Chapter Text
Wanted
La sueur coule le long de son corps, ses vêtements collant à sa peau alors qu’il avance autant que possible à travers la jungle. Il ne sait pas combien de moustiques ont déjà essayé de s’attaquer à son sang, mais chaque fois les particules qui le composent s’en sont pris à eux en retour—Bruce voudrait pouvoir les protéger des radiations qui les font gonfler et exploser lorsqu’ils le piquent, mais il ne peut rien faire de plus que d’avancer malgré les lianes et les marais.
Ses jambes sont lourdes, son pantalon trempé de boue, et pourtant il continue d’avancer à travers la jungle amazonienne, cherchant presque désespérément la fleur qui lui a été indiquée par la tribu qu’il a protégée de la déforestation—non, Hulk a fait le travail, et Bruce s’est réveillé à moitié nu au beau milieu d’un camp de Matsés…
Il ne saurait vraiment expliquer comment il a réussi à se familiariser avec eux durant son court séjour avec eux, mais à travers des communications hasardeuses, Bruce a réussi à découvrir que la plante qu’il recherchait tant se trouvait non loin de leur camp—la psychotria poeppigiana, presque dix ans qu’il cherche un remède au mal qui se trouve au plus profond de lui, et il a enfin peut-être trouvé comment mettre un terme aux effets de la radiation !
Bruce continue de s’aventurer à travers cette épaisse jungle, son sac sur sa tête lorsqu’il traverse un profond marais qui lui arrive jusqu’au menton. Il préfère ne pas savoir ce qui peut se cacher dans l’eau sale qui le trempe, même s’il imagine facilement que la sensation désagréable sous ses vêtements sont des sangsues s’accrochant à lui… Bruce espère que les radiations Gamma auront le même effet que sur les moustiques, il ne veut pas avoir à les retirer lui-même…
L’humidité se fait de plus en plus sévère pour son corps, et il s’autorise une pause contre un arbre pour sortir sa gourde. Bruce espère que Betty s’en sort mieux que lui, qu’elle continue de faire des découvertes pour aider à faire avancer la science et qu’elle n’a plus à se préoccuper des hommes comme Talbot. Dès qu’il aura trouvé cette plante, dès qu’il aura trouvé un remède à sa condition, Bruce pourra refaire surface.
Peut-être que Betty voudra toujours de lui. Peut-être qu’elle a déjà refait sa vie avec quelqu’un d’autre. Bruce ne lui en voudrait pas, même avant d’être irradié de Gamma, il n’avait rien d’un homme idéal…
Bruce reprend sa route, écoutant les grenouilles coasser près de lui et les oiseaux chanter dans les cimes. Ce serait presque reposant, s’il n’y avait pas également le sifflement des serpents.
Il croit voir flou, lorsqu’il fait face à un arbre recouvert de la plante qu’il cherche tant depuis des jours—Bruce retient son souffle en inspectant la plante, s’assurant que c’est bel et bien la psychotria poeppigiana. Pas de doute, ses pétales sont d’un rouge explosif comme son livre l’indique, et son cœur jaune ne peut pas se rater, même sous les lourdes branches des jatobas et des kapokiers.
Bruce ouvre son sac et en sort une petite boîte, récoltant cette plante et la scellant bien pour pouvoir la conserver jusqu’à ce qu’il trouve un laboratoire où il pourra faire ses analyses. Il lui faudra de longues journées de marche avant de retrouver la civilisation—peut-être moins, s’il laisse Hulk le mener au plus près de la frontière avec le Brésil, mais Bruce n’a certainement pas envie de faire parler de lui pour le moment…
Un frisson rampe le long de sa colonne vertébrale, et un bruit suspect attire son attention—Bruce se retourne en sursaut, agrippant son sac comme si sa vie en dépendait lorsqu’il remarque les étincelles bleues se formant, faisant un cercle parfait d’énergie—
Il n’a jamais vu quelque chose de ce genre de toute sa vie… Il est terrifié, et fasciné.
Bruce jette une branche à travers le portail d’énergie, et attend une seconde. Le bâton ne lui revient pas, et il ne l’entend pas retomber. Étrange, et impossible. Bruce se relève pour inspecter le portail, et réalise que le bâton ne reviendra pas parce qu’il l’a jeté dans un autre environnement—c’est une métropole qui se dessine face à lui, des immeubles se tenant fièrement et des voitures fourmillant au sol…
Il ne comprend vraiment pas ce qui lui arrive. Est-il en train d’halluciner à cause de la déshydratation ? La psychotria poeppigiana est-elle toxique ? Peut-être qu’il est aussi fou que son père—
Une main l’attrape par la chemise et le tire à travers le portail—Bruce tombe et tombe et tombe jusqu’à ce qu’il s’écrase sur un sol beaucoup plus dur que la boue amazonienne…
Il commence à croire que la vie le déteste.
