Chapter Text
Le tribunal galactique de Chandrila baignait dans une lumière froide, presque clinique. Des centaines de témoins assistaient, assis dans les rangées du cénacle, silencieux, à la scène. Des représentants de la Nouvelle République, les quelques survivants de l’Ordre Jedi, des généraux de la Résistance, des soldats et des pilotes. Tous avaient les yeux fixés sur l’homme agenouillé au centre de la salle.
Ben Solo.
Autrefois Kylo Ren.
Le cauchemar de la galaxie dont la simple évocation terrifiait les êtres, les paralysant dans les souvenirs de ces planètes détruites, des civils massacrés par ses ordres, ceux des généraux sous sa coupe, ses chevaliers, Snokes...
Rien d'autre qu'une arme de mort.
Les entraves de duracier autour de ses poignets et de ses chevilles semblaient superflues, disproportionnées face à ce corps impressionnant et musculeux ; pourtant il ne montrait plus aucune volonté de combattre. Son dos était voûté, sa respiration courte, saccadée. Son visage n'était pas éclairé par les projecteurs, il regardait obstinément le sol. Ses yeux étaient cachés derrière ses mèches obsidiennes. Il ne cherchait même pas à se défendre.
La voix du juge résonna, implacable :
"— Ben Solo, vous êtes reconnu coupable de trahison, de crimes contre la République, de destruction de systèmes entiers et d’actes de guerre à l’encontre de populations civiles."
Chaque mot tombait comme un coup de marteau. Il les accueillait sans broncher.
[Oui. Coupable. De tout. Et de plus encore.]
Il n’écoutait qu’à moitié la litanie des accusations, le nom des planètes et systèmes détruits. Ses pensées dérivaient vers les visages qu’il avait effacés, les cris qu’il n’avait pas voulu entendre mais qu'il entendait à présent aussi clairement que la voix du juge. Il se souvenait de la viscosité du sang sur ses mains, de la chaleur du manche de son sabre, de l’odeur âcre de la peur, de son absence de pensée lors des combats.
Tout cela semblait appartenir à un autre être — mais cet être portait son nom.
Il se sentait vide, comme un vaisseau sans trajectoire, dérivant dans les atrocités de son passé de Kylo Ren.
Quand le juge prononça le mot peine capitale, il sentit un étrange soulagement.
[Enfin.]
Mais la voix de Leia s’éleva.
Calme, ferme, habitée d’une force que la vieillesse n’avait pas érodée.
"— Mon fils a commis l’irréparable, mais il a aussi mis fin à un règne de terreur. Il a détruit Snoke avec Rey, affronté l’Empereur Palpatine lui-même. Ils ont profité de ce déséquilibre des forces du mal pour stopper et détruire des projets en cours. Grâce à lui, Le système de Venokia n'a pas été détruit... même si je sais que cela n'efface pas les destructions de StarKiller.
Il s’est rendu, sans résistance.
Je ne demande pas qu’on oublie — je demande qu’on lui permette de réparer. Nous avons préparé un projet d'assistance dont il doit faire partie - vous avez déjà tous approuver sa mise en place"
Un murmure de désapprobation s’éleva dans la salle, comprenant le piège et la ruse opérée, mais cela fut vite réprimé par le regard d’acier de la Générale Organa, qui les mettait au défi de se désavouer.
Elle avait déjà tout perdu : son frère, son époux, la moitié de ses amis. Elle ne perdrait pas son fils, pas une seconde fois.
Le tribunal délibéra longuement avant de trancher : La peine de mort était commuée. Ben Solo vivrait. Sous surveillance constante. Et sous la tutelle d’une personne désignée par le Nouveau Sénat, pas Leia elle-même ou Rey, cela ne devait pas être une absolution.
Quand il croisa le regard de sa mère, il comprit qu’elle venait de lui offrir un fardeau bien plus lourd que la mort : vivre avec lui-même.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Quelques jours plus tard, il découvrit son nouveau lieu d’exil.
Un petit transporteur de classe Atral, modifié pour l’habitat civil.
