelle ce qu’il avait fait. C’était bien ; T’Challa n’avait qu’à le dire une fois. Il ne lui restait plus qu’à payer sa dette.

Lorsque T’Challa les rejoignit avec son père, le Dr Fonce était déjà confiée à deux secouristes. Gruber était en train de repartir dans le bâtiment, mais fut arrêté par les pompiers qui se dirigeaient dans la même direction. La police avait bouclé les environs, et M. Stark essayait d’expliquer la situation de T’Chaka à deux autres secouristes qui semblaient dépassés. La conversation en parallèle de M. Stark avec un capitaine des pompiers n’arrangeait probablement rien. Leur temps de réaction était admirable, mais malgré leur entraînement, T’Challa ne pouvait espérer qu’un chaos contrôlé, et il devait s’assurer que ni son père, ni M. Stark, ne seraient victimes d’une erreur malencontreuse.

« Pardonnez-moi », dit T’Challa, interrompant l’agitation autour de M. Stark. « Quel est le problème ? »

Cela sembla attirer leur attention sur lui, et le personnel médical le plus proche et le capitaine commencèrent à parler en même temps. M. Stark sourit malicieusement et se tut, faisant un petit pas de côté, s’éloignant silencieusement de la conversation. Mais il ne quittait pas T’Challa des yeux, et être le centre de toute son attention rendait le déchiffrage de leurs paroles plus difficile que d’habitude. T’Challa connaissait la sensation d’être évalué par un autre prédateur. C’était enfin une sensation familière au cours d’une journée remplie d’événements déroutants qu’il ne pouvait plus changer. Conscient des dangers que représentait ce défi, il se redressa, reprit ses esprits et se concentra. M. Stark ne sentirait pas sa faiblesse. T’Challa persévérerait.

« Je comprends que vous souhaitiez l’avis d’un ingénieur », dit T’Challa au capitaine. « Il est conseillé de trouver quelqu’un qui n’a pas participé à l’incident. Je suis sûr que vous avez des hommes parfaitement qualifiés. En attendant, M. Stark estime que le bâtiment est plus ou moins intact, mais, pour en être certain, un deuxième avis est recommandé, car cet autre ingénieur ne souffrira probablement pas d’une commotion cérébrale. Quant aux données que M. Stark possède, il pourrait facilement les télécharger sur votre serveur afin de pouvoir rapidement recevoir des soins médicaux. » Il garda une voix calme sans lancer de regard noir, mais resta ferme.

Le sourire de M. Stark s’élargit.

« Je comprends que votre service d’urgences médicales est spécialisé et que vous avez la formation nécessaire pour garantir que mon père soit dans un état stable pour le transport », a déclaré T’Challa en se tournant vers les secouristes. « Cependant, je comprends aussi que dans son état, à l’exception peut-être de la sédation, le fait de retirer la combinaison pourrait le mettre en danger, car le métal agit comme un garrot. Il serait peut-être préférable que cela se fasse à proximité d’un bloc opératoire, l’hôpital étant la solution privilégiée. En attendant, vous pourriez peut-être examiner l’état de M. Stark afin que nous puissions y aller ? »

« Ce qu’il a dit », proposa M. Stark, l’air amusé.

Après cela, les choses se sont déroulées sans accroc. M. Stark a obtenu le feu vert en une dizaine de minutes. Il a reçu quatre points de suture pour sa blessure à la tête, souffrait d’une grave entorse à la cheville, de contusions à plusieurs côtes et d’une légère commotion cérébrale. M. Stark a refusé l’imagerie cérébrale, mais a affirmé que le scanner de sa propre technologie n’avait signalé aucune hémorragie crânienne.

Pendant que M. Stark parlaient aux secouristes, T’Challa ordonna aux Dora Milaje de protéger leur Roi, de sécuriser l’ambulance et de se préparer à les accompagner à l’hôpital. Il fixa également six caméras à l’ambulance : quatre aux coins supérieurs, une à l’arrière et une à l’avant. Il vérifia qu’elles transmettaient bien sur sa tablette et fit le tour du véhicule au moment même où M. Stark ordonnait à Fry de faire monter son père à l’intérieur, les Dora les entourant avec tension. En vérité, les Dora avaient eu une journée difficile et avaient reçu la même gifle que T’Challa. Leur Roi avait été mis en danger, et ils avaient été pris au dépourvu ; ils étaient donc plus déterminés que jamais à rester vigilants.

