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Spoils of War

Summary:

Comme therápôn, Hector est peut-être partagé entre Teucer et lui, mais dès qu’il n’y a personne pour les surveiller, Ajax le revendique. Il est tout à lui, pas à son frère, pas à son père, pas même à la famille troyenne qui doit l’avoir oublié depuis toutes ces années…

Work Text:

Spoils of War

 

La ville brûle tout autour d’eux, les flammes s’élevant jusqu’aux cieux sous le regard des dieux. Le roi menteur gît à leurs pieds, le sang se répandant sur le sol. Sa tête a roulé lorsqu’Héraclès a donné le coup fatal à son attaque.

 

Télamon fixe la jeune femme agenouillée devant lui—celle qu’il avait sauvée du monstre marin, lors de leur première arrivée sur les côtes de Troie—et il fronce les sourcils en voyant les larmes ravager son beau visage halé. La princesse serait bien plus belle si Héraclès ne l’avait pas forcée à regarder l’exécution de son père…

 

Hésione le supplie d’épargner les survivants de sa famille, lui assurant qu’elle fera n’importe quoi tant qu’ils restent en vie. Comme toujours, Héraclès ne se préoccupe pas de la politique, il n’a fait que tuer les fils de Laomédon pour purger la rage qui brûlait dans son sang.

 

À l’exception de Podarcès, le plus jeune des enfants du roi menteur. Rien de plus qu’un frêle jeune homme, tenant à peine sur ses jambes. Un morceau de viande que Télamon a fait enfermer dans une cage en attendant de se décider sur le sort de Troie.

 

Télamon tend une main à la jeune princesse, acceptant d’épargner sa misérable famille tant qu’elle se soumet à devenir sa femme. Péribée était malade lorsqu’il a quitté Salamine, et il ne doute pas qu’Ajax aura bientôt besoin d’une nouvelle mère pour le nourrir et le border.

 

Hésione n’est pas le pire des lots qu’il peut glaner de Troie, et lorsque la jeune femme pose sa main sur la sienne, il ressent une étincelle de passion qu’il n’avait plus ressentie depuis si longtemps—avant même la naissance de son héritier, avant même de suivre Héraclès à travers ce voyage…

 

L’impatience monte en lui de pouvoir l’épouser et la faire sienne sous le regard d’Héra, mais pour l’heure, Télamon doit se montrer patient et conclure l’œuvre qu’Héraclès n’achèvera pas lui-même.

 

Ses pas le mènent jusqu’aux ruines du palais, là où Podarcès est toujours enfermé. Un sourire se glisse sur ses lèvres lorsqu’il remarque la femme à ses côtés—il semblerait qu’ils aient fini par mettre la main sur son épouse, ou devrait-il dire, la future reine de Troie.

 

Mais Télamon ne sent la satisfaction l’envahir uniquement lorsqu’il remarque le bébé entre les bras de la femme. Les mêmes boucles brunes, la même peau bronzée. Aucun doute, cet enfant est le petit-fils du roi menteur.

 

‘’Podarcès, fils de Laomédon, toutes mes félicitations. Te voilà désormais roi de Troie. En échange de ta survie et de celle de ta femme, j’épouserai ta sœur.’’ Télamon s’approche de la cage, ‘’Et je prendrai ton fils.’’

‘’Non—il vient à peine de naître ! Il n’a même pas encore goûté à la liberté—‘’

‘’Et il ne le fera jamais.’’ Il arrache le garçon des bras de sa mère, fronçant les sourcils en l’entendant geindre, ‘’Il grandira comme esclave dans mon palais, pour que ta famille n’oublie plus jamais de ne pas s’opposer aux royaumes de Grèce.’’

‘’Ayez pitié de mon garçon—‘’

‘’Pitié ? Ton père a-t-il montré la moindre pitié lorsqu’il a sacrifié ta sœur ? Considère ton fils comme une monnaie d’échange pour la survie de ton pays. Honore-le comme un héros, ou bien oppose-toi à la Grèce une fois Troie reconstruite, et je trancherai sa gorge.’’

 

Télamon a quitté Troie avec une nouvelle femme et un bébé. Lorsque Salamine s’est dressée devant lui, il n’a pas fallu longtemps pour que la nouvelle de la mort de Péribée l’atteigne. Hésione est devenue la nouvelle reine, puis la mère de son second fils ; Teucer, l’union entre la Grèce et Troie.