Aucune arme, aucune possibilité offensive avec ce vaisseau. Mais pour un Utilisateur de la Force, cela lui semblait dérisoire, tout pouvait lui être une arme.
L’intérieur portait les marques d’un passé militaire : métal brut, parois gris acier, panneaux de commandes éteints.
Mais des touches de vie avaient été ajoutées çà et là — une couverture de laine sur une couchette, des plantes suspendues près du sas, une lumière douce filtrée par des panneaux translucides.
Ben parcourut le vaisseau sans un mot, entravé de menottes, suivi du droïde de surveillance - aucun soldat n'avait osé se porter volontaire pour le transférer.
Chaque pas résonnait comme un écho du vide qu’il portait en lui.
Une voix féminine se fit soudainement entendre derrière lui :
"— Bienvenue à bord du Serenity. Je suppose que c’est ironique, vu les circonstances, mais c'est bien son nom."
Il se retourna brusquement, il n'avait ressenti aucune présence par la Force.
Y/N se tenait dans l’encadrement du cockpit, les bras croisés. Elle était de taille moyenne, les cheveux tressées, la peau claire. Elle portait une simple tunique de pilotage, en étant pieds nus. Ses yeux le fixaient sans défiance, mais sans complaisance non plus.
"— Je suis Y/N, dit-elle simplement. J'ai été choisi par le Nouveau Sénat, qui m’a chargée de superviser ton programme de réhabilitation. Je travaillais dans une des ailes médicales de la résistance et j'avais de l'expérience dans un autre… monde, disons. Depuis que je suis détachée du secteur 6 et que l'on m'a attribué ce vaisseau, j'ai arrêté de travailler à la réinsertion des anciens combattants, Rebelles comme du Premier Ordre ; je vais maintenant sur les différentes planètes requérant une aide médicale ou logistique pour les civils."
Il hocha à peine la tête, la regardant fixement sans réellement la voir. Quelques instants de silence suivirent ces paroles.
" Leia souhaitait que tu sois attribué sur son propre vaisseau mais faisant de la tactique et de la politique, sa mutation pour le projet Rédemption a été refusé pour des raisons évidentes."
"- Pourquoi toi ?" murmura-t-il brusquement
"- J'imagine que c'est parce que je n'ai pas de vrais connections militaires ou d'appui politique. Parce que je suis isolée en quelques sortes. Une partie de moi espère également que c'est pour mes résultats des missions précédentes. Je peux être là pour t’aider, si tu le veux. Ou au moins, éviter que tu te détruises."
Un rire sec lui échappa, sans joie.
"— Tu crois qu’il reste quelque chose à sauver ?"
"— Je crois que Leia le pense. Et pour être honnête, je fais plus confiance à son instinct qu’à mes premières impressions."
Il détourna le regard, mal à l’aise. Il s’attendait à la haine, à la peur. Pas à ce ton calme, professionnel, détaché de toute haine.
"- Je vais te faire visiter le vaisseau. Merci, tu peux retourner à ton poste, je prends les choses en main." Y/N actionna un levier et la passerelle s'ouvrit. Le droïde fut débarqué dans le hangar.
Y/N fit quelques pas et il la suivit puis elle s'arrêta brusquement. Il manqua de peu de la cogner.
"- Excuse-moi, j'allais oublier, dit-elle d'un ton contrit."
Elle sortit alors qu'une de ses poches un pass qu'elle inséra dans le système et les menottes tombèrent au sol.
Le bruit résonna fort dans les oreilles de Ben.
Y/N se sembla pas si attardé un instant et avança dans le couloir, manquant les yeux écarquillés de stupeur de Ben. Il se remit alors rapidement en marche pour la rattraper.
Elle désigna une porte.
"— Ta cabine est là, la mienne ici. C'est un petit vaisseau donc nous n'avons qu'une seule salle de bain." Elle désigna en passant la porte face à leurs cabines respectives. "Les repas sont programmés à heure fixe, dans cet espace de vie."