« Il ne pourrait pas être plus en sécurité même enfermé dans du vibranium », observa M. Stark. « Et le vibranium respire moins bien. »

Teela n’a pas fait de commentaire, ce à quoi M. Stark semblait s’attendre, et a offert son bras quand ce fut son tour de monter.

« Merci », dit M. Stark, surpris.

Au début, T’Challa pensa que le comportement de M. Stark était dû à la discrimination, au fait que Teela était une femme. Il ne serait pas le premier. Mais cela n’avait guère de sens quand T’Challa savait que Mme Potts était la PDG de Stark Industries et avait été personnellement choisie par M. Stark. Sa surprise était donc ailleurs.

« Je trouve votre changement d’avis incroyable », dit M. Stark, tout en continuant à observer Teela avec méfiance.

Ah, c’était dû à la légère animosité entre le Wakanda et les Stark. M. Stark avait admis son erreur, s’était excusé, avait tenté de protéger le plus de monde possible, avait envoyé du secours et proposé une compensation. Il avait fait de son mieux, et c’était bien plus que ce que le Wakanda attendait, surtout compte tenu de leur expérience avec les étrangers. Ils étaient plus désenchantés qu’autre chose. Quant à Howard Stark et le vol de leur vibranium, cela ajoutait à l’amertume, mais c’était surtout un problème qui avait pris fin avec sa mort.

« Vous avez sauvé notre roi… », commença Teela, mais elle fut interrompue par un M. Stark exaspéré ou frustré.

« Ça suffit. J’ai déjà eu cette conversation avec le brave fils ici », dit M. Stark en désignant vaguement T’Challa.

« Patron, Mme Romanoff demande si vous allez bien », dit Fry.

« Dis-lui que je suis en parfait état et demande-lui si elle est toujours en pleine forme », marmonna M. Stark en contournant la main de Teela avant de monter dans l’ambulance. Il s’arrêta une fois à bord et s’adressa à Teela : « D’après mes calculs, tu devrais encore me détester. Un conseil d’ami ? Reviens-y. » Il s’assit, fit tourner sa montre et activa un hologramme.

T’Challa serra l’épaule de Teela avant de monter dans l’ambulance. C’était pour lui montrer son soutien et qu’il essaierait de résoudre le problème avec M. Stark. Elle hocha la tête et ferma la portière, tandis que T’Challa prenait la tablette pour surveiller la route.

« C’est un de mes produits ? » demanda M. Stark, l’air perplexe.

« La tablette ? Oui », répondit T’Challa sans la quitter des yeux. « Les caméras aussi. »

« Découvrir que ma technologie est utilisée par la famille royale du pays le plus avancé technologiquement au monde fait des choses à mon ego. »

Le regard de T’Challa se posa sur M. Stark suffisamment longtemps pour voir son interprétation théâtrale de quelqu’un impressionné. Il n’y avait pas vraiment de raison, car tout ce que Stark Industries proposait sur le marché était le meilleur, et il le savait pertinemment. Pourquoi, alors, agirait-il ainsi ?

« Le Wakanda est le pays le plus avancé technologiquement, non seulement parce qu’il produit la meilleure technologie, mais aussi parce que la plupart de ses citoyens disposent de la meilleure technologie. »

« Cela ne ferait-il pas de vous le pays le plus riche ? » demanda M. Stark avec ironie.

« Nous sommes cela aussi. Et le plus avancé socialement. »

« Cela semble parfait. »

T’Challa jeta un coup d’œil à M. Stark. « Trop parfait ? »

Quelque chose a sonné et T’Challa s’est tendu.

« C’est moi, Votre Nervosité. » M. Stark sortit de sa poche son téléphone, composé de deux barres verticales reliées à un écran flexible. « Que puis-je dire ? Je suis de la vieille école… J’aime les imperfections dans tout ce qui touche aux gens. Ça rend les choses plus réelles. » Il appuya sur un bouton rouge.