 

Le neveu de sa femme a d’abord passé ses premières années dans la crèche du palais, grandissant avec ses deux fils. Hésione l’a protégé de son sort aussi longtemps qu’elle l’a pu, jusqu’à ce que le garçon soit en âge de devenir le therápôn d’Ajax et Teucer.

 

Il aurait pu faire du garçon son éromène pour le priver à jamais du moindre honneur, pour le défendre de croire que son sang royal ferait un jour de lui autre chose qu’un esclave, mais Télamon s’est vite lassé du garçon—l’enfant l’a nettoyé après un bain, et ce n’est pas le désir qui s’est répandu dans le fond de son ventre en le voyant agenouillé devant lui. Seulement le dégoût.

 

Un esclave, voilà ce que le garçon sera toujours. Télamon a pris soin de le laisser recevoir la même éducation que ses fils, en prévision du jour où Ajax sera roi à son tour et devra se battre pour défendre leur pays ou saisir plus de terres.

 

Le garçon s’occupera de son équipement, de son cheval et de son repas, mais jamais il ne sera le roi de Troie.

 


 

Le soleil brûle dans le ciel, la terre s’asséchant à chaque minute qui passe, et pas la moindre brise d’air ne vient alléger la canicule qui s’abat sur Salamine. Chaque verre d’eau est comme une bénédiction envoyée par les dieux, et personne ne pourrait être plus satisfait de l’ombre fournie par les imposants piliers qui soutiennent le palais.

 

Toute la famille royale se cache derrière le marbre tiède pour résister à la clameur d’Hélios, et pour la première fois depuis une dizaine d’années, les deux princes n’ont pas la force de s’aventurer dehors pour s’entraîner avec leurs épées.

 

Ajax aurait traîné Teucer dehors si la reine ne lui avait pas interdit de le faire—c’est trop dangereux de s’exercer par ce temps, elle le lui a répété trois fois avant qu’il n’accepte de trouver une autre occupation. Teucer avait l’air bien plus qu’heureux d’échapper à leur entraînement, courant presque se réfugier dans la bibliothèque pour y être à l’abri du soleil.

 

Alors Ajax a dû trouver une occupation, comme il l’avait promis à Hésione. Cette promesse ne l’a empêché de garder son épée à la main et de se rendre à l’ombre des figuiers, brandissant son arme dans l’air et répétant les gestes qu’il connaît par cœur depuis sa plus tendre enfance. Il n’est pas réellement dehors, s’il se trouve dans les jardins du palais...

 

Geste après geste, enchaînement après enchaînement, Ajax se bat contre la chaleur étouffante de l’été, la sueur roulant le long de sa peau, trempant sa tunique—sa respiration se fait de plus en plus lourde, et sa prise sur le manche de son épée se fait de plus en plus glissante à cause de la sueur… Peut-être qu’Hésione avait raison finalement.

 

Il plante l’épée dans l’herbe sèche et se permet de s’asseoir contre le tronc d’un figuier, s’autorisant quelques minutes à l’ombre pour se reposer et reprendre son souffle—il a l’impression que ses poumons brûlent, et ses paupières sont lourdes, si lourdes…

 

‘’Votre majesté, est-ce que tout va bien ?’’

 

Une voix le sort de la sieste qui allait l’emporter, et Ajax relève les yeux pour croiser le regard inquiet d’Hector. Il n’a jamais été plus heureux de voir ses deux grands yeux bruns !

 

Ajax ne résiste pas quand son therápôn pose une serviette mouillée sur son front et essuie la sueur qui s’y était accumulée durant son entraînement. Hector ne néglige aucune parcelle de sa peau, l’aidant à survivre à la canicule avec douceur et attention.

 

‘’Ne me dis pas que c’est ta tante qui t’envoie ?’’ Ajax ne supporterait pas entendre qu’Hésione l’a vu lui désobéir

‘’D’accord, je ne le vous dirai pas.’’ Hector a un petit sourire en coin lorsqu’il en a fini avec sa serviette

‘’Tu ferais mieux de ne rien dire à mon père, et encore moins à Teucer…’’ Il grogne en se relevant, ses jambes tremblant légèrement

‘’Bien sûr, votre majesté.’’

‘’Rah, arrête donc de m’appeler comme ça, tu sais bien que je n’aime pas ça.’’

‘’Je suis votre serviteur, je dois vous appeler ainsi.’’

‘’Et je t’ordonne d’arrêter de m’appeler comme ça !’’