Il balaya la pièce du regard, quelques cahiers et objets étaient posés sur la table, une tasse vide était négligemment abandonnée à côté de la banquette.
Fait étrange et inhabituel, des plantes avaient été fixées en suspension dans le vaisseau.
"Je ne te forcerai pas à parler, mais il y a un poste médical si tu as besoin d'un espace dédié. "
Elle avança encore dans quelques couloirs.
"Ici se trouve la salle de stockage pour l'approvisionnement en vivres, en matériel médical ou autre... "
Puis elle ajouta, plus doucement :
"— Tu n’as pas besoin de prétendre. Ni d’être autre chose que ce que tu es."
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
La porte de la cabine se referma derrière lui avec un chuintement.
Le silence retomba. Il s’assit sur la couchette, les coudes sur les genoux.
Ses mains tremblaient.
Il les fixait, comme si elles appartenaient à un étranger. Ces mains qui avaient étranglé, détruit, tranché, ... tué...
Il aurait voulu les arracher.
[Je ne devrais pas respirer.]
Les visages revenaient encore — celui de Han, surtout. La douleur fulgurante au moment où la lame avait traversé son père. Il t’a pardonné, disait une voix en lui. Mais lui refusait d’y croire. Il portait trop de pêcher, il aurait voulu mourir en guérissant Rey, tuer Kylo Ren et Ben Solo définitivement.
Le vaisseau vibra doucement sous l’impulsion des moteurs, ils décollaient. Un monde s’éloignait, un autre s’ouvrait. Il ne savait pas lequel des deux le terrifiait le plus. Ce vaisseau était étrange et il ne pouvait pas anticiper ou prévoir les intentions de cette femme, elle ne réagissait pas normalement.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Les jours suivants s’écoulèrent dans un silence presque cérémonieux.
Y/N allait et venait dans le vaisseau, poursuivant sa routine sans sembler perturbée d'avoir un tueur à bord.
Elle préparait les repas dont les associations étaient parfois aléatoires, essayait de réparer des circuits, en finissant régulièrement par s'énerver ou abandonner, prenait des notes sur son datapad pour anticiper les missions.
Ben, lui, se tenait souvent dans le cockpit, observant le vide stellaire. Il ne savait pas se positionner dans ce semblant de normalité. Et il ne le méritait pas.
"— Tu regardes souvent les étoiles, lui dit-elle un jour.
— Elles ne jugent pas, répondit-il sans détourner les yeux.
Elle esquissa un sourire.
— Elles ne répondent pas non plus.
Il haussa légèrement les épaules.
— C’est mieux ainsi."
Un silence. Puis elle s’approcha, tendant une tasse pour lui.
"— Du caf. Je ne garantis pas le goût, j'ai parfois encore du mal à en faire mais il est chaud."
Un moment d'immobilité et de silence se fit. Ben sondant son regard et son visage sans arriver à les interpréter.
Au bout d'une éternité, il avança sa main.
Leurs doigts se frôlèrent lorsqu’il prit la tasse.
Un frisson traversa immédiatement Ben — vif, instinctif.
Il se recula, crispé, serrant les poings.
"— Pardon, dit-elle calmement, en posant la tasse sur le poste. Je ne voulais pas te gêner.
— Non... Je… je ne suis pas habitué."
Elle hocha simplement la tête et s’éloigna, comme si ce contact n’avait rien eu d’important.
Mais pour lui, c’était la première fois depuis des années qu’un toucher s’était établi sans violence, sans domination.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Cette nuit-là, alors que Y/N dormait, Ben erra dans le vaisseau, incapable de trouver le repos.
Il s’arrêta devant la baie d’observation. Le reflet de son visage se mêlait au scintillement des étoiles.
Il murmura, presque pour lui-même : "Pourquoi continuer à vivre ?"
La voix de Leia, dans sa mémoire, sembla lui répondre : "Parce que la lumière n’a pas fini de te chercher".
Il ferma les yeux et inspira profondément. En les ouvrant, son regard tomba sur la tasse vide. Il ne lui avait pas dit que le caf était réussi.