« Une fois les faiblesses connues, elles peuvent être évitées, contournées, masquées, voire transformées en atouts », a convenu T’Challa. « Cependant, il faut savoir que si le Wakanda est le meilleur pays comparé aux autres, nous avons nos propres problèmes. »

« Maintenant, ça me fait me sentir mieux. »

Ils échangèrent un regard : M. Stark eut un sourire narquois et les lèvres de T’Challa se contractèrent en un léger sourire.

Stark baissa les yeux et son sourire narquois se figea. « Merde », murmura-t-il.

T’Challa se tourna d’abord vers T’Chaka. Il allait bien, légèrement sédaté pour le transport mais conscient. Ils se regardèrent en fronçant les sourcils.

« Quel semble être le problème ? » demanda T’Challa.

« J’ai les résultats de la reconnaissance faciale », dit M. Stark. Il semblait bouleversé. « L’agresseur est l’ami de Cap, Bucky. » Il leva les yeux et expliqua : « Steve Rogers et James “Bucky” Barnes, ils étaient meilleurs amis pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils étaient tous les deux présumés morts, mais alors que l’un avait un sérum de super soldat, l’autre était un humain normal. » Il marqua une pause. « Enfin, il semblerait qu’il ne le soit pas tant que ça. »

La situation pourrait devenir compliquée si M. Stark était impliqué émotionnellement.

« Est-ce que cela va être un problème pour vous ? »

Stark rit doucement. « Un gros, du genre grand et blond. »

« Le capitaine. »

« Je m’en occupe », dit M. Stark, mais il était tendu. « Tu as d’autres choses à faire. » Il jeta un coup d’œil à T’Chaka.

« J’ai de nombreuses responsabilités, mais l’une d’elles est de trouver l’agresseur. »

« Puisque tu en as fait tout un plat, j’ai pensé que ton père et/ou ton roi était le plus important », dit M. Stark d’un ton enjoué.

T’Challa hocha calmement la tête. « Et sa sécurité doit être assurée. »

« Elle le sera. »

Ils se regardèrent avec des sourires en plastique sur leurs deux visages.

« De quoi avez-vous peur ? » demanda T’Challa sans détour.

« Des variables incontrôlables », dit M. Stark en posant cartes sur table. « Et toi ? »

« Des gens incapables ou peu disposés à rechercher cet homme », répondit T’Challa sur le même ton. Il marqua une pause, hésitant. « Et la rétention d’informations cruciales. »

Stark sourit en inclinant la tête, et T’Challa savait que c’était aussi proche d’un aveu qu’il allait l’obtenir.

« Qu’est-ce que tu proposes ? » demanda M. Stark sans détour.

« Je ne peux pas analyser tactiquement une situation que je ne connais pas », a défendu T’Challa.

« Allez, tu vas quand même t’impliquer, quelle que soit la quantité d’informations dont tu disposes. »

« Alors aidez-moi à ne pas faire d’erreur. »

« Que dirais-tu de m’offrir quelque chose, et j’y réfléchirai », rétorqua M. Stark.

T’Challa sourit. Il mentirait s’il disait que cet échange de tirs rapides ne l’amusait pas. « Je vous offre quelque chose, M. Stark, et c’est ce que vous aurez lorsque j’obtiendrai ces informations. Aucune incertitude à ce sujet. »

« Oui, l’incertitude », répondit M. Stark. « Comment puis-je savoir que tu as quelque chose à offrir ? »

« Vous avez la chance de connaître une variable. »

« Est-ce que je le fais ? »

T’Challa réalisa qu’il s’était rapproché de M. Stark plus qu’il ne le souhaitait.

« Bien sûr que oui. »

Stark l’étudia, mettant fin à la conversation.

« De quoi nous parlions-nous exactement ? » demanda-t-il d’un ton désinvolte.

« À propos de me raconter toute l’histoire », dit T’Challa avec méfiance.

« Oh. Je croyais que je demandais ce que tu proposais. » M. Stark leva les yeux au ciel. « Je croyais même que tu m'avais répondu que tu es une des variables. Mais vois-tu, ça ne sert à rien de pouvoir étiqueter une variable si elle est incontrôlable. Ça ne sert à rien de savoir que tu seras là si je ne sais pas aussi comment tu vas te comporter. Et ça ne fait qu’augmenter le nombre de combinaisons possibles. Pour faire court, tu n’as rien à m’offrir. » Il observa T’Challa en silence. « Sauf de me laisser gérer ça. »

« Cela n’arrivera pas, M. Stark. »

Stark fit un signe de la main. « Tony, s’il te plaît et “tu” ira très bien. »

T’Challa hocha la tête, acceptant sans hésiter la demande. « Ça ne changera rien à ma réponse, Tony. Mais s’il te plaît, appelle-moi T’Challa. »

« T’Challa, j’aime mes surnoms. »

"C’est ce que j’ai cru comprendre."