Ses ongles grattent le bitume, et Bruce espère qu’il est vraiment fou lorsqu’il reconnaît l’Empire State Building face à lui, trônant majestueusement au-dessus de lui et projetant son ombre sur toute la rue où Bruce est allongé. C’est impossible. Il était perdu au fin fond de l’Amazonie ! Il ne peut pas se trouver à New York ! Ça ne fait aucun sens ! C’est physique impossible !
Le sol tremble, des cris résonnent, et lorsque ses yeux acceptent enfin de s’ouvrir entièrement, Bruce est confronté à une vision d’horreur—le monde semble plongé en pleine guerre, les gens fuyant de tous les côtés, des bâtiments s’écroulant de part et d’autre, des voitures brûlant… Est-ce que c’est lui qui a fait ça ?
Est-ce qu’il a involontairement libéré Hulk ? Est-ce qu’il a échoué à le contenir ?
Oh non non non… Bruce ne peut pas avoir cédé face au monstre à l’intérieur de lui alors qu’il est si proche de pouvoir s’en défaire ! Il ne peut pas avoir raté alors qu’il s’est reclus du monde entier depuis neuf longues années !
Son corps est lourd lorsqu’il fait de son mieux pour se relever sur ses jambes chancelantes, ses vêtements collant toujours autant à sa peau alors qu’il lève les yeux pour voir l’énorme trou dans le ciel au-dessus de la ville. C’est le même genre de portail que celui qu’il a vu dans la jungle. Bruce déglutit difficilement. Hulk ne peut pas créer ce genre de portail, même par pur hasard.
C’est bien pire que son démon, lorsqu’il voit les créatures sortant du portail—des aliens, certains gigantesques, bien plus grand que Hulk, ravageant la ville. Bruce n’a jamais rien vu de tel, il se croirait en pleine apocalypse et la terreur glace son sang durant une longue seconde—il n’a ressenti cet effroi qu’une seule fois : face à son père.
Des tirs ennemis font exploser les vitres, du verre se répandant partout sur les gravats, et les cris résonnent toujours plus autour de lui, alors que les aliens survolent les rues pour tirer sur tout ce qui bouge. Bruce serre les dents, surpassant la douleur et la fatigue pour se tenir debout sans tituber. Il ne peut pas laisser tous ces civils être la cible de ces envahisseurs, même s’il déteste savoir ce qu’il doit faire pour pouvoir les protéger…
Bruce retarde le moment qu’il déteste toujours pour mettre son sac et sa précieuse trouvaille à l’abri, derrière un comptoir d’un des diners de l’avenue. En espérant qu’Hulk ne détruira pas ce pourquoi il a tant cherché.
Il n’a pas fait ça depuis longtemps, mais la colère bout rapidement dans son sang lorsqu’il repense au visage qui a hanté ses cauchemars durant des années—le visage de celui qui a menacé Betty, le visage de celui qui a condamné sa famille, le visage de celui qui a ruiné sa vie…
Ses ongles s’enfoncent dans ses paumes, et Bruce laisse la rage le dominer. Il sent ses cellules bouillir, son corps enfler, et son esprit se faire absorber par la colère—il doit diriger ce danger contre les aliens, pour protéger les innocents qui l’entourent. Bruce disparaît, et laisse la place à Hulk.
Ses poings s’abattent sur les aliens, son corps planant pour atteindre ceux qui volent, et toujours plus d’ennemis mordent la poussière sous ses coups. Seuls les énormes mille-pattes lui résistent l’envoyant s’écraser au sol à plusieurs moments. Bonne chance qu’il soit presque invulnérable lui-même.
Ses yeux se dirigent vers la colonne de lumière perçant le ciel, et il retrace son origine. L’une des plus hautes tours de la ville. Hulk continue de frapper tout ce qui croise son chemin alors que le bruit du tonnerre résonne quelque part à travers New York, et il se dirige dans la direction opposée à la mystérieuse source d’énergie pour le portail—non !
‘’Retourne-toi ! C’est là-bas que nous devons aller !’’
Hulk pas envie.
‘’Tu pourras tout casser, mais en-haut de cette tour !’’
Non.
‘’Je ne t’ai pas libéré pour que tu n’en fasses qu’à ta tête ! Nous pouvons sauver tous ces gens si tu m’emmènes à la source de ce portail !’’
Pas. Envie.
‘’Espèce de stupide monstre ! Tu ne mérites même pas d’être à l’air libre !’’
Hulk hurle, et il recommence à frapper tout ce qui vole au-dessus de lui, s’accrochant à l’un des mille-pattes aliens pour retourner dans le sens de la tour—bien, Bruce n’aura plus à lui pour le moment… Il saute d’immeuble en immeuble, créant toujours plus de destruction, même il se rapproche peu à peu.
Jusqu’à ce que l’un des énormes aliens le dévore. Jusqu’à ce qu’un bruit sourd résonne, et qu’un éclair frappe l’alien qui le contenait. Jusqu’à ce qu’il s’écroule au sol une nouvelle fois. Il ferme les yeux, son corps perdant toute force…
Bruce redevient Bruce, s’évanouissant au beau milieu d’une rue alors que les débris continuent de tomber tout autour de lui…