 

Hector sourit toujours, prenant son épée avec lui alors qu’Ajax retrouve le contrôle sur son corps et arrête de trembler comme une feuille. Ils retournent à l’intérieur du palais, là où il fait déjà beaucoup plus frais. Hector s’écarte de lui, dans une direction opposée à celle qu’Ajax avait en tête, ses pas aussi légers qu’un chat, comme si le moindre son pouvait le condamner…

 

‘’Où vas-tu ?’’

‘’Je dois nettoyer et polir votre épée, mon prince.’’

 

Ajax roule des yeux en l’entendant. Il adore son père, mais il le blâmera toujours pour la peur qu’il a instillée en Hector lors du dixième anniversaire de Teucer, lorsqu’Hector a renversé une carafe de vin—Ajax savait déjà à cette époque que ce n’était qu’un vulgaire accident, mais il n’a rien pu faire contre la punition qu’Hector a reçu cette nuit-là…

 

‘’Viens avec moi, mon épée peut attendre.’’

 

Hector hoche la tête, le suivant silencieusement jusqu’à sa chambre, un pas derrière lui. Comme le parfait therápôn qu’il a toujours été, alors qu’ils savent tous les deux quel genre de sang coule dans ses veines. Ajax ne sait pas s’il aime tant son père.

 

Lorsque la porte se referme derrière eux, il ne se soucie plus de son entraînement ou de la canicule, seulement de l’homme qu’il plaque contre le bois—ses lèvres s’écrasent contre celles d’Hector, ses mains tenant sa fine taille musclée pour l’empêcher de lui échapper. Hector gémit contre lui, laissant tomber l’épée et la serviette au sol pour s’accrocher à ses épaules.

 

Ah, enfin ! Ajax commençait à s’impatienter de devoir faire semblant pour un public imaginaire…

 

‘’Mon prince, nous ne devrions pas…’’

 

Hector réussit à lui murmurer entre deux gémissements, mais Ajax le fait taire en l’embrassant une nouvelle fois, ses hanches frottant contre les siennes. Il peut sentir la chaleur émanant du corps d’Hector, et rien ne lui semble plus fabuleux que de savoir qu’il est tout à lui.

 

Comme therápôn, Hector est peut-être partagé entre Teucer et lui, mais dès qu’il n’y a personne pour les surveiller, Ajax le revendique. Il est tout à lui, pas à son frère, pas à son père, pas même à la famille troyenne qui doit l’avoir oublié depuis toutes ces années…

 

‘’Dis-moi que tu ne le veux pas, et je te laisserai partir.’’

 

Ajax grogne dans l’oreille d’Hector, sa main glissant entre ses jambes déjà humides. Il s’écarte légèrement, plongeant son regard dans les yeux bruns de l’autre homme, et comme prévu, il n’y voit que de l’excitation.

 

Hector se mord la lèvre inférieure, ses joues rouges. Il hoche faiblement la tête, et Ajax sourit. Il gagne toujours.

 

Depuis que les dieux lui ont accordé la clairvoyance, Ajax n’a pu que contempler la beauté d’Hector, il n’a pu que le désirer de toutes les manières possibles, il n’a plus été habité que par l’idée de cet homme depuis que son corps est devenu celui d’un homme !

 

Son père aime une femme Troyenne. Ajax aime un homme Troyen.

 

Il l’entraîne jusqu’à son lit, et bien vite leurs tuniques rejoignent l’épée abandonnée au sol. Ajax embrasse la peau d’Hector comme une bête affamée, bougeant en lui pour lui arracher toujours plus de gémissements interdits—les murs pourraient les entendre, mais qui s’opposeraient aux souhaits du prince héritier ?

 

Ajax mord l’épaule d’Hector, là où personne ne pourra voir la marque, mais là où son therápôn pourra toujours sentir à qui il appartient…

 

Leurs orgasmes frappent, et Ajax se sent de nouveau étourdi lorsqu’il s’effondre près d’Hector, sa respiration hachée par l’effort. Ils sont collants de sueur et de sperme, mais Ajax enroule un bras autour de la taille d’Hector, embrassant délicatement sa nuque.

 

Il grimace en voyant les cicatrices couvrant le dos d’Hector. Les dernières traces de la punition que Télamon a fait subir à un garçon pour une simple carafe renversée.

 

Ajax le protégerait si son père voulait recommencer, si Teucer voulait lui faire payer leurs origines communes, si n’importe lequel des nobles Grecs voulait goûter à la fine fleur de la royauté troyenne…

 

Un jour, Hector lui a demandé pourquoi il se souciait autant de son esclave. Ajax ne lui a pas répondu.

 

Maintenant il sait, lorsqu’il sent les étincelles de passion brûler au fond de lui…

 

 

Fin

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