« Bon, limitons les dégâts : de quoi parlons-nous ici ? »

« À mon avis, si tu pouvais me donner une description précise de la situation dans son ensemble, je ferais de mon mieux pour le ramener vivant sans victimes collatérales », proposa T’Challa.

Sta… Tony soupira. « Ça pourrait être plus difficile que tu ne le penses » Il sourit, mais avec une expression peinée. « Steve n’a pas signé les Accords parce qu’il n’aimait pas que le choix ou la responsabilité des actions de l’équipe soient entre d’autres mains que les siennes. Il pourrait aussi avoir dit que les gens avaient des agendas. »

T’Challa fut interloqué. « Il a choisi de faire l’autruche. Je ne peux pas dire que nous soyons familiers avec les absurdités que le monde raconte, et nous avions notre propre pays – notre foyer – à gérer, mais même nous avons fini par renoncer à notre isolement. Il doit savoir qu’il ne peut pas continuer ainsi indéfiniment. Aujourd’hui, demain ou l’année prochaine, son ignorance volontaire des faits le rattrapera au point que même sa célébrité ne suffira plus à couvrir ses erreurs. Le monde est un endroit froid quand on n'a pas de maison. »

St -Tony regarda à nouveau l’image. « Et si une personne était sa maison ? »

T’Chaka laissa échapper un profond soupir. Cela attira l’attention de T’Challa, et leurs regards se croisèrent. Comme ils s’y attendaient, l’ouverture de leur pays allait être difficile. Peut-être n’avaient-ils pas prévu cela, mais ils savaient que ce serait éprouvant. Le souvenir de toutes ces longues conversations avec son père le réconforta, comme si en l’ayant plus ou moins prévu, ils pourraient le garder encore sous contrôle.   

« Le capitaine ne s’arrêtera pas », a déclaré T’Challa.

« Le ferais-tu ? »

 

*

*          *

*

 

Il n’y a eu aucune complication à l’hôpital, le traitement de T’Chaka s’est déroulé comme prévu et il a été opéré. Les Dora avaient sécurisé l’hôpital et avaient vérifié les antécédents du personnel médical. Tout était en ordre. Tony avait décidé de rester sur place jusqu’à ce qu’il connaisse les résultats de l’opération et était à l’extérieur pour coordonner l’aide humanitaire et les autorités.

Tout allait bien lorsque T’Challa a reçu un message concernant l’endroit où se trouvait l’agresseur.

« La CIA est plus hermétique que jamais », a déclaré Tony en entrant dans la salle d’attente.

« C’est inquiétant », a convenu T’Challa.

Il y eut un silence pendant lequel ils regardèrent tous deux la porte utilisée par l’infirmière pour apporter des nouvelles du déroulement de l’opération. 

« Tu peux rester avec ton père », a dit Tony.

« Je ne peux pas », dit T’Challa. « C’est mon devoir. Surtout si cela peut permettre d’éviter que quelqu’un soit blessé ou perde la vie. »

« On ne manque pas de surhumains et de héros », dit Tony, sa voix devenant étrange sur le dernier mot.

« La même chose s’applique à toi. »

« C’est vrai », admit Tony.

T’Challa s’arrêta à ses mots, surpris.

« Je ne pars pas », dit Tony. « Les victimes sont là, et je reste avec elles. »

T’Challa fronça les sourcils.

« Au moins jusqu’à ce que la police ait tout sous contrôle. » Tony baissa les yeux sur son téléphone et appuya sur quelques symboles que T’Challa ne connaissait pas. Il leva les yeux. « Ne te fais pas tuer, ne les laisse pas se faire tuer, et essaie de ne tuer personne. »



Notes:

Pas de nouveau chapitre la semaine prochaine, je prends quelques vacances ! A dans 15 jours